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[Reportage-vidéo] Vieillir à l'ombre

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[Reportage-vidéo] Vieillir à l'ombre

Message  Tatie le Dim 19 Juin 2016, 09:55

en écho à la discussion * proposée par Amarok ce matin, vous pouvez visionner ce reportage afin de vous faire une idée et vous permettre de participer à la discussion si besoin est.


* discussion ICI



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Re: [Reportage-vidéo] Vieillir à l'ombre

Message  Tatie le Mar 11 Avr 2017, 12:43

je sais pas si vous avez regardé ce reportage, je vous propose en complement cet article


Finir sa vie en prison


La prison est confrontée à la maladie et à la mort. A travers la manière dont elle est appréhendée dans les politiques pénales et, concrètement, dans le quotidien carcéral, la mort questionne le sens – et les limites – de l'institution pénitentiaire.
De plus en plus, l'univers carcéral doit faire face à la fin de vie, notamment à cause du recours de plus en plus fréquent à l'internement et aux lourdes peines. A travers eux, la mort remet en cause le sens de la peine. Si la réinsertion n'est plus un objectif, à quoi servent les prisons? La maladie, quant à elle, questionne le fonctionnement de la prison: comment concilier soins et règles carcérales?

En 1981, alors que la France connaissait un débat fulgurant sur la peine de mort, Michel Foucault anticipait le nouveau défi moral qui déchirerait la justice criminelle contemporaine: «La véritable ligne de partage entre les systèmes pénaux ne passe pas entre ceux qui incluent la peine de mort et les autres, elle passe entre ceux qui admettent les peines définitives et ceux qui les excluent».1 Alors que la Cour Suprême des Etats-Unis autorisait en 1970 la peine de mort à condition que la peine perpétuelle constitue un possible jugement alternatif, celle-ci tend aujourd'hui plutôt à constituer un substitut à la peine de mort.

C'est d'ailleurs dans cette lignée que Marine le Pen, qui a récemment renoncé à proposer dans son projet présidentiel le rétablissement de la peine de mort, veut proposer une «perpétuité réelle», sans aménagement de peine: «la réclusion à perpétuité aurait un caractère définitif et irréversible, le criminel se trouverait sans possibilité de sortir un jour de prison».2 On passe, en quelque sorte, d'une mort institutionnalisée à une autre.

Le sens de la peine limité à la vengeance et la souffrance
Que nous dit la perpétuité sur le sens de la peine? En annihilant toute possibilité de rédemption, elle limite le sens de la peine à la vengeance et la souffrance. Aux Etats-Unis, qui représentent toujours un extrême en terme de politique pénale, trois décennies de politiques criminelles répressives et la «loi des trois coups»3 ont abouti à un taux d'augmentation des peines perpétuelles sans libération conditionnelle de 600% entre 1972 et 2009. En moyenne, ils sont donc plus de 30 000 détenus à attendre la mort entre les murs.
Ces peines inscrites dans la durée ont un caractère éminemment tragique: elles ôtent tout espoir, et laissent tout le temps au détenu d'expérimenter la mort des autres comme d'anticiper sa propre disparition. Un récit récemment publié par Prison Insider témoigne de cette mort qui déteint sur le quotidien: «On était plutôt à côté de la vie que dedans. On a essayé de faire comme les autres, d'avoir une vie, mais c'était pas pour nous» L 4.
A l'opposé de l'exemple américain, il y a la Norvège, qui fait partie des rares pays qui n'ont pas inscrit la peine perpétuelle dans leur code pénal. Le sens de la peine prend alors un autre chemin, celui de la réinsertion plutôt que de la dissuasion voire de la neutralisation. Certes, en Europe, la Cour des droits de l'homme prévoit que la perpétuité soit toujours accompagnée d'un aménagement de la peine. Mais les longues peines mettent elles aussi l'objectif de réinsertion entre parenthèses. En effet, pour Jean-Marie Delarue, contrôleur des lieux de privation de liberté entre 2008 et 2014, ce qu'elles mettent en cause, «ce n'est pas la conscience que le criminel a de son acte, mais c'est la possibilité de se réinsérer dans notre vie à nous autres qui sommes restés dehors et de les liens sociaux avec lesquels il a rompu depuis tant d'années».
De nouveau, l'histoire de L. est éloquente: «Depuis sa cellule, L a vu sortir ceux qui ont partagé son sort. Condamnés à perpétuité, ou à de longues peines. Mais lui reste. Comme si rien n'avait de prise sur le temps, au terme de sa peine de sûreté, fixée à quinze ans. Lui aura dû patienter une décennie de plus, mais la prison sera toujours là, comme s'il y avait un témoin permanent. On ne la quitte jamais».5
De plus, si des recours sont possibles, c'est souvent à des conditions restrictives. En Suisse par exemple, le Tribunal fédéral (TF) a tendance à rejeter l'assouplissement des conditions de détention. En 2013, il avait ainsi refusé d'interrompre la peine du plus vieux détenu de Suisse, âgé de 89 ans et gravement malade. En effet, le TF a rappelé que l'exécution ininterrompue d'une peine était la règle, et que son «interruption en présence d'un motif grave [devait demeurer] exceptionnelle».
Comme ce détenu consulté lors d'une recherche sur la fin de vie en prison de l'Université de Fribourg, on peut se demander quel est le sens de la peine dans de tels cas: «... Quand un détenu va vraiment mal... que tu vois qu'il n'a peut-être plus qu'une semaine à vivre, alors je trouve qu'on pourrait lui donner une chance et lui dire oui, on te laisse sortir, revoir ta famille, faire tes adieux... voir tes enfants... mais je trouve très dur et brutal comme on agit avec ces gens... Et pour moi, oui, la question de la mort, je la laisse maintenant encore un peu de côté... je me dis, oui, peut-être que tu auras encore une petite chance de sortir... même si aujourd'hui ça paraît vraiment très difficile, parce que c'est partout bloqué, et que le mot d'ordre, c'est de garder dedans, de ne plus laisser sortir...».6

Surveiller ou soigner?
Cette affaire posait en effet la question de la mort en prison, mais aussi celle de la maladie. Surveiller ou soigner? Offrir une médicamentation adaptée ou éviter un trafic de médicaments? La vie carcérale présente à priori des contradictions de principe avec la prise en charge médicale. Pour le personnel pénitentiaire, cette fonction nouvelle de «soignant» et ce rapport à la mort sont très perturbants. L'absence de perspective de réinsertion est aussi difficile à accepter et remet en cause le sens de son travail.
Quand les soins et la surveillance se côtoient, les objectifs sont si antithétiques qu'ils peuvent difficilement être conciliés. C'est notamment ce que révèle l'étude des sociologues Aline Chassagne et Aurélie Godard-Marceau pour comprendre et décrire les situations de fin de vie en prison: «Cela met en lumière deux mondes qui ont des objectifs et des valeurs assez différentes. Au regard de leurs objectifs propres, ils n'arrivent pas à considérer ceux des autres, cela ne rentre pas dans leur schéma de travail et il n'y a presque jamais de temps prévu pour la rencontre ou la concertation. Je crois que c'est justement l'un des rouages importants dans ces questions de la fin de vie: la difficulté de communication et de compréhension de deux mondes qui agissent en même temps mais pas forcément ensemble».7

Les règles carcérales apparaissent alors comme difficilement conciliables avec la maladie. Une étude réalisée par la sociologue Lara Mahi sur les patients détenus montre par exemple l'attente qui suit les demandes de consultation en prison. Certains détenus doivent faire plusieurs demandes avant d'espérer obtenir une convocation. Fatigués de ces va-et-vient, ils peuvent alors décider d'abandonner tout espoir de prise en charge: ils renoncent à rédiger des demandes, pour ne plus attendre et ne plus espérer en vain. Le témoignage de David, atteint d'un cancer généralisé, est frappant: «Ecrire, moi j'écris plus. C'est fini. Terminé. Parce que répéter toujours les mêmes choses, non merci. Non. Je demande plus rien. Je me laisse aller, je me laisse partir».

Quand le «sécuritaire» prend le dessus
Vivre seul sa maladie, aussi, est une forme de double peine. On sait que le soutien social et le fait de pouvoir partager ses angoisses influent énormément sur la capacité à gérer la maladie mais également à la combattre: «La maladie est indissociable du social; son expérience se construit entre des malades qui ressentent leur état, l'expriment et l'organisent, et le discours collectif qui dessine la figure du malheur biologique et lui donne un sens». Entre les murs, il apparaît pourtant difficile de trouver du soutien et de partager son expérience. Dans un univers de violence et de prise de pouvoir, relater son vécu en tant que malade, c'est prendre le risque de mettre en avant ses faiblesses et de les voir exploitées. Plus que d'éviter d'en parler, il faut même se cacher, et mentir, pour éviter l'exploitation, mais aussi le rejet et le stigmate. Pourtant, dans un univers clos, rien ne passe inaperçu:
«J'évite de le dire aux autres parce qu'ils pensent que c'est contagieux. Ils pensent que ça s'attrape dans l'air, moi je sais que non. (...) Des fois, je descends avec les gens de la promenade pour aller au médical. J'esquive une fois arrivé en bas et je vais à l'infirmerie. Mais après, des gars me disent ‘mais on ne t'a pas vu à la promenade'. Il faut toujours se cacher, mentir... c'est épuisant (…)» (Wassim).8
En somme, la question des patients-détenus tend à être occultée et les personnes malades doivent se plier aux règles carcérales comme leurs codétenus. Cette négation du problème rejoint la question que pose également la peine perpétuelle: quel sens voulons-nous donner à l'institution prison? L'objectif sécuritaire a tendance à prendre le dessus sur l'objectif de réinsertion. Mais la question de la mort ne peut être évitée, et révèle les limites de l'institution: prévue pour une durée déterminée, elle n'est pas organisée pour affronter les problèmes liés aux fins de vie. Utilisée en pratique comme outil de dissuasion voire de neutralisation, elle ne remplit pas non plus l'une de ses fonctions principales, la réinsertion. Ainsi, Foucault avait vu juste, et nos systèmes contemporains ne pourront éviter d'affronter cette question aussi brutale que naturelle qu'est celle de la mort.

1.Cité dans l'article «Nos sociétés apeurées recourent de plus en plus à la perpétuité», Prison Insider, 2017, http://bit.ly/2fCtd3r
2.M. Vannier, «Peine à perpétuité réelle: son ‘instrumentalisation permet de paraître à la fois ferme et humaniste'», Le Monde, 24.02.2017, http://lemde.fr/2mm2MjB
3.Disposition législative qui pousse les juges à condamner à une peine perpétuelle un prévenu qui est condamné pour la troisième fois à un délit ou à un crime.
4.Larbi Belaïd, cité par A.-L. Fantino, «Larbi, les murs pour seul horizon», Prison Insider, 2017, http://bit.ly/2fCtd3r
5.ibid.
6.N. Queloz, «Mourir en prison: entre punition supplémentaire et ‘choix' contraint», Nicolas Queloz, Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, Genève, 3, 373-383. 2014, http://bit.ly/2nGXjYH
7.M. Auter, «Fin de vie en prison: autopsie d'une anomalie», Observatoire international des prisons, 24.01.17, http://bit.ly/2n4l4q5
8.L. Mahi, «Des patients détenus. Se soigner dans un environnement contraignant», Anthropologie & santé, 2015, https://anthropologiesante.revues.org/1607


le courrier-11-04-17

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Re: [Reportage-vidéo] Vieillir à l'ombre

Message  Tatie le Jeu 25 Mai 2017, 08:34

une autre vision complémentaire de la vieillesse en prison

/.../
cachez cette vieillesse que je ne saurais voir

La prison est une institution qui nie les spécificités de l’âge. L’architecture, l’organisation de la vie quotidienne (travail, repas, « loisirs » ), le cahier des charges des professionnels, tout en prison est pensé pour un détenu type (homme) qui est en pleine possession de ses ressources de santé. La cours de promenade est pensée pour des hommes valides qui y feront leur footing quelle que soit la météo, la chaise est fonctionnelle pour un usage ponctuel car le détenu est supposé être la majorité du temps hors de sa cellule (au travail, à la salle de fitness, dans la cour de promenade), la lumière n’a pas besoin d’être allumée la nuit parce que le détenu n’a pas à se lever de nuit et la nourriture est adaptée pour des détenus pensés comme possédant une dentition adéquate.

La prison n’est pas construite ni réglementée pour des personnes qui ont peur de chuter sur le sol gelé de la cour de promenade ou sur le seuil de la douche, pour des personnes ayant des problèmes de prostate qui doivent aller aux WC la nuit, pour des personnes qui ont la vision qui baisse. Le bref extrait de « la lampe » * porte en elle toute la difficulté à faire reconnaître une atteinte de santé et son corollaire, l’aménagement qui est supposé adapter la cellule à cette atteinte. L’homme a un problème à la prostate, ce qui a pour conséquence de fréquents besoins d’uriner, y compris la nuit, sa vision nocturne est mauvaise et l’interrupteur du plafonnier est loin…



L’expérience de la prison par les détenus âgés est à lire en creux, à travers les absences, les obstacles et les impossibilités auxquels répondent les renoncements – renoncer à la promenade car le soleil tape trop fort ou parce que le froid est trop mordant. La fragilisation du corps vieillissant – ce corps vieillissant sur lequel se penchent les spécialistes du vieillissement – prend une forme inédite dans un contexte de privation de liberté, car le corps enfermé est nié dans son avancement en âge.

* La lampe :

« Maintenant j’ai une lampe de chevet, j’ai dû lutter pour l’obtenir. Ça c’est déjà un grand progrès, ça a été une grande bataille, une grande fatigue, mais ce n’était plus possible : sortir du lit la nuit, aller jusqu’au fond de la cellule et là sur le mur il y a un interrupteur pour la lumière. Ça c’est trop pour un homme âgé. Surtout pour ceux qui ne sont pas en bonne santé. Quelques-uns se sont cognés contre l’armoire durant la nuit et se sont blessés. Alors finalement ils ont accepté de très mauvais cœur [la lampe de chevet] » (Homme, 57 ans).


/..../

extrait de sociologie revue : Étudier le vieillissement en prison

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Re: [Reportage-vidéo] Vieillir à l'ombre

Message  touvrai01 le Jeu 25 Mai 2017, 19:38

Je travaille en maison de retraite et je confirme que le veillir n est pas simple.On parle en maison de retraite de matraitrance pour un oui ou un non mais de lire sa ses scandaleur......courage cher monsieur

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Re: [Reportage-vidéo] Vieillir à l'ombre

Message  Tatie le Mer 07 Juin 2017, 11:27

La fin de vie des patients détenus


conclusion d'une étude que je vous invite à lire *

La loi Française du 4 mars 2002 a introduit la possibilité de suspendre la peine des personnes détenues en fin de vie. Cependant, tous les détenus malades en fin de vie n'ont pas accès à cette mesure. La plupart d’entre eux sont accueillis dans une Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale (UHSI) souvent pendant plusieurs semaines, parfois jusqu’à leur décès. Le but de cet article est de mettre en évidence la perception des soins palliatifs des patients détenus et des professionnels les accompagnant. Après avoir exposé les conditions de notre enquête de terrain, nous montrons comment les contraintes spatiales et temporelles inhérentes au fonctionnement de l’UHSI entravent les possibilités d’accompagnement des détenus en fin de vie. Pour finir, nous montrons que la question de la mort reste impensée dans ce milieu contraint. Ainsi, la définition de la « bonne mort » et les objectifs de la sanction pénale sont questionnés.
/.../

La fin de vie en UHSI interroge notre conception de la « bonne mort ». Aucune des personnes rencontrées n’envisageait la mort en milieu contraint comme pouvant être une « bonne mort ». En effet, la maladie, la fin de la vie et la mort telles qu’elles sont appréhendées dans l’approche palliative réinterrogent fortement le sens de la peine. Cette approche, qui a fortement contribué à construire ce que l’on nomme « la bonne mort » (Castra, 2003 ; Daneault, 2007) ou encore un « style de mort acceptable », englobe les soins physiques, psychiques et spirituels apportés au malade. A travers elle, la personne en fin de vie, ses proches et les soignants cheminent, franchissent différentes étapes et préparent la mort à venir avec des interactions de qualité (Schepens, 2013 : 222 ; Strauss, 1992). Cette norme relative à la fin de vie dans le monde du soin est difficilement atteignable au regard des contraintes à la fois spatiales et temporelles qui définissent les contours de la peine. On comprend mieux l’idée, défendue par certains sociologues, selon laquelle une partie des droits d’accès aux soins pour les détenus semblent « bafoués » (Milly, 2003). Dans ce sens, accéder à un statut de « patient contemporain » en prison, c’est-à-dire être acteur de sa trajectoire de soin tel que la loi de 2002 le prévoit, s’avère difficile (Mahi, 2015).

Mourir en UHSI s’apparente à une « mauvaise mort » et à une « double peine » : mourir et être en prison. Le terme de « double peine » est sans doute mal choisi bien que souvent utilisé par les enquêtés. En effet, le malade n’est pas responsable du développement de sa maladie, ainsi la mort en prison s’apparenterait plutôt à une double « épreuve » au sens où l’emploie Danilo Martucelli, celle de l’enfermement et celle de la maladie grave conduisant à la mort (Martucelli, 2006). La mort semble « violente » dans bien d’autres services hospitaliers, y compris en soins palliatifs (Schepens, 2013 : 214), cependant en prison, elle renvoie à une forme de punition supplémentaire qui ne faisait pas partie du contrat de départ. Mourir en prison, c’est garder son identité de détenu pour toujours car la peine n’aurait pas de fin. La tension se situe autour de ce non-achèvement qui cristallise toute la violence carcérale à travers l’incertitude de l’avenir.

Voilà pourquoi, les professionnels de santé rencontrés étaient frileux à l’idée de développer des dispositifs de soins palliatifs à l’intérieur même des UHSI, souvent par peur de limiter les possibilités de sortir de prison et in fine de bafouer les droits des personnes détenues. Ȧ l’inverse, aux États-Unis et plus récemment en Angleterre, la création de dispositifs de soins palliatifs en prison (équipes formées aux soins palliatifs, aide par les paires) est considérée comme un facteur favorisant la possibilité d’accompagner les détenus en fin de vie. Les dispositifs développés permettent de contourner un certain nombre de difficultés rencontrées dans les prisons françaises par rapport aux contraintes liées à l’espace ou encore au sentiment d’isolement ressenti en prison et dans une moindre mesure à l’UHSI (Turner et al., 2011 ; Cloyes et al., 2014, 2016).
Etude à consulter ICI
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Re: [Reportage-vidéo] Vieillir à l'ombre

Message  Tatie le Jeu 15 Juin 2017, 16:17

Comme s’il était normal de mourir en prison

Chef de pôle de l’Établissement public de santé national de Fresnes (EPSNF) – l’un des huit hôpitaux sécurisés qui prennent en charge les détenus malades –
Anne Dulioust témoigne d’un recours croissant à l’incarcération des personnes très âgées ou atteintes de maladies graves.


« Il y a quatre ans, je dénonçais dans Le Monde l’incarcération de personnes très âgées, leur état de santé souvent incompatible avec la détention et leur maintien à l’hôpital de Fresnes pendant de très longs mois, si ce n’est de très longues années. À l’époque, je n’avais pas encore vu de nonagénaire à l’EPSNF ; c’est maintenant chose faite. Quatre ans plus tard, loin de s’améliorer, la situation semble s’être aggravée. On compte de plus en plus de personnes âgées, voire très âgées, maintenues en hospitalisation pendant des mois. Ainsi, à l’EPSNF, les patients de plus de 60 ans représentent aujourd’hui 25 %[1] des personnes hospitalisées, alors qu’elles ne représentaient qu’environ 10 % en 2013. Et je ne parle pas des personnes plus jeunes atteintes de pathologies graves comme des cancers ou encore présentant des signes de déclin cognitif alors qu’elles n’ont pas 60 ans. Je ne compte pas non plus les patients hospitalisés pendant de longues périodes pour des états de santé ou des handicaps non compatibles avec le maintien en détention, comme les patients paraplégiques ou, plus grave encore, tétraplégiques.

L’EPSNF comme substitut aux aménagements de peine

Pour des personnes souvent isolées et bénéficiant de peu de ressources, il est toujours aussi difficile d’aménager les peines à l’extérieur faute de places disponibles en EHPAD – même si l’administration pénitentiaire, consciente du problème, expérimente depuis un an un dispositif de portail unique d’accès aux structures d’aval. Mais la volonté de certains de placer en détention ou même de réincarcérer des personnes âgées interpelle. Je pense que les juges qui prononcent ces peines sont parfaitement conscients qu’ils envoient des gens malades en prison : afin de ne pas mettre en danger la vie de ces personnes, ils décident de les incarcérer à Fresnes, où ils savent qu’ils pourront bénéficier d’une prise en charge médicale à l’EPSNF, même lorsque les procès ont lieu dans des juridictions éloignées.

En décembre 2016, à l’issue d’une affaire jugée à Tours, La Nouvelle République titrait : « Après trois heures et demie de délibérations, les jurés d'Indre-et-Loire ont livré leur verdict : six ans d'emprisonnement à l'EPSNF, l'hôpital pénitentiaire de Fresnes ». Le condamné, âgé de 75 ans, avait déjà passé entre 2012 et 2013 seize mois à l’EPSNF : après un séjour émaillé de trois passages en réanimation et ne présentant pas, de l’avis même de l’avocat général, de risque de récidive, il avait été libéré pour raisons de santé et accueilli en EHPAD. Au procès, l’expert a signifié qu’il avait besoin d’oxygène 24h/24 ; appelée à témoigner, j’ai expliqué qu’à ma connaissance cela n’était pas possible en détention et que l’EPSNF était un hôpital, pas un établissement destiné à l’accueil de longue durée. Ma surprise fut grande en apprenant le verdict le lendemain… Nous avons donc repris Monsieur A. en charge à Fresnes ; son avocat tente d’obtenir une suspension de peine, alors que la place en EHPAD est perdue.

Monsieur B., âgé de 84 ans, bénéficiait quant à lui d’une suspension de peine pour raisons médicales depuis trois ans et vivait en unité de long séjour. Passant outre l’obligation de ne pas être en contact avec des enfants, il est allé déjeuner chez sa nouvelle compagne : réincarcéré à Fresnes, loin de la juridiction dont il dépend, il a été admis à l’EPSNF. Des démarches sont en cours pour obtenir une nouvelle suspension de peine… Nous venons également de prendre en charge Monsieur C., 73 ans, pour bilan de démence. Alors qu’il était aidé à domicile 7 j/7, il vient d’être condamné et incarcéré pour 11 mois pour avoir harcelé ses voisins au téléphone et émis des propos racistes. Ces propos et ces actes sont certes condamnables chez une personne ayant toute sa tête, mais cela n’est pas le cas de Monsieur C. La sévérité de la peine efface-t-elle l’acte commis ? Le principe intangible de respect de la dignité et de l’humanité des personnes est-il respecté ? Je ne le pense pas.

Des soins palliatifs en prison ?


Constatant les difficultés qu’ils rencontraient à faire libérer certains patients, notamment des patients présentant des cancers, certains responsables d’UHSI ont ouvert des lits dédiés aux soins palliatifs dans leurs unités. Cette reconnaissance nécessite une formation du personnel médical et soignant et permet l’attribution de moyens humains supplémentaires pour prendre en charge ces patients. Initialement favorable à la demande d’ouverture d’un ou deux lits ciblés à l’EPSNF, j’y suis maintenant opposée. Certes, le personnel est formé, et nous avons déjà accompagné jusqu’au décès certains patients. Mais je crains aujourd’hui que l’ouverture de lits dédiés aux soins palliatifs soit interprétée comme un signe pouvant laisser croire qu’il est normal de mourir en prison. Je ne le pense pas, et je continuerai à faire tout mon possible pour que cela ne devienne pas la règle. »

[1] Chiffres au 1er mars 2017.
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Re: [Reportage-vidéo] Vieillir à l'ombre

Message  Ninivivi le Ven 16 Juin 2017, 09:55

finir sa vie en prison,

n'est pas digne d'une société.
ces personnes âgées, souvent éloignées de leur famille cpte tenu que les soins ont lieu à fresnes, ne devraient pas mourir en prison.
elles devraient pouvoir être entourées des êtres qui leur sont chers et ne pas sombrer dans le noir, loin de tous, pour satisfaire à une volonté des juges implacables face à la mort.

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