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[témoignages] passés par la case prison

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[témoignages] passés par la case prison

Message  Invité le Mer 08 Juin 2016, 01:54

ces reportages ont déjà plus de deux ans ils sont extraits d'une série de témoignages parus dans rue89 à l'initiative de l'opération de l'OIP "ils sont nous"

Le frère de Lena, Julien, a été incarcéré au centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse à l’automne 2010. La détention de son frère de 25 ans a chamboulé la vie de Lena, qui s’est consacrée à l’aider et à gérer son entreprise pendant ses trois ans et demi de prison. Depuis sa sortie sous surveillance électronique, il habite chez elle, il n’arrive plus à vivre seul et à se prendre en charge.


OIP  : Comment viviez-vous avec votre frère avant son incarcération  ?


Lena  : Ma mère, Julien et moi, on vivait tous les trois ensemble dans un appartement, et on avait tous un travail. Mais mon frère s’est souvent retrouvé au chômage, après un licenciement économique ou la fin de petits contrats. C’est pour cette raison qu’il avait décidé de créer sa petite entreprise de livraison un peu avant son arrestation.


Ce n’était pas tous les jours évident à la maison quand il se retrouvait sans emploi. Il dormait, il ne nous aidait pas, j’étais toujours derrière lui pour le motiver et l’aider à trouver du travail. Par moments, on était obligées de lui donner de l’argent, pour éviter qu’il aille voler. C’était le seul garçon chez nous et je pense qu’il a été un peu trop gâté.


Comment avez-vous appris l’arrestation de votre frère  ? Avez-vous été surprise  ?


Oui, beaucoup. Il avait déjà eu des problèmes avant, mais ça n’avait rien à voir, c’était pour des petites choses. Un dimanche soir, il est sorti et on s’est rendu compte qu’il n’était toujours pas rentré le lundi matin, alors qu’il commençait son travail à 6 heures. On s’est inquiétées, il ne répondait pas au téléphone. On a donc appelé les hôpitaux et la gendarmerie.


C’est un gendarme qui nous a dit qu’il avait été arrêté. Il s’est fait prendre en flagrant délit avec 800 g de stupéfiants. Nous n’étions pas du tout au courant qu’il trafiquait. Ils l’ont placé en garde à vue 72 heures et après il est parti à la prison de Bourg-en-Bresse. Il y est resté jusqu’au jour du jugement, pour y être de nouveau incarcéré après sa condamnation.


Comment s’est déroulé le procès  ?


Il y avait beaucoup d’accusés et mon frère était décrit comme le meneur. Le procès devait se dérouler sur deux jours, mais finalement il n’a duré qu’une journée, jusqu’à tard le soir. Mon frère a pris la plus grosse peine, quatre ans.


Quand les juges l’ont annoncé, ma mère a crié, «  quatre ans  !  ». Elle est restée bloquée sur ce chiffre, ça lui a fait comme un choc. Elle ne s’y attendait pas, la plupart des condamnés ont eu des peines d’un an ou six mois. Le soir-même, elle était malade et les jours suivants aussi.


Pendant longtemps, elle nous a caché qu’elle allait vraiment mal. Je pense que l’incarcération de mon frère a été un déclencheur de sa maladie parce que depuis ce jour-là, son état ne s’est pas amélioré. Elle avait un cancer. On ne l’a pas dit tout de suite à mon frère. Mais comme elle faisait de la chimio, elle avait la peau qui devenait plus foncée, et il lui demandait au parloir : « Mais qu’est-ce qu’il t’arrive  ?  ». Alors elle mettait des gants, des vêtements pour cacher.


Des fois, on allait le voir juste après une séance de chimio, et elle faisait tout pour ne pas paraître fatiguée. Pendant un an après le procès, j’ai dû m’occuper de mon frère incarcéré, de ma mère malade, de l’entreprise de mon frère, et aussi de mon travail… C’était compliqué.


Comment s’est passée votre première visite au centre pénitentiaire  ?


Quand on est parties là-bas pour la première fois, ça nous a fait tout bizarre, on ne pensait pas que c’était comme ça une prison. J’étais impressionnée mais j’avais également un sentiment de honte. J’ai découvert toutes les contraintes pour les familles de détenus. On croyait par exemple qu’on pouvait apporter avec nous de la nourriture, des boissons...


Au début, on y allait toutes les semaines, puis tous les quinze jours, voire une fois par mois. La première année, toute la famille pouvait lui rendre visite en même temps, on rentrait à trois adultes et trois enfants. Ensuite, un enfant de 2 ans était considéré comme un adulte et on ne pouvait plus rentrer qu’à trois personnes, enfants compris.


On habitait à environ deux heures de route de la prison, ce qui faisait quatre heures pour un aller-retour. Ça nous revenait à 50 euros le trajet, avec le péage et le gasoil. Avec ma mère, on s’est toujours partagé les frais liés à la détention de Julien  : elle payait les mandats et le crédit pour la voiture de mon frère, je payais l’avocat et les frais de route.


On était aussi en contact avec lui par téléphone. Il nous appelait environ deux fois par semaine depuis la cabine de la prison. Il avait aussi un téléphone portable qu’il cachait dans ses affaires. Il l’utilisait tous les jours pour nous dire qu’il était en bonne santé et qu’il était vivant.


Qu’est-ce que l’incarcération de votre frère a changé dans votre quotidien  ?


J’ai dû m’occuper de son entreprise de livraison pendant trois mois et trouver quelqu’un pour le remplacer. Ensuite j’ai trouvé un emploi. Mais en plus de mes heures de travail, j’allais à 5 heures du matin former des chauffeurs à la livraison et j’avais encore tout un tas de choses à faire pour faire tourner l’entreprise. J’ai failli perdre mon emploi, parce que je passais toute la journée à faire des démarches pour mon frère, je ne travaillais plus beaucoup.


Comme les gens de mon travail ne savaient pas qu’il était en prison, je leur disais que j’avais des problèmes familiaux. Finalement, on a décidé de fermer l’entreprise au moment du décès de notre mère.


Pendant trois ans et demi, j’ai eu l’impression d’être en prison avec mon frère, d’être enfermée moi aussi. Je ne vivais plus. C’est comme si on avait été tous condamnés avec lui. Il avait des problèmes réguliers, j’appelais son avocat tous les jours, sauf le week-end.


Vous venez de parler du décès de votre mère. Votre frère a pu avoir une permission de sortir à cette occasion  ?


Oui, mais difficilement. On avait fait une première demande quand elle était malade, pour que Julien puisse la voir une dernière fois. La juge d’application des peines (JAP) ne nous a jamais répondu. J’ai dû appeler, harceler, j’ai contacté les médias, le ministère, notre député... Finalement, il y a eu un fax du ministère à la JAP et une autorisation de sortie lui a été accordée pour une journée. Il a fallu faire les mêmes démarches pour qu’il obtienne une permission de six heures pour assister à l’enterrement.


Est-ce que votre entourage savait que votre frère était en prison  ?


Oui, la plupart étaient au courant. Mais on ressentait une sorte de pitié envers nous. Ma mère l’a en revanche caché à ses employeurs et à d’autres personnes qu’elle côtoyait, d’une certaine classe, pas comme nous. Elle disait que son fils était parti à Chambéry pour travailler. Elle avait honte. Aux clients de l’entreprise de mon frère aussi, on leur a dit la même chose.


Est-ce que votre frère a pu préparer sa sortie  ?


Il avait contacté un employeur et voulait faire une formation poids-lourds, passer le permis. Mais la conseillère Pôle emploi qu’il a rencontrée lui a dit qu’il devrait être transféré à Roanne pour suivre cette formation. Ce n’était pas pensable pour lui de s’éloigner autant de nous, nos visites se seraient espacées. Donc il a renoncé.


Votre frère est depuis un mois et demi sous bracelet électronique, comment se passe sa réinsertion  ?


La prison, ça change beaucoup, il n’est plus vraiment le même. On a l’impression qu’il n’est pas sur Terre, qu’il est un peu coupé du monde. Il habite chez moi, on a chacun notre chambre et il reste beaucoup enfermé dans la sienne. Il a aussi la manie de faire le ménage dans sa chambre, comme il le faisait dans sa cellule.


Il a appris pas mal de choses en prison  : il a suivi une formation en cuisine, il fait le ménage… Mais j’ai l’impression que maintenant, il lui manque des cases. Il s’énerve plus vite. Quand il est à l’extérieur ou au travail, il s’emporte souvent, il a l’impression que les gens le regardent parce qu’il sort de prison. Il croit que c’est écrit sur son front.


Il n’est plus autonome, il ne veut pas rester seul. Une fois, je suis partie en week-end et je l’ai laissé seul. A mon retour, j’ai appris qu’il avait failli brûler la maison et qu’il y avait eu des bagarres devant chez moi. Si je n’étais pas là, je pense qu’il serait perdu. Je crois même qu’il serait retourné en prison. Il faudrait absolument un suivi derrière.


Pour se réinsérer dans la société, il y a beaucoup de choses qu’il ne sait plus faire, qu’il a oubliées. Ça fait un mois et demi, ça va un petit peu mieux qu’au début. Mais c’est quand même dur, il est encore dans sa phase «  prison  ».


source rue89

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Re: [témoignages] passés par la case prison

Message  Invité le Mar 14 Juin 2016, 12:28

près quinze ans de procédure judiciaire, Sxxxxxxx a passé quatorze mois derrière les barreaux en 2012. Accusé en 1997 de délits financiers avec sept autres personnes, il avait déjà connu quatre mois de détention provisoire en 1999.
Entre deux incarcérations, il s’est marié, a eu six enfants et de graves problèmes de santé. Après avoir connu une « dégringolade sociale », il estime qu’un autre regard sur les « erreurs de parcours » est nécessaire. Et affirme que la prison telle qu’elle est pensée « ne sert pas à grand-chose ».

OIP. Comment viviez-vous avant d’avoir à faire à la justice  ?
Sxxxxxxx. Je fais partie des gens qui n’ont pas eu de problème  : je suis issu d’une famille hyper-bourgeoise où je n’ai jamais manqué de rien. J’habitais à la campagne, à une cinquantaine de kilomètres de Toulouse. J’ai fait des études de droit et de sciences politiques. Je vivais bien. J’ai été attaché parlementaire et secrétaire général de mairie  ; puis, je me suis lancé dans le monde des affaires.

C’est dans ce contexte que vous avez commis vos infractions  ?
Il faut remonter en 1992-1993. A cette époque, nous étions huit personnes impliquées, et nous avons été des requins dans le monde des affaires, des voyous au sens propre du terme, je n’ai pas honte de le dire. Nous avions monté différentes sociétés et nous avons été poursuivis pour des faillites frauduleuses, maquillées en faillites simples, et aussi des escroqueries, car nous avions été indemnisés à hauteur de quatre millions d’euros par les compagnies d’assurance. Une instruction a été ouverte en 1997. On s’est donc fait prendre les doigts dans le pot de confiture et ça nous a coûté très cher. Plus qu’on aurait pu l’imaginer.

Comment s’est passée l’enquête judiciaire  ?
Fin 1999, on est venu me chercher à Londres, où je m’étais marié et installé. J’ai été convoqué, puis placé en détention provisoire à l’ancienne prison de Saint-Michel à Toulouse. J’ai été libéré au bout de quatre mois et demi et je suis reparti en Angleterre où j’ai repris le cours de ma vie.
Cette première détention m’avait fait perdre mon emploi au sein de la direction d’une multinationale, mais j’ai retrouvé rapidement un emploi similaire. L’instruction s’est éternisée. Trois magistrats ont été nommés successivement. Les différentes parties demandaient des actes d’instruction complémentaires, souvent refusés  : il y avait appel et ensuite pourvoi en cassation, ce qui ralentissait fortement l’avancée de notre dossier.
Dans ce monde des affaires entouré de juristes, d’avocats, de conseils, les parties mises en cause savent faire durer une procédure, utiliser tous les stratagèmes de la loi pour ensuite plaider l’ancienneté des faits. Tôt ou tard, une condamnation devait néanmoins arriver. Mon avocat était confiant et m’assurait que j’écoperais d’une peine de principe.

Quelle a été la condamnation finalement  ?
En 2005, soit huit ans après le début de l’instruction, nous avons été condamnés à des peines très clémentes. Pour ma part, dix-huit mois, dont une partie avec sursis. Mon avocat m’a conseillé de ne pas faire appel. Sauf que je n’étais pas tout seul dans l’affaire jugée. Quatre des co-accusés ont fait appel, et dès lors j’étais obligé de repasser en jugement avec les autres. Le procureur a en effet déposé un «  appel incident du parquet  », portant sur l’ensemble du dossier, c’est-à-dire nous concernant tous les huit. Il ne voulait pas que l’affaire soit rejugée avec une partie des accusés absents.
En attendant cette nouvelle audience, ma vie en Angleterre avec ma femme a continué. Deux ans plus tard, en octobre 2007, nous avons été convoqués devant la Cour d’appel. A cette époque, l’on venait de me diagnostiquer un cancer de l’estomac. J’avais un certificat médical pour mon absence à l’audience car je ne tenais pas debout. Et lors de ce jugement, j’ai été condamné à 36 mois de prison ferme.

Comment avez-vous vécu cette condamnation tardive  ?
Sur l’instant, j’étais résigné, j’avais tellement d’autres soucis. A l’issue de la condamnation, il n’y a pas eu de mandat de dépôt. J’ai continué à vivre en Angleterre auprès de ma famille. Je travaillais et voyageais beaucoup, j’ai fait un arrêt cardiaque en 2011, à 45 ans, alors que ma femme attendait notre sixième enfant. Finalement en 2012, j’ai été arrêté par la brigade de recherche des fugitifs qui venait de m’inscrire sur son fichier deux jours auparavant.

Vous êtes donc arrêté en 2012 pour exécuter une peine prononcée en 2007, pour une accusation remontant à 1997  ?
Oui, à trois semaines de la prescription, qui aurait rendu ma peine inexécutable, je suis arrêté. Le soir même, je dors dans une prison anglaise. J’y suis resté dix jours puis j’ai été transféré en France, à la maison d’arrêt de Lille. Six mois plus tard, j’ai obtenu mon transfert dans un centre de détention proche du nouveau lieu de résidence de ma famille dans le Sud de la France. J’y suis resté jusqu’à fin décembre 2013.
La peine n’avait plus aucun sens pour moi aussi longtemps après les faits. Le magistrat anglais était «  désolé  » mais il ne cessait de dire «  je n’ai d’autre choix que d’exécuter, je ne peux pas refuser cette demande, mais c’est une décision plutôt aberrante  ».

Comment avez-vous vécu votre détention  ?
Je me doutais bien que ce ne serait pas «  le Club Med  ». La promiscuité a été dure à supporter, la douche collective par exemple. Je reste aussi marqué par la porte de la cellule que l’on ferme à 17h30 jusqu’au lendemain matin 7 heures. Et puis j’ai découvert que la prison était un condensé de misère sociale et de souffrance humaine auxquelles on n’a pas su répondre. Alors on choisit de la mettre à l’écart en emprisonnant faute d’autres réponses.
Je ne crois pas qu’enfermer pendant quelques mois des gens qui boivent, qui commettent des infractions routières, ou qui frappent leur conjoint, puisse servir à faire cesser leur comportement. Ils ont besoin d’une réponse adaptée qui n’est pas apportée en détention.
Entre mes deux incarcérations en 1999 et 2013, j’ai trouvé que la situation s’était dégradée. A l’heure actuelle, c’est la jungle en prison  ! Le trafic est partout et quand on refuse d’y participer on se fait insulter, parfois menacer. La violence est devenue omniprésente. J’ai aussi eu beaucoup de difficulté à obtenir le droit de travailler.

Quelle a été l’incidence de vos problèmes de santé sur votre détention  ?
Pour un cardiaque, la détention aggrave évidemment les choses. On est censé éviter le stress, alors qu’il est permanent en prison. Au centre de détention dans le Sud, suite à un AVC et un autre incident cardiaque en mai 2013, on m’a prescrit un traitement lourd que je devais recevoir deux fois par jour à l’infirmerie. Le service médical était situé à 400 mètres de la détention, je devais monter et descendre des escaliers, étant détenu au troisième étage.
Un soir, en juillet 2013, le surveillant est venu comme d’habitude me chercher pour l’infirmerie, et j’ai refusé d’y aller. Toute l’équipe médicale s’est alors déplacée. Je leur ai demandé s’ils voulaient me tuer plus vite avec ces 400 mètres et escaliers deux fois par jour en plein été. Le lendemain, j’ai réitéré mon refus. A partir de là, ils ont décidé de me transporter en fauteuil roulant, ce qui était très contraignant pour eux car il fallait mobiliser un surveillant, une infirmière et un brancardier. Finalement, l’un des médecins a demandé à ce que je change d’affectation et j’ai été placé au quartier arrivants, à côté de l’unité sanitaire.
Je m’y ennuyais car il n’y avait aucune activité. J’ai demandé à travailler et j’ai été placé comme auxiliaire au quartier de semi-liberté. Jusque-là, on me refusait le travail pour des raisons de santé, tout en continuant de me dire que pour obtenir une conditionnelle il fallait que je travaille... Ces discours opposés qu’on vous tient pendant des mois, c’est à rendre fou.

Comment vos proches ont-ils réagi à votre incarcération  ?
Celle de 2012 a été un effondrement absolu pour eux. Ma femme a perdu son emploi en Angleterre car l’ambassadeur de France a informé son employeur de mes problèmes judiciaires  : l’Etat lui a demandé de démissionner. Les enfants étaient scolarisés dans un lycée français, et le proviseur, qui a également été informé de mon arrestation par les services consulaires, a demandé à mon épouse de retirer les enfants «  pour les protéger  ».
Malgré ses courbettes et ses belles manières, j’appartiens à cette harde bourgeoise d’autant plus sauvage qu’elle parait civilisée  ! Mon épouse est alors venue s’installer dans le Sud de la France, afin d’avoir l’aide de mes parents pour élever nos six enfants, les rescolariser, retrouver un emploi, etc. Mon aîné a raté son année scolaire. Ma grande fille a pris quinze kilos, au point de se retrouver en cure à 13 ans…

Avez-vous gardé le contact avec eux pendant vos incarcérations  ?
Pendant ma détention provisoire, mes proches venaient souvent au parloir, ma femme une fois toutes les trois semaines, ma mère deux fois par semaine. A Lille, ma famille ne me rendait pas visite, on se téléphonait. Mais l’accès au téléphone était difficile  : pour le côté impair de la coursive le matin, le côté pair l’après-midi  ; il faut aller en promenade pour téléphoner, mais la promenade c’est violent, il vaut mieux savoir se faire respecter.


Dans quelles conditions s’est déroulée votre sortie  ? 
Ma première libération conditionnelle a été refusée car je n’avais pas de perspective d’emploi, alors même que mon état de santé était déclaré incompatible avec une situation de travail. J’avais une carte d’invalide à 80% et une reconnaissance de travailleur handicapé.
Pour ma seconde demande, j’ai présenté un contrat de travail dans l’entreprise de ma famille. Ma conditionnelle a alors été acceptée en deux semaines, à six mois de ma fin de peine. Si on avait su, on l’aurait fait avant... Mais je n’avais aucun accompagnement pour préparer ma sortie, j’ai dû me débrouiller seul.
En détention, pour avoir un rendez-vous avec le SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation), c’était pire que l’ascension du Mont Thabor, et il fallait déjà justifier du bien-fondé de sa demande. A la sortie en revanche, pour le suivi de la mesure d’aménagement de peine, ils ont été proactifs, le suivi était sérieux, avec une véritable écoute.

Quelle est votre situation aujourd’hui  ?
J’ai payé mon erreur. Socialement, ça m’a bien fait dégringoler  : je suis passé de «  la vie de château  » à la vie de cachot. Aujourd’hui, avec le projet professionnel que je poursuis dans ma ville, je suis décidé à embaucher des gens qui ont pu avoir des échecs de vie eux aussi. J’essaie d’expliquer aux autres  : «  Est-ce que vous ne parlez plus à quelqu’un qui a été malade  ? Est-ce que vous ne parlez pas à un handicapé  ? Quelqu’un qui a fait une erreur dans son parcours de vie ne mérite plus votre confiance ?  »
Je pense qu’à un moment il faut communiquer  : «  Il a commis une erreur, et alors  ? Est-ce qu’il va forcément en commettre une autre demain  ?  ».

Qu’est-ce qui favorise que les gens récidivent selon vous  ?
La façon dont la prison est pensée en France  : elle ne sert pas à grand-chose. On parque les détenus, on les désocialise, on les infantilise au maximum, et puis après on les remet en liberté.
Par exemple, ça ne sert à rien d’incarcérer des gamins qui fument des joints, parce qu’ils vont sortir avec les mêmes addictions, voire pire. En prison, des gars qui n’osent pas avouer leur homosexualité reçoivent des gifles de leurs codétenus rien que pour ça. On nous fait des grandes déclarations contre la discrimination, mais la prison reste une zone de non droit. Même chose pour les salaires  : quand je travaillais en détention, je percevais 230 euros par mois environ. On est très loin des règles du droit du travail, du smic et autres…
Et puis la sortie n’est pas préparée. Il y a des pays comme la Suède (mon épouse y a travaillé), où la libération conditionnelle est prévue d’office et la réinsertion préparée dès le début de l’incarcération.

Quels sont vos projets  ?
Avec mon avocat, nous avons fait une demande d’effacement de mon casier judiciaire, pour me donner une chance de me remettre correctement dans la société. Si elle est refusée, dans quelques mois ma conditionnelle sera finie, je ferai ma valise pour le Brésil ou l’Argentine. J’irai au bout du monde, là où on ne me posera pas de questions. Tout le monde a droit au rachat de ses erreurs, moi comme un autre.


source rue89 juillet 2014

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Re: [témoignages] passés par la case prison

Message  Amarok le Mer 15 Juin 2016, 19:17

Merci aux auteurs de ces témoignages qui décrivent de manière détaillée les conséquence dramatiques de l'incarcération .
Celui qui a fauté est touché de plein fouet ,mais il entraine dans son sillage tous les proches qui tentent de le soutenir .Les problèmes familiaux ,financiers ,de santé,de travail s'enchainent les uns aux autres dans une spirale infernale dont il est très difficile de se relever.Tous les membres de l'entourage sont touchés,certains dépérissent et en meurent , et les effets néfastes de ce passage par la case prison se sont encore sentir très longtemps après la sortie .
J'espère que Julien parviendra à retrouver un équilibre et à se défaire avec le temps des réflexes acquis en prison . Et que Sxxxxxx parviendra à remonter la pente avec toute sa famille et à démarrer la nouvelle vie à laquelle il aspire.

Amarok
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Vincent, deux mois de prison : « L’autre devient vite un cauchemar »

Message  Invité le Jeu 16 Juin 2016, 12:19

Vincent, deux mois de prison : « L’autre devient vite un cauchemar »


Dans une période marquée par l’alcool et une grande fatigue psychologique, Vincent a été condamné pour des violences et outrages à agent.
Incarcéré en 2007-2008 à Fleury-Mérogis (Essonne), la prison lui a permis une certaine «  coupure  ». Même si un passage dans une sorte de monastère aurait eu selon lui «  le même effet, et de façon beaucoup plus pacifiée  ».


OIP. Est-ce que vous pouvez décrire un peu votre vie avant d’avoir eu affaire à la justice  ? Y avait-il un contexte de délinquance, de violence  ?
Vincent. Pas du tout. Mon père a même un profond dégoût de la violence et des armes. C’est lui qui a monté mon dossier pour que je ne fasse pas mon service militaire, par exemple. Il est assez engagé politiquement aussi. J’ai grandi à Clermont-Ferrand, puis vers le Mont Ventoux. La campagne profonde. Mes parents avaient des positions assez confortables, mon père a obtenu la direction d’un centre de vacances là-bas. Disons que la société m’a offert des chances. Et que je ne les ai pas prises.

Vous avez fait des études  ?
J’ai passé mon bac, puis j’ai fait les beaux-arts, trois ans. Ensuite, j’ai eu cinq ans de RMI, entrecoupés de petits boulots. Et j’ai été pris en charge par un centre social qui s’occupait du suivi des «  artistes  ». Comme je n’avais pas beaucoup d’idées d’avenir, j’ai cru pouvoir échapper à ce suivi en disant que je voulais passer les concours des grandes écoles de cinéma. Mais ça a réussi  ! J’ai été accepté dans une école de cinéma à Bruxelles, où j’ai passé trois ans.
J’avais 28 ans. Je n’étais pas du tout préparé à la solitude, je ne savais pas me débrouiller seul, hors de mon milieu. Je ne savais pas. Après, je suis redescendu à Paris avec une amie. On a vécu un an ou deux chez les uns les autres, ou dans des squats d’artistes. Je buvais pas mal et ça a commencé, la violence. J’avais une certaine frustration de n’arriver à rien, j’étais dans la dèche et je contrôlais de moins en moins. Ces années sont un peu floues pour moi, maintenant.

Vous avez commencé à avoir des problèmes de violence qui ont finalement abouti à une interpellation  ?
Oui, je commençais à péter les plombs de plus en plus souvent. Il y a eu une parenthèse de deux ans, pendant laquelle je sortais avec une fille. Je travaillais à l’aménagement du nouveau musée du Quai Branly, c’était un super chantier. Après, la chute a été très rapide, en six mois je n’avais plus rien à quoi me raccrocher. J’avais démissionné pour pouvoir partir avec ma copine au Mexique, où ça s’est très mal passé. La séparation.
Ensuite, il y a eu des bagarres répétées. Jusqu’à ma première interpellation quai de Jemmapes, à Paris, avec un patron de bar et ses serveurs qui m’ont sorti et plaqué au sol. La police est venue. Je me débattais de douleur, au sol. Avec un de mes pieds, j’ai abîmé un flic. J’ai passé deux nuits au poste. J’avais une convocation pour passer au tribunal quatre mois plus tard. Mais deux mois après, j’ai revu la femme avec laquelle j’avais passé deux ans. J’étais très ivre, j’avais beaucoup fumé aussi. Et ça s’est mal passé.
On s’est disputé. Elle m’a chassé, je suis parti, et je suis revenu à l’interphone. J’ai fait du barouf au pied de son immeuble. Quelqu’un a dû appeler la police. J’ai fait une remarque provocante à un flic, lui disant qu’il faisait une sale tête, qu’il n’avait pas l’air d’apprécier son travail. Et là je partais, mais le flic m’a poursuivi dans la rue, il m’a rattrapé et serré la gorge jusqu’à ce que je ne puisse plus respirer. Après, il a dit que j’avais levé la main sur lui et dans le fourgon, ils s’en sont donnés à cœur joie. Moi, je ne me souvenais pas bien le lendemain, je prenais aussi beaucoup d’antidépresseurs.

Et vous avez été jugé  ?
Oui, j’ai été emmené au commissariat, placé en garde à vue, puis déferré au tribunal et jugé en comparution immédiate. Je me souviens à peine de ce qui s’est passé au procès, tout s’est passé très vite, la salle était très lumineuse alors que je n’avais pas vu le soleil depuis trois jours. J’ai aperçu mes parents.
J’ai été condamné à deux mois ferme et deux mois avec sursis. Parce que j’avais un casier vierge. Et j’ai été envoyé à Fleury-Mérogis. Après trois jours de garde à vue, la saleté, le manque de sommeil, la faim et le déni d’humanité, j’étais content d’arriver en prison.

Comment s’est déroulée votre détention  ?
L’administration pénitentiaire, ils ont eu peur que j’en finisse. Très vite j’ai eu un poste d’assistant bibliothécaire (j’ai travaillé, je suis même sorti avec 200 euros).
La première nuit, j’ai demandé du papier et un crayon pour écrire à mes parents pour les rassurer. Je leur ai écrit qu’il fallait faire la paix et que ça allait se passer. Je pensais surtout à eux. Mes premières sorties dans la cour, c’était sur le toit de Fleury-Mérogis, avec le grillage au dessus [cour pour les arrivants, ndlr]. Après, j’ai pu aller dans la cour du bas, mais ça sentait les rapports un peu trop physiques, la violence qui pouvait démarrer d’un moment à l’autre. Je ne suis plus sorti.
J’ai eu la chance d’être seul en cellule presque toute ma détention. Les quinze derniers jours, je les ai partagés avec le gars qui gérait la bibliothèque. Il n’était pas désagréable, mais la télé était allumée en permanence. Tu peux pas dormir quand tu veux, tu dors dans la couchette du haut et tu te sens tout petit, le reste de la cellule ne t’appartient plus, c’est son domaine à lui. Il peut mettre les pieds à terre et toi t’es toujours à penser à lui. L’autre devient vite un cauchemar.

Quel a été l’effet sur vous de ce passage en prison  ?
Je l’ai vécu comme une coupure, la fin de quelque chose. Avant, j’avais commencé une psychanalyse, qui ne donnait pas grand-chose. J’étais toujours dans cet état de peur, de psychose, comme un animal. Après coup, je me suis dit que j’avais cherché le passage à l’acte, que je m’étais jeté dans les bras de la justice pour que ça s’arrête. J’avais toujours eu des épisodes violents, contre des objets ou contre moi, mais jamais contre des personnes.

L’alcool était présent depuis longtemps aussi  ?
Oui, j’ai commencé à boire vers 14-15 ans. Au centre de vacances où travaillait mon père, j’avais accès aux cuisines et aux réserves du bar donc, très vite, je m’en suis servi comme d’un stimulant pour parler, un désinhibiteur.

Comment s’est passée votre sortie de prison  ?
J’ai d’abord passé un moment à Clermont-Ferrand chez mes parents. Ça a été un peu dur avec mon père, je l’ai provoqué plusieurs fois. J’ai fait plusieurs petits boulots mais je n’arrivais plus à en tenir aucun.
Finalement, je suis redescendu à Clermont-Ferrand et je me suis fait embaucher en maçonnerie, dans le bâtiment, à couler du béton, pendant trois ans. Comme j’avais les nerfs, ce travail a été le seul moyen de trouver plus dur que moi, pour me calmer, m’user  !
D’un autre côté, j’ai milité contre les expulsions de Roms, je me suis engagé politiquement et j’ai rencontré quelqu’un, il y a deux ans. Pour elle, je ne veux pas être un cas, elle a sa vie à vivre, tout à attendre, donc on s’entend, on se complète avec nos défauts en sourdine.

Et si vous comparez votre vie avant et après le passage en prison  ?
C’est la fin de l’enfance et la fin du rêve, de l’orgueil et des illusions. Sortir de prison avec toutes les obligations qu’on doit régler, c’est comme se promener avec une étoile au front. Les deux années après ma sortie, j’étais encore très mal, avec des moments d’agressivité mais il y a une sorte de passage qui s’est fait.
Je désactive tout, je me protège de la force de mes émotions, avec un côté pénible parce que tout devient rationnel, pragmatique, utilitariste. J’ai l’impression de faire un pas après l’autre, de construire en faisant attention, en calculant les risques, en pensant à ce qui est «  bien pour moi  » alors que je suis très pessimiste au fond. C’est un programme que je tiens, loin de la liberté.

Vous pensez que la prison est utile  ?
Je ne suis pas forcément contre la prison, la peine et la séparation peuvent être utiles, mais je pense qu’il y aurait des alternatives dans beaucoup de cas. En ce qui me concerne, un monastère aurait eu le même effet, et de façon beaucoup plus pacifiée  !
Je me suis tenu à carreau pendant mon incarcération, parce que je n’y étais pas pour longtemps. Je ne sais pas si j’aurais tenu sur une longue peine. Mais mon problème, ce n’était pas tant la prison, que l’alcoolisme et la dépression.
En détention, j’ai rencontré beaucoup de clochards, des gens paumés qui n’avaient rien à faire là. Des malades de la pauvreté ou malades mentalement, qu’on a mis à l’écart pour quelques mois, mais dont on se fout profondément. Il y a toute une frange de la population qui est hors société. Mais il y a plusieurs sortes d’inaptitudes à vivre en société. Parce qu’on vit dans une société dure. La dureté, on peut l’accepter si elle a un sens. Mais si elle en n’a pas…

Source rue89 juin 2014

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Re: [témoignages] passés par la case prison

Message  Amarok le Jeu 16 Juin 2016, 22:00

Le témoignage de Vincent nous démontre qu'il est très facile ,pour tout un chacun,de se retrouver derrière les barreaux.Quelques difficultés dans la vie, l'alcool qui s'invite pour noyer les problèmes ,une bagarre qui tourne mal et un jour ,tout bascule .
Son passage en prison a été éprouvant mais Vincent a tenu le coup . Deux ans après la sortie,son parcours semble encore fragile , mais il a appris à se contrôler . Puisse-t-il jour après jour consolider le travail de maitrise qu'il a entrepris sur lui-même ,c'est sa seule chance pour s'en sortir et surmonter définitivement sa dépression .

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Re: [témoignages] passés par la case prison

Message  chrispi le Ven 17 Juin 2016, 09:30

Courage ( paix et amour)

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Re: [témoignages] passés par la case prison

Message  Invité le Ven 17 Juin 2016, 11:11

un témoignage émouvant qui démontre que certains n'ont pas leur place en prison mais devrait être soignés ou aidés moralement et pouvoir accéder à une vie tout simplement.
la prison n'est pas un remède miracle...

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« La vie sans argent me faisait plus peur que la prison »

Message  Invité le Mar 21 Juin 2016, 15:34

Rencontre avec Nadir, 21 ans, par l’intermédiaire d’ARC75, association d’éducateurs de rue. Habitant du XVIIIe arrondissement de Paris, il a été condamné pour petit trafic de cannabis et incarcéré à Fleury-Mérogis (Essonne) en 2011.
Il situe le début de ses problèmes au moment où il a quitté le lycée après une orientation inadaptée. Le trafic est à portée de mains, les interventions judiciaires lui sont incompréhensibles… Nadir s’en sort en reprenant les études, grâce à un éducateur et un professeur qui lui ont redonné confiance.
OIP. Pourriez-vous décrire ce qu’était votre vie avant d’avoir affaire à la justice  ?
Nadir. Dans l’ensemble, c’était plutôt bien je crois. Je suis né en Algérie, là-bas j’aimais l’école et j’avais de bonnes notes. Je suis arrivé en France en 2003, en classe de cinquième. J’ai commencé à avoir des problèmes quand j’ai arrêté l’école en 2007.
Quand la question de mon orientation s’est posée en troisième, j’avais encore des problèmes en français. Je voulais aller en filière générale et faire du dessin, mais la conseillère d’orientation m’a dit que je n’avais pas les capacités. Elle m’a proposé un BEP en électrotechnique, qui avait l’air bien comme elle me l’a vendu. En fait, c’était de l’électricité dans le bâtiment. Dès le premier stage, j’ai su que ce n’était pas pour moi. J’ai quand même obtenu mon BEP et puis j’ai fait une demande pour changer de spécialité, mais j’ai été refusé. Ils m’ont dit  : soit tu continues en bac pro, soit tu vas chercher ailleurs.
J’ai préféré aller ailleurs, mais en fait je me suis mis à traîner, fumer, puis trafiquer. Je ne pensais pas avoir les capacités pour faire de longues études. Mais j’étais en colère qu’on m’ait envoyé dans une filière qui n’avait rien à voir avec ce que j’aimais. Les gens s’en fichent, ils veulent juste te caser.

Est-ce que vous avez rapidement eu affaire à la justice  ?
Oui, la police venait souvent me contrôler, car je traînais dans le square où se passe le trafic. Je me suis fait arrêter trois fois début 2007  : les deux premières pour détention de stupéfiants, la troisième pour trafic. J’ai pris du sursis. Au bout d’un an, j’ai cherché du travail mais je ne trouvais rien. Mes parents m’ont dit de reprendre mes études pour qu’au moins je fasse quelque chose.
En 2009, je suis retourné en classe de première. Je continuais quand même à faire des conneries. Et en milieu d’année, j’ai été condamné à de la prison ferme, et mes sursis ont été révoqués  : je suis resté sept mois en prison, puis deux mois sous bracelet électronique.

Comment se sont passées vos comparutions au tribunal  ?
J’étais perdu, je ne savais même pas quoi dire. Ils parlaient tous vite, je ne comprenais rien. Tu te sens tout petit et tu te dis «  pourvu que ça se finisse  ».

Quand vous étiez condamné à du sursis, cela n’avait aucun impact  ?
Je croyais que ce n’était rien du tout, le sursis. Je demandais à mon avocat si j’allais en prison, il me répondait non. Et je ressortais du tribunal en me disant que ce n’était pas grave, sans avoir compris ce qu’était le sursis.

C’était du sursis simple, sans obligations  ?
Si, j’avais 140 heures de soins [un travail d’intérêt général en fait, ndlr], mais je n’y suis pas allé.



Vous n’avez pas été envoyé au Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP)  ?
Le SPIP, c’est le truc à Tolbiac  ? Si, j’y allais, mais le conseiller, il n’était pas là pour m’aider. Enfin, je le voyais comme ça.

Et comment votre famille a réagi à vos premières condamnations  ?
Franchement, je ne leur disais pas, j’étais majeur. Ils ne savaient pas ce qui se passait.

Lors de votre dernière condamnation, vous êtes allé directement en prison  ?
Oui, c’était en comparution immédiate. Le soir même, j’étais à Fleury. On m’avait parlé de la prison, mais une fois que tu te retrouves là-bas, ce n’est pas pareil. Au début, tu n’y crois pas. Les soirs d’après, quand tu n’arrives pas à dormir, tu réfléchis.
Je me suis dit que cela devait arriver, je n’étais pas innocent. En tout, j’avais seize mois à faire avec mes sursis révoqués. J’ai obtenu une conditionnelle au bout de sept mois, parce que le lycée a accepté de me reprendre et que le SPIP m’a bien aidé pour toutes les démarches avec le lycée.

Et pendant les sept mois de détention, qu’avez-vous fait  ?
J’avais un éducateur, Elvis, spécialisé pour les jeunes incarcérés. Il me faisait passer les devoirs à faire dans ma classe. Au bout de quelques mois, j’ai aussi pu aller à l’école de la prison, mais je n’avais que deux heures par semaine, et c’était juste du soutien en français pour ceux qui ne savaient pas lire.

Vous avez pu suivre vos cours du lycée tout du long  ?
Oui, j’ai eu de la chance, parce qu’un prof m’a soutenu. A ma sortie de prison, il a convaincu le proviseur de me faire passer en terminale, alors que je n’avais été présent que trois mois en première. Il a dit que j’avais les capacités pour rattraper le temps perdu. Il n’a pas mentionné mon incarcération, il a fait croire que j’avais dû partir en Algérie pour le service militaire.
J’ai pu passer en terminale pro dessin industriel, comme je voulais depuis le départ. J’ai eu mon bac et j’ai continué en BTS dans le même lycée. Je n’en serais pas là aujourd’hui s’il n’y avait pas eu ce prof, je n’aurais jamais continué mes études. A Fleury, il y avait d’autres jeunes que personne n’aidait, c’est à eux que la prison fait vraiment du mal.

Est-ce que tout cela serait arrivé si vous n’aviez pas arrêté le lycée  ?
Je ne crois pas. Quand j’étais au lycée, je ne pensais pas à fumer. J’ai commencé à vraiment consommer quand je me suis retrouvé à rien faire. Et puis je n’avais pas assez d’argent pour en acheter, donc là commence le trafic. Je savais que ça n’allait pas durer, que je finirais par tomber.

Pour vous, c’était un risque à prendre  ?
Franchement, oui. La vie sans argent me faisait plus peur que d’aller en prison. Ce n’était pas pour m’enrichir ou me donner une image, je voulais mettre l’argent de côté pour créer un truc, une marque de vêtements.
L’environnement joue aussi, parce que j’étais dans un lycée où le shit circulait à flot. C’était beaucoup plus facile de vendre du shit que de trouver un travail. A un moment, j’ai travaillé à la Défense pour un salaire de 900 euros par mois, non déclaré. J’aurais pu me faire la même somme en deux heures avec le deal. Mais je ne vendais pas énormément non plus. En tout, si on cumule mes trois condamnations, on arrive à 50 grammes.

Ce qui a mis un coup d’arrêt pour vous, c’est la prison  ?
Oui. Peut-être l’âge et les études aussi. Quand j’ai repris le lycée avant d’être incarcéré, je commençais à vouloir arrêter.

Comment avez-vous vécu votre temps de prison  ?
On ne peut pas se sentir bien là-bas. On n’était pas mal traités, les surveillants étaient corrects, ils faisaient leur travail et moi j’acceptais ma peine. C’est surtout la privation de liberté qui m’a posé problème. J’aime bien m’occuper et je ne supporte pas d’être dépendant. Pour n’importe quoi en prison, il faut que tu demandes. Et encore, au D3, on avait la douche en cellule, le bâtiment était neuf. Le manque d’activités était dur, je restais 22 heures sur 24 en cellule presque tous les jours. J’avais deux heures de promenade, et le jeudi un atelier de deux heures. En cellule, on faisait un peu de sport chacun notre tour avec mon codétenu, on regardait la télé, parfois on jouait aux cartes.
A force de dormir je me réveillais à n’importe quelle heure, et je n’avais toujours rien à faire. Quand tu te réveilles à 2 heures du matin, il y a le silence, tu as juste envie de sortir, besoin de faire un tour, mais tu ne peux pas. Ça rend fou. Il y avait aussi des problèmes pour les soins. Un jour, j’avais un mal de dents terrible, j’ai écrit pour aller voir le médecin, mais ça a pris plus d’un mois pour avoir une consultation.

Comment cela se passait avec vos codétenus en cellule  ?
On était par binômes, j’ai eu des bons codétenus. Les plus âgés me racontaient qu’ils venaient pour la quatrième ou la cinquième fois. A force de les entendre, je me disais que je n’avais pas envie d’être comme ça  : ils n’ont pas de vie de famille, ils n’ont rien. Les codétenus m’ont aussi expliqué le système du sursis, c’est là-bas que j’ai enfin compris.

A la sortie de prison, vous n’avez pas subi des pressions pour recommencer à dealer  ?
Pas vraiment. Avant la prison, j’étais comme dans une chaîne, je ne pouvais pas me retirer comme ça. Mais une fois sorti de la chaîne, je n’étais pas obligé d’y retourner, tout avait continué sans moi pendant ma détention.
Quand on est dans le trafic, on a l’impression de ne pas pouvoir faire autre chose, d’être un bon à rien. Aujourd’hui, j’ai encore des tentations, tous les jours quand je vais au square des gens me demandent du shit. Il faut résister à l’envie de se faire de l’argent. Mais je sais que si je recommence, je n’aurais pas mon BTS.

Après votre libération, vous avez de nouveau été suivi par le SPIP  ?
Oui, mais la CPIP [conseillère pénitentiaire, ndlr] pensait que je mentais, elle ne voulait pas croire que j’étais en BTS, même quand j’ai ramené un certificat de scolarité. Elle me convoquait deux fois par mois à 10 heures du matin. Avec le temps de transports, ce rendez-vous me faisait rater quatre heures de cours. Tout ça pour un entretien de dix minutes, où elle prenait juste mes papiers.
Je lui ai demandé de changer l’horaire, mais elle n’a rien voulu entendre. Un jour, je me suis énervé. Elle a fait comme si de rien n’était, à la fin elle m’a dit au revoir comme d’habitude. Et elle a fait quoi  ? Elle a envoyé mon dossier à son supérieur, pour qu’il demande au juge la révocation de ma conditionnelle et que je retourne en prison. Heureusement, j’ai pu avoir un entretien avec le supérieur, qui s’est bien passé. Il m’a demandé si j’étais vraiment étudiant, je lui ai montré mes papiers, lui ai demandé ce que je pouvais faire de plus qu’apporter un certificat de scolarité et un bulletin de notes  ! J’ai expliqué que cette CPIP me rendait fou et que dans leurs petits bureaux [boxes d’entretien, ndlr], j’avais peur de péter les plombs. Le supérieur m’a cru et m’a dit qu’il n’enverrait pas mon dossier à la juge.

Et vous n’êtes plus retourné voir cette CPIP  ?
Non, le supérieur a compris le problème et il ne voulait pas que je rate mes cours. Il a décidé de me passer en «  suivi allégé  », avec un rendez-vous tous les quatre mois. Du coup, il doit me convoquer seulement une dernière fois, à la fin de ma mesure.

Il vous a fait confiance.
Oui. Et quand les gens te font confiance, tu n’as pas envie de les décevoir.

Est-ce que vous aviez d’autres obligations à respecter dans le cadre de cette mesure après la prison  ?
J’avais une obligation de soins. Je devais aller voir un psychologue une fois par mois. Il me faisait des exposés sur les drogues  : la cocaïne, le shit… Je lui disais que je n’avais pas besoin de savoir tout ça. Un psychologue, il ne peut pas t’aider. Je te jure que des fois, pour pouvoir aller à son rendez-vous, j’étais obligé de fumer avant  !
Au bout d’un moment je lui ai dit que ça ne m’aidait pas du tout, qu’en sortant de son bureau, je me posais trop de questions. Il m’a proposé à partir de là de venir juste pour faire tamponner le papier comme quoi j’étais bien venu et de repartir. On fait comme ça maintenant.
Elvis, mon éducateur, n’essayait pas de me faire la morale  : il nous emmenait en sorties, pour des petits voyages avec les autres jeunes du quartier, c’est de ça dont on avait besoin. La CPIP et le psy, ils passaient leur temps à me rappeler que j’étais en tort. Je le sais très bien, mais je ne suis pas que ça, je ne suis pas mauvais.

Aujourd’hui, vous arrivez à vous en sortir grâce aux études  ?
Oui, j’espère que je finirai par faire de bonnes études et trouver du travail. Le prof qui m’a dit que j’avais les capacités d’aller en BTS, il m’a aussi convaincu que j’étais capable de trouver un travail. Encore aujourd’hui, je sais que je peux aller le voir si j’ai un problème, parler avec lui de mon projet. Même s’il est en cours, il prend quinze minutes pour moi, il m’explique tout.


Le fait d’avoir un casier judiciaire vous pose-t-il des problèmes  ?
Oui, parce que maintenant je suis connu de la police. Je me fais tout le temps contrôler et fouiller. La dernière fois, j’avais un petit pocheton d’herbe de 2 grammes, j’ai refait une garde à vue et je vais encore avoir un jugement.
Tout le monde fume dans mon quartier, dans ma classe, c’est banal. Mais moi, je peux avoir de graves problèmes pour ça. J’ai un peu l’impression que c’est sans fin.
Après la prison, il y a eu le bracelet électronique, il fallait que je rentre chez moi à 19 heures tous les jours. Après il y a eu le suivi pour la conditionnelle, et maintenant pour le sursis. Ça me rappelle que ce n’est pas derrière moi, c’est difficile pour avancer. Parfois, j’ai l’impression d’avoir encore des problèmes alors que je ne les ai plus.

Source rue89 mai 2014

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Re: [témoignages] passés par la case prison

Message  Invité le Mer 22 Juin 2016, 10:59

pour nadir,

la prison n'est pas encore derrière lui...
mais avec l'aide de son prof, il a persévéré dans ses études qui lui donnent un véritable but.
il ne reste plus qu'à lui souhaiter bonne chance dans sa vie future.

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« Pour les familles, la violence, c’est de ne pas savoir comment la prison fonctionne »

Message  Invité le Mer 22 Juin 2016, 15:31

A 30 ans, la fille adoptive de Philippe vient de passer quatre mois à la maison d’arrêt des femmes de Fleury-Mérogis. Sa condamnation à trois mois ferme pour outrage à agent et rébellion est venue s’ajouter à une condamnation avec sursis datant de plusieurs années. Il découvre avec stupeur la violence de la prison et le manque d’informations général à l’attention des familles.

Observatoire international des prisons : Comment avez-vous appris que votre fille avait été arrêtée  ?
Philippe : Par un appel du commissariat m’informant de sa garde à vue. Un contrôle d’identité avait mal tourné. Elle avait proféré des injures et craché sur la policière. J’ai rappelé le commissariat le soir pour prendre des nouvelles et signaler sa propension à l’auto-agression. « Il n’y a aucun problème, on gère. » Quand j’ai rappelé deux heures après, elle était à l’hôpital parce qu’elle avait avalé du shit. Le service des urgences a été très réticent à me donner des informations sur son état de santé.
Le lendemain, j’ai téléphoné à nouveau au commissariat pour demander combien de temps la garde à vue allait encore durer, et leur ai dit de prendre des précautions, qu’ils lui enlèvent ses lacets de chaussures. J’ai appris plus tard qu’ils les lui avaient laissés, et qu’elle s’en était servie.
Quand j’ai réussi à avoir l’avocate au téléphone, elle m’a dit de venir à Bobigny (j’habite au Mans), et d’apporter certains papiers. En arrivant au tribunal, j’ai appris que l’audience était reportée car ma fille avait eu une condamnation avec sursis il y a quelques années, et que le tribunal ne retrouvait pas son dossier. L’avocate m’a alors annoncé que ma fille était à Fleury-Mérogis, ça m’a fait un choc.

Comment s’est déroulé le procès  ?
L’affaire a été jugée peu de temps après. L’avocat de la police était très emphatique  : « Cette malheureuse policière sur qui on a craché, vous rendez-vous compte qu’elle peut attraper le sida  ?  ». La procureure a trouvé pour sa part que ma fille n’avait pas un comportement suffisamment contrit. La présidente était plus bienveillante, mais j’ai trouvé sévère la condamnation à trois mois fermes. Comme il y avait cette autre peine avec sursis prononcée il y a cinq ans, la nouvelle peine ferme ne pouvait pas être aménagée.
On n’est jamais préparé à ce genre de situation  : on se retrouve comme dans les séries télévisées avec sa fille derrière un box vitré, les mains attachées dans le dos, face à un public venu pour d’autres affaires. C’est normal que la justice soit publique, mais c’est un peu compliqué à vivre. J’ai pu lui parler un peu à la fin, puis elle est retournée en maison d’arrêt.

Est-ce que vous avez pu lui rendre visite en prison  ?
L’avocate m’a dit que je devais demander un permis de visite, ce que j’ai fait le lendemain en envoyant les papiers. Mais je n’ai pas reçu de réponse. C’était vers le 18 septembre et ma première visite au parloir a eu lieu le 19 octobre. Je pensais tout bêtement que le permis me serait envoyé par la poste. Absolument pas. Il est transmis à l’établissement pénitentiaire et il faut s’y rendre. Pendant le premier mois, nous n’avons eu de contact que par courrier. Sachant qu’une lettre met quatre jours à l’aller et quatre jours au retour.

Comment s’est passée votre première visite au parloir  ?
J’ai découvert tout un rituel. Avant d’entrer dans la prison, on doit déposer son téléphone et son chargeur dans un bâtiment séparé, une sorte de préfabriqué. Un agent pénitentiaire vient, un quart d’heure avant, ouvrir la porte pour qu’on puisse avoir accès aux casiers. C’est tout. Ce n’est pas comme à la maison d’arrêt des hommes où il y a un grand local pour les familles, avec une association et des personnels pénitentiaires qui vous renseignent. Là, on n’a aucun interlocuteur, c’est comme si les personnels ne nous voyaient pas.
Puis, on attend pour entrer un par un. On dépose ses affaires sur le tapis roulant avant de passer sous le portique. Il faut enlever la ceinture qui sonne, les lunettes qui sonnent, les chaussures qui sonnent, la montre qui sonne…
Ensuite, on franchit un premier sas. On va chercher sa carte et son permis de visite. Dans un casier, il faut déposer ses autres affaires, comme ses clefs de voiture ou sa veste car on doit rester en pull. Parfois, il y a des vols dans les casiers. Ensuite, on accède à une petite salle, on passe de nouveau sous un portique, qui sonne davantage que celui du bas. Et on attend encore dans une pièce, jusqu’à ce qu’on soit autorisé à entrer les uns après les autres dans un boxe de parloir.
La visite est censée être à 13h15, mais on ne passe jamais avant 13h30, voire au-delà. Les parloirs, ce sont quatre murs dont deux vitrés pour la surveillance, et un muret de séparation en pierre entre le visiteur et la personne détenue.
A ma première visite, ma fille ne m’a pas paru trop abîmée. Ça s’est dégradé par la suite. On n’a droit qu’à une demi-heure de visite. C’est un moment pas facile à gérer. Ma fille a tendance à parler beaucoup et si je l’interromps, elle se fâche. Les petites choses notées sur mes tickets de métro et dont il fallait que je lui parle, des problèmes à régler, c’était difficile de les aborder.

Comment votre fille a-t-elle vécu sa détention  ?
Dans un premier temps, elle a partagé sa cellule et ça ne s’est pas bien passé. Je ne peux dire que ce qu’elle m’en a dit. Elle a la phobie de la saleté. Elle a dû commencer à emprunter l’éponge de l’autre détenue à laquelle ça n’a pas plu. Du coup, elle a été rapidement mise en cellule individuelle. Elle me disait peu de choses sur son quotidien. Sauf sur les cantines [produits que les détenus peuvent acheter]. Dès le début, il y a eu des problèmes de cigarettes. Elle disait les commander et ne pas les recevoir. Comme il y a addiction, la privation de tabac cause un malaise, des troubles. Et puis il y a un négoce un peu malsain avec les autres détenues qui, voyant qu’elles ont affaire à quelqu’un de fragile, se «  saisissent  » de la situation.
Ma fille a toujours été fragile. Pendant toute sa détention, elle a eu des gestes d’auto-agression. Et ce n’est jamais par l’administration que je l’apprenais. Je le découvrais au parloir, quand elle me montrait les traces. Personne d’autre ne m’en a parlé. A deux reprises, elle a été emmenée à l’hôpital. J’ai téléphoné là-bas, mais on ne voulait rien me dire. La deuxième fois, c’est l’avocate qui a demandé son hospitalisation, parce qu’elle devait comparaître en commission de discipline et qu’elle était comme une zombie. Pour l’administration, c’était normal, banal, ils pensaient que la commission pouvait se tenir. Elle avait avalé des médicaments. J’ignore comment elle les a eus, si c’est son traitement ou si ce sont des échanges entre détenues. Il y a beaucoup de choses en principe interdites dans la maison d’arrêt, mais en réalité, c’est Carrefour-Market à l’intérieur.
Un jour, elle a oublié un morceau de shit dans sa chaussette, d’où son passage en commission de discipline. Comme je suis la seule personne à lui rendre visite, ils m’ont soupçonné de lui avoir apporté le shit  ! Et j’ai eu le droit à un traitement privilégié  : vider mes poches, ouvrir ma bouche...

Quelles ont été vos relations avec le personnel pénitentiaire  ?
L’expression «  aimable comme une porte de prison  » a pris tout son sens. Les personnels n’ont aucun échange avec les visiteurs. On ne me parlait quasiment pas. On ne m’a dit «  Monsieur  » qu’au bout de la 20e visite. Un parent a essayé au jour de l’an de dire «  bonne année  », et en retour il a eu le masque.
Un jour, nous avons eu une surveillance particulièrement tenace au parloir. Les surveillantes sont restées la quasi totalité du temps chacune de leur coté derrière les vitres. Ma fille s’est mise en colère, elle leur a dit de ne pas rester là. Ils s’y sont mis à quatre pour la sortir du parloir. Et seulement à cette occasion, la surveillante m’a parlé  : «  De toute façon elle vous manipule, pour la punir vous ne devriez pas venir la prochaine fois au parloir  ». Ensuite, nous avons eu des parloirs avec hygiaphone.
Il m’est arrivé une fois d’avoir du retard  : le train s’était arrêté entre deux gares et nous avons dû descendre. J’appelle le service parloir pour les prévenir que je ne pourrai pas être là à 13h15, je souhaiterais celui de 14 heures. «  Pour changer d’horaire, il fallait appeler hier  ». J’ai dit  : « Hier, je ne savais pas que le train serait en panne. »
Une autre fois, un imprévu m’a empêché de venir  : comme je n’arrivais à joindre le service parloir, j’ai appelé le Spip [Service d’insertion et de probation, ndlr] pour qu’ils préviennent ma fille. On m’a répondu  : «  Mais ce n’est pas à moi de faire ça. » Il est très difficile d’obtenir des informations.
Vous téléphonez, on ne vous passe personne. Pour avoir le service des parloirs, il faut au moins une demi-heure. Une fois sur deux, la borne qui permet de réserver des parloirs sur place ne fonctionne pas, vous devez recommencer dix fois. L’absence d’information est très difficile à vivre.

D’autres aspects de la vie en prison vous ont-ils surpris  ?
J’ignorais que la prison avait un tel coût. Parce qu’on nous rebat les oreilles sur la télé à écran plat que les prisonniers regardent en cellule. Soit, mais ils la payent. Je devais envoyer des virements à ma fille, environ 50 euros par semaine, quelques fois plus. Cet argent mettait quatre ou cinq jours à être disponible. J’ignore à quoi ma fille l’utilisait exactement, à part à l’achat de cigarettes fantômes. Elle était aussi obligée d’acheter les produits d’entretien, les produits de toilette, de la nourriture, une plaque chauffante…
Le coût des visites est aussi énorme. Le billet de train à 40 euros, puis le carnet de tickets de métro à 13,70 euros, puis le RER à 4,20 euros. En tout, plus de 80 euros à chaque visite. J’ai été contraint de demander un échéancier pour payer mes impôts. Aujourd’hui, les variables d’ajustement de mon budget sont très limitées. J’aurais pu réduire à un parloir par semaine, mais compte tenu de son état psychologique, il m’a semblé impératif de la voir davantage.

La sortie de prison de votre fille a-t-elle été préparée  ?
Elle devait sortir un lundi. Tout était prévu depuis le vendredi. J’avais dormi à côté de la prison pour pouvoir m’y présenter à 8 heures. J’arrive donc sur place pour la chercher et là on me dit  : « Non, elle ne figure pas sur la liste des sortantes. » J’attends jusqu’à 10 heures pour avoir un interlocuteur qui m’explique qu’une autre peine est tombée. C’était l’ancien sursis qui venait juste d’être mis à exécution. J’ai dit  : «  Il est tombé pendant le week-end  ?  ». Nous n’avions eu aucune information. Le choc a été assez violent. Aussi sec, ma fille s’est entaillé les veines. Et je n’ai pas pu la voir, je n’avais pas réservé de parloir ce jour-là puisqu’elle devait sortir.
A présent, sa peine va être aménagée, avec un bracelet électronique, puis une conditionnelle. Elle doit sortir dans deux jours et la seule information dont je dispose, ce sont les heures auxquelles elle ne peut pas sortir de la maison. Le bracelet électronique doit être de courte durée, ensuite elle bascule sur la libération conditionnelle, je ne sais pas bien avec quelles contraintes, je crois qu’elle a une obligation d’hébergement, de travail et de soins. Il a fallu que je trouve quelqu’un qui accepte, sans la connaître, de signer une promesse d’embauche. Ce n’est pas du tout évident aujourd’hui. Et puis un certificat médical d’un psy, qui a consenti à la voir quand elle sortira, au moins pour l’orienter vers un spécialiste.
La CPIP [Conseillère d’insertion et de probation, ndlr] a toujours déploré que je sois le seul à être en contact avec elle, ma fille ne l’ayant pas sollicitée. Je me dis qu’étant donné les problèmes de ma fille, la CPIP aurait pu faire une démarche. Comprendre le système des réductions de peine et des aménagements, c’est très compliqué et on n’est pas aidés.
La prison c’est déstructurant et violent, ça laisse des traces. Pour les détenus, la violence est dans l’enfermement, qui n’est pas que la privation de circuler librement. Il y a tout un ensemble de petites maltraitances banales de la part de l’administration et aussi des violences de la part des autres détenus. La violence pour les familles, c’est de ne pas savoir comment tout cela fonctionne. Je touche du bois, j’espère que c’est sa première et sa dernière incarcération.

source rue89 mai 2014

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Re: [témoignages] passés par la case prison

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