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[Alternative] La méthode Palo Alto pour les mineurs incasables

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[Alternative] La méthode Palo Alto pour les mineurs incasables

Message  Invité le Dim 24 Juil 2016, 10:05

A l’écoute de mineurs récidivistes

À Illiers-Combray (Eure-et-Loir), un foyer d’accueil pour adolescents réussit à briser la spirale de la récidive en axant son action sur deux maîtres mots: l’écoute et l’autonomie
Ouvert il y a cinq ans, l’Isema accueille des mineurs dits «incasables» en pratiquant le « laisser-faire contrôlé ».

Enfant turbulent devenu adolescent ingérable, Manuel a tout écumé : foyers, centre éducatif fermé, prison. « J’ai même fait deux mois d’hôpital psychiatrique pour avoir provoqué un départ d’incendie », ajoute-t-il en levant les yeux au ciel, comme las de ses propres errements.

Hermétique au discours des éducateurs, l’adolescent, élevé par une mère célibataire, elle-même ballottée d’un centre d’accueil à l’autre, s’est longtemps adonné à son sport favori : la fugue. Son placement à l’Institut socio-éducatif médicalisé pour adolescents (Isema) aurait pu ne pas faire exception.

« La fugue ? J’y ai pensé au début, sauf qu’ici on peut pas vraiment parler de fugue car rien ne t’empêche de partir… Les éducateurs te demandent juste d’indiquer où tu vas, pour combien de jours, etc. Ils appellent ça ‘‘encadrer la fugue’’, s’amuse l’intéressé. Mais ce qui est sympa dans la fugue, c’est de faire le truc interdit, de repousser les limites. Là, il n’y a rien à repousser ! Ça m’a coupé l’envie. »


On n’y fait pas la morale
Assurant être à nouveau « sur les rails » après un an passé ici, Manuel n’a plus qu’un objectif en tête : commencer au plus vite sa formation de serveur. Il s’évapore d’un coup, happé par la partie de baby-foot qui s’annonce au sein de la grande bâtisse qui lui sert de maison, à lui et 11 autres adolescents accueillis à Illiers-Combray (Eure-et-Loir).
Zoé en profite pour s’approcher. Même parcours chaotique que Manuel avec, en plus, une pratique assidue de la scarification. « Moi aussi, le fonctionnement du centre m’a surprise au départ. Ici, on m’a dissuadée de continuer à me scarifier tout en me précisant que, si c’était plus fort que moi, il était préférable que je me rende directement à l’infirmerie, s’étonne-t-elle encore. Ça m’a fait tout bizarre qu’on ne me fasse pas la morale pour une énième fois… Et puis, devant l’infirmière, je me suis trouvée bête et j’ai arrêté tout ça. »
Lucide sur elle-même, l’adolescente concède « ne pas toujours tenir le ralenti… Il y a une violence qui doit sortir, c’est comme ça. » Et d’ajouter, attendant un geste approbateur d’un éducateur passant par là : « Enfin, c’est de mieux en mieux, non ? »


Un cadre pas trop strict pour éviter l’escalade 
L’encadrement très bienveillant régnant à l’Isema pourrait presque faire oublier le statut de Manuel et Zoé. Tous deux sont poursuivis par la justice et font donc, à ce titre, l’objet d’un suivi pénal avec toutes les obligations en découlant (injonctions de soins, travail d’intérêt général, etc.)
Simplement, vu leur profil, leur parcours, leur réaction aux réponses institutionnelles habituelles, le juge des enfants – de concert avec l’éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse – a opté pour un placement dans cet institut plutôt que dans un établissement classique au fonctionnement souvent plus strict (1).
Les pratiques en vigueur ici sont en effet à 180° de celles en cours ailleurs. Certains les qualifieraient de « laxistes », ce dont se défend catégoriquement le personnel, préférant parler de « laisser-faire contrôlé ». « Nous intervenons en bout de chaîne, lorsque tous les dispositifs ont échoué », tient à rappeler le directeur de l’établissement, Gilles Pain. « Il ne s’agit pas de transiger avec les règles mais d’éviter qu’un cadre trop strict n’alimente une escalade stérile. »

Des éducateurs le plus disponibles possible
Sous son impulsion, tout le personnel s’est formé à l’école Palo Alto, une approche interactionnelle et comportementaliste, qui ne se focalise pas tant sur les causes des troubles présentés par les jeunes que sur la résolution des problèmes rencontrés « ici et maintenant ».
Ce qui exige, du côté des encadrants, une attention, une qualité d’écoute et une capacité de détection des tensions très aiguisées. Mais aussi une présence accrue (jusqu’à 23 heures le soir) et un taux d’encadrement plus élevé qu’ailleurs (autant de personnel que de jeunes).
« Il faut être le plus disponible possible pour désamorcer une tension, recueillir une confidence ou encourager la verbalisation entre jeunes », explique Léa, l’une des éducatrices. Vaste défi en effet que de leur réapprendre la médiation par la parole, eux qui oscillent souvent entre rétention d’affects et explosion de violence.

Un lieu qui fait figure de modèle
Circonspects au départ quant à l’efficacité du dispositif, les pouvoirs publics ont suivi de près l’établissement depuis son ouverture il y a cinq ans. Fin 2013, la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), qui finance l’Isema, a passé en revue le parcours des 70 jeunes ayant été placés ici entre six et vingt-quatre mois. Or 80 % des jeunes se réinsèrent, selon Gilles Pain.
Au vu des bons résultats obtenus, il a été décidé, en 2014, d’agréer l’établissement pour les quinze prochaines années. À la PJJ, où l’on plaide en faveur d’une plus grande individualisation des prises en charge, l’établissement fait figure de modèle.
Si certains souhaitent la duplication du dispositif, peut-on imaginer sa généralisation ? Pas sûr. D’abord du fait de son coût de fonctionnement. Ici, la prise en charge quotidienne de chaque adolescent revient à 360 €, le budget total de l’établissement avoisinant 1,7 million d’euros. Un montant sans commune mesure avec celui des foyers classiques.

Un outil parmi d’autres
L’autre obstacle à la systématisation d’un tel dispositif tient à son fonctionnement et à sa philosophie même, qui ne correspondent pas forcément aux besoins des adolescents. À la question de savoir si tous les mineurs délinquants relèvent d’un suivi comme celui de l’Isema, Gilles Pain lui-même répond par la négative : « Ce n’est qu’un outil parmi d’autres. Pour certains jeunes, la réponse institutionnelle classique fonctionne bien et, pour ceux qui sont très ancrés dans la délinquance, la prison reste un passage obligé. »
Comment dès lors distinguer les adolescents pour lesquels la progressivité continue des sanctions garde un sens et ceux pour qui c’est contre-productif ?
« On voit bien que chez certains d’entre eux, la surenchère répressive reste totalement sans effet. C’est pour eux qu’il faut tenter autre chose, explique Éric Bocciarelli, juge des enfants. C’est le cas notamment lorsqu’on sent qu’il est capable d’un échange très fructueux en tête à tête avec un adulte et qu’il régresse totalement lorsqu’on l’intègre au sein de larges collectifs, comme la prison ou les centres éducatifs fermés. Dans ce cas, cela peut valoir le coup de tenter un dispositif différent. »

L’apprentissage de la relation à l’autre
Reste à savoir si une prise en charge ultra-individualisée et presque maternante comme celle de l’Isema prépare à la vie du dehors. Pour certains, elle s’adapte trop aux jeunes, alors que c’est à eux de s’adapter à l’institution.
Gilles Pain ne le pense pas : « Chez nous, les adolescents font des apprentissages relationnels différents de ce qu’ils ont vu et connu jusque-là, et c’est précisément grâce à cela qu’ils peuvent ensuite de réinsérer dans la société. » Des apprentissages relationnels qui auraient dû se faire avant, dans l’enfance. À Illiers-Combray, pays proustien s’il en est, on reste à la recherche du temps perdu.

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Les « atteintes aux personnes » en forte hausse
En 2013, 234 000 mineurs ont été impliqués dans une affaire pénale.
Dans 49 % des cas, ils étaient poursuivis pour « atteinte aux biens » et dans 27 % des cas pour « atteinte aux personnes », un chiffre en augmentation de 58 % ces dix dernières années.
Sur les 48 520 mineurs condamnés en 2013, seuls 557 l’ont été pour un crime (soit 1 % des condamnations totales), les autres devant répondre d’un délit.
9 % des mineurs délinquants ont moins de 13 ans, 9 % ont 13 ans, 13 % ont 14 ans, 19 % ont 15 ans et 50 % ont 16 ou 17 ans.
Les mineurs délinquants sont, dans 83 % des cas, des garçons. La proportion de filles ne cesse toutefois d’augmenter d’année en année.
Fin 2013, 734 mineurs étaient incarcérés.

(1) Spécificité du lieu, il accueille aussi des jeunes suivis dans le cadre de l’Aide sociale à l’enfance.

L'article est extrait de La croix et date de septembre 2015

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Re: [Alternative] La méthode Palo Alto pour les mineurs incasables

Message  Invité le Dim 24 Juil 2016, 10:09

Il y a quelques jours de cela je suis tombé sur un reportage sur cet institut. J'ai été très impressionné par le calme olympien de l'éducateur là où n'importe qui se serait emporté, aurait levé le ton, aurait parlé de sanction, l'approche était de pur dialogue. j'avoue que le mot laxiste m'est venu en premier à l'esprit. Mais cela semble fonctionner, pas toujours comme dans tout ce qui concerne l'humain, mais cela marche. Alors peut être cela vaut-il la peine d'être étudié. Qu'en pensez vous ?

le reportage en question fait partie du magazine complément d'enquête visible en replay ICI

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