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[Livre] je ne souhaite cela à personne

Message  Tatie le Ven 16 Sep 2016, 14:49

Je ne souhaite cela à personne





Saïd Remli (Auteur)
14 janvier 2010
Biographie

André Saïd Remli revient de loin : foyer désuni, pauvreté, DDASS, maisons de corrections, petite délinquance et prison. Mais ça ne s’arrête pas là. Remli ne s’avoue pas vaincu. Il veut sortir, il veut la liberté. C’est l’évasion, la mort d’un gardien, le procès et la condamnation à perpétuité. Remli vient de loin, il revient de cet enfer : vingt-cinq ans de prison, dont neuf en cellule d’isolement, et les matons qui cherchent à lui faire payer la mort de leur collègue. Aujourd’hui, bien qu’il en soit sorti, la prison le hante et il doit dire la vérité, ses vérités sur le système carcéral, ce monde clos, impitoyable, où tant d’hommes périssent physiquement ou moralement. Aujourd’hui libéré, il doit tout réapprendre – la vie, l’amour, le travail et l’amitié –, alors que la prison menace de le ravaler au moindre faux pas. Alors il trébuche, tombe et se rélève; il travaille, il aime et il écrit. De là, de cette vie déchirée qui ne s’est jamais avouée vaincue nous vient ce témoignage sincère et poignant, qui nous révèle l’enfer de la prison, et la vie méconnue de ceux qui tentent de s’en sortir.Saïd André Remli a passé vingt-cinq ans de sa vie en prison. Sorti à 48 ans, il vit désormais à Arcueil, dans la précarité, et lutte pour l’amélioration de la condition pénitentiaire, notamment à travers la réalisation de documentaires.


La fatalité n'existe pas, elle se fabrique.

lettre à Bertrand Tavernier :


désolée pour la pub qui précède.


" Je ne cherche ni à faire l'apologie de mon passé ni à l'exploiter. Je ne suis pas un repenti. Je ne m'accuse ni ne m'excuse. J'ai passé vingt ans en prison, dont neuf en isolement, confiné dans une solitude, dans un désœuvrement qui rendent fou. Condamné à perpétuité pour meurtre, après le décès d'un surveillant blessé au cours d'une de mes tentatives d'évasion, j'ai connu le pire de ce que savent offrir les prisons françaises. Après avoir étudié, en cellule, le droit international qui prévaut sur le droit français, constamment transféré, pour cette raison, d'une maison d'arrêt à une autre, j'ai mené une lutte pacifique, légale, afin d'obtenir une amélioration des conditions de vie des détenus. J'ai quitté la taule avec un sentiment de toute-puissance. Je me découvre plus fragile que je ne le pensais. Survivre à la prison, se reconstruire, vivre avec des personnes aimées impliquent un combat différent, un combat dangereux de tous les instants auquel je n'étais pas préparé. Ce que j'ai vécu, je ne le souhaite à personne." Saïd André Remli
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[Livres] Proposition de lecture.

Message  dianaf le Jeu 17 Nov 2016, 13:12

Comment parler de l'absence d'un père à son enfant ? Comment en parler lorsque ce père n'est pas très loin mais reste inaccessible ? Quels mots utiliser lorsque ce père est prisonnier entre 4 murs ?

Une suggestion de livres pour vous aider, les aider à comprendre pourquoi papa est en prison.

* T'es un grand garçon maintenant

Résumé:Aujourd'hui, j'ai sept ans. En vrai, c'est demain, mais comme on est mercredi, je vais fêter mon anniversaire avec maman. ".
En voiture, avec papi... Mais ce n'est pas si amusant d'aller voir maman, même un mercredi. La boule dans le ventre qui grandit. Des gens aux costumes de contrôleurs de train, des couloirs interminables, des grillages, des portes. Jusqu'au parloir.
Maman a fait un gâteau. Trop sec. Quelques paroles échangées, maladroitement. Et toujours ces mêmes questions (" Comment ça va l'école ? Et papi et mamie ? Ils vont bien ? ") Des bisous, quelques larmes.
Et le soir, au retour de papa, toujours la même interrogation : je serai grand comment, quand maman reviendra de sa prison ?

Auteur(s) : Mikaël Ollivier
Editeur : Thierry Magnie
à partir de 7 ans

* Le garçon en pyjama rayé

Vous ne trouverez pas ici le résumé de ce livre, car il est important de le découvrir sans savoir de quoi il parle. On dira simplement qu'il s'agit de l'histoire du jeune Bruno que sa curiosité va mener à une rencontre de l'autre côté d'une étrange barrière. Une de ces barrières qui séparent les hommes et qui ne devraient pas exister.

Auteur(s) : John Boyne
Editeur : Gallimard
à partir de 10 ans

* Frérot frangin

Résumé:Deux frères s’écrivent des lettres drôles et tendres,au parler vif : Frérot, 11 ans, de sa classe de neige à l’hôtel « Zinzin », Frangin, 19 ans, de sa cellule à l’hôtel « Zonzon ». Sous l’humour né du parallèle entre les deux univers perce une relation fraternelle pudique mais indéfectible, dont la force relie le jeune détenu à la vie. Et à la liberté.

Auteur(s) : Thierry Maricourt, Jacques Tardi
Editeur : Sarbacane
à partir de 10 ans

* En cavale

Résumé:Antoine a dix ans quand il apprend que son père n'est pas le photographe baroudeur qu'il imaginait, mais un braqueur multirécidiviste qui attend son procès en prison.
Lorsque son père s'évade de façon y spectaculaire, Antoine est prêt à tout pour partir avec lui. Son père n'a d'autre choix que de l'entraîner dans sa cavale. Jusqu'où iront-ils ?

Auteur(s) : Clara Bourreau
Editeur : Pocket
à partir de 10 ans

* En 2000 trop loin

Résumé:La semaine passée, j’ai fêté mon premier anniversaire sans Papa. Huit ans, c’est le nombre d’années qu’il lui faudra rester dans sa maison d’arrêt, avant de revenir aux Acacias. La prison j’en parle jamais. J’ai peur que les autres ne jugent mon père une seconde fois. Alors, j’écris tout ce que je fais et tout ce que je vois sur deux cahiers et, chaque semaine, aidé du dictionnaire, je raconte à mon père son voyage à rêver.

Auteur(s) : Rascal
Editeur : Ecole des loisirs
à partir de 3 ans

* Au panier

Résumé:Appliquant la loi à tort et à travers, un représentant de l'ordre entend faire le ménage dans le square. Femme, enfant, chat, oiseau et même le soleil se retrouvent derrière les barreaux ! Mais à quoi rime un monde sans vie et sans couleur ?


Auteur(s) : Henri Meunier, Nathalie Choux
Editeur : Rouergue
à partir de 3 ans

* Mon papa est en prison

Yves Couturier
Broché
Paru le : 03/11/2009
Editeur : Gunten

à partir de 5 ans

* Où est passé papa ?

Ou est passé papa ?
Taro Gomi
Sortie prévue le : 27/04/2011
Editeur : Autrement (Editions)


* Petit papa prison

Résumé:
Elle m'a demandé si tu avais une tenue rayée comme dans les films de bagnards.
N'importe quoi ! Et pourquoi pas un boulet au pied comme les Dalton, tant qu'elle y est ! " Le père d'Anna est en prison et bien sûr ce n'est pas facile à vivre face aux autres. Mais ils correspondent et se racontent à leur façon l'école, la maison, les joies et les colères, la prison. Dans leurs lettres colorées, c'est toute leur complicité et leur envie de vivre qui respirent...

Bruno Gibert
Poche - Broché
Paru le : 31/03/2010
Editeur : Casterman
à partir de 9 ans

* Le tonton de Max et Lili est en prison

Résumé:Max et Lili découvrent que leur tonton est en prison, et non pas en Chine, comme on le fait croire à tous les enfants de la famille.Face au désarroi de leur cousine Léa, qui en veut à son père de lui mentir, Max et Lili décident de réconcilier le père et la fille. Comment vont-ils s'y prendre ? Réussiront-ils ? Ce livre de Max et Lili parle de la prison qui isole et punit ceux qui transgressent les lois. Il montre qu'un parent en prison peut mentir parce qu'il a honte... alors que l'enfant, lui, a besoin de la vérité pour affronter la situation.La séparation, même en prison, n'est pas un abandon. C'est important de garder des liens et ne pas oublier qu'il y a une vie après la prison.

*Tim et le mystère de la patte bleue

à partir de 5 ans

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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Alli38 le Jeu 17 Nov 2016, 21:25

C'est super d'avoir mis ça merci beaucoup

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[Livre] Punir, une passion contemporaine

Message  Tatie le Ven 06 Jan 2017, 13:50

Punir est devenu une obsession contemporaine : entretien avec Didier Fassin



Didier Fassin questionne le “moment punitif” qui caractérise nos sociétés contemporaines. Dans son essai “Punir, une passion contemporaine”, il dévoile les dérives de nos politiques pénales.

Qu’est-ce que punir ? Pourquoi punit-on autant ?
Prolongeant ses études sociologiques sur la police et la prison, le sociologue Didier Fassin s’interroge dans son nouvel essai plus théorique Punir, une passion contemporaine, sur les ressorts sociaux, politiques et philosophiques d’un soif de châtiment dans nos sociétés contemporaines. Une réflexion essentielle pour mieux comprendre le “moment punitif“ qui définit et fragilise l’état pathologique de notre ordre social. Car loin d’être bénéfique pour la société, la politique sécuritaire et pénale très dure aggrave les tensions et les disparités sociales, et favorise même la criminalité. Entretien.

L’acte de punir relève selon vous de ce que vous appelez une “passion contemporaine”. Quels sont les indices de cette passion ?

Didier Fassin – La France a aujourd’hui la population carcérale la plus importante de son histoire en temps de paix. En soixante ans, le nombre de prisonniers a plus que triplé. Or cette situation ne correspond pas à un accroissement de la criminalité mais à une augmentation de la sévérité. On punit plus, ce qui se manifeste de trois façons. D’abord, au niveau politique, on crée de nouveaux délits ou on criminalise des délits qui ne l’étaient pas, comme la conduite après perte des points du permis. Ensuite, au niveau policier, la politique dite du chiffre détermine des quotas d’interpellations au-delà de la réalité de la délinquance accessible aux forces de l’ordre. Enfin, au niveau judiciaire, on sanctionne plus sévèrement en infligeant plus souvent des peines de prison et en allongeant la durée de ces peines. Cette évolution n’est pas propre à notre pays. Elle est constatée, à des degrés variables et à l’exception des pays scandinaves, sur tous les continents, le cas extrême étant les États-Unis qui a multiplié par huit le nombre de ses détenus en quatre décennies pour atteindre un taux d’incarcération sept fois plus élevé que celui de la France. Or, partout, on continue de réclamer des politiques pénales encore plus dures.


Depuis quand, dans l’histoire moderne, ce “moment punitif” existe-t-il dans nos sociétés ?


Le mouvement s’est amorcé dans les années 1970, au terme d’un cycle commencé avec le New Deal aux Etats-Unis et après la Seconde Guerre mondiale en France, avec d’un côté un idéal de réforme morale et de réinsertion des prisonniers et de l’autre un principe de prévention de la délinquance et de la criminalité. Les préoccupations sécuritaires sont depuis lors passées au premier plan dans une période où l’insécurité était d’abord le chômage et la précarité, mais où, sous l’influence des médias et des politiques, elle a été ciblée sur la délinquance et les incivilités et sur les immigrés et les minorités. L’État social a ainsi progressivement laissé place à l’État pénal et de surcroît un État pénal discriminatoire. On s’est mis non seulement à enfermer de plus en plus mais à élargir le spectre punitif avec de nouvelles procédures telles que le bracelet électronique.

Deux phénomènes se conjuguent aujourd’hui, dites-vous : une évolution de la sensibilité aux déviances ; une focalisation du discours sur les enjeux de sécurité. L’intolérance de la société et le populisme pénal sont-ils donc les deux faces d’un même désir collectif ?

On peut le dire ainsi. Les deux logiques se répondent et se renforcent : plus la demande de sécurité est grande dans la population, plus l’offre de répression se développe du côté des pouvoirs publics mais aussi des agents privés, et réciproquement. Et ce, indépendamment de tout souci d’efficacité, sauf électoraliste. L’actuel état d’urgence en est la parfaite illustration. Injustifié de l’avis des experts, il a été mis en place pour servir de démonstration symbolique d’autorité. Inefficace de l’aveu même des députés qui le votent, il est sans cesse renouvelé par peur du reproche d’avoir renoncé à une mesure pourtant inutile. Il n’y a aujourd’hui plus un seul responsable politique capable d’expliquer aux Français que, loin d’être bénéfique pour la société, la politique sécuritaire et pénale actuelle la divise et la fragilise, qu’elle aggrave les tensions et les disparités, et même qu’elle favorise la délinquance et la criminalité.

Pour tout le monde, punir, c’est corriger un mal, réparer un préjudice, protéger la société, restaurer un ordre social juste que le fait incriminé avait menacé. Or, selon vous, le châtiment n’est pas ce que l’on dit qu’il est, il punit en excès l’acte commis, il vise avant tout des catégories préalablement définies comme punissables, et contribue à reproduire les disparités ; c’est donc “le châtiment qui menace l’ordre social“, suggérez-vous. Avez-vous le sentiment que votre position en apparence assez radicale, indexée au renversement d’une idée reçue ancrée dans notre culture politique depuis des siècles, puisse être entendue ?

Ma position n’est pas normative : elle ne dit pas aux gens que qu’ils doivent faire. Elle est critique : elle les invite à réfléchir sur la société qu’ils se donnent et qu’ils préparent pour leurs enfants. Pour le chercheur que je suis, la priorité à cet égard, en France comme ailleurs, est de remettre en question les fausses évidences qui servent à défendre les choses telles qu’elles sont et, en l’occurrence, à justifier le moment punitif contemporain. Deux de ces fausses évidences évoquées dans votre question s’avèrent particulièrement tenaces et coûteuses. La première idée reçue repose sur l’argument utilitariste selon lequel on punit pour protéger la société. Or, la plus grande sévérité pénale des dernières décennies a, pour l’essentiel, l’effet inverse, dans la mesure où elle porte surtout sur de simples délits. A court terme, elle désocialise les personnes condamnées. A moyen terme, elle favorise les récidives. A long terme, elle creuse les inégalités. La seconde idée reçue consiste à penser que la justice punit certes sévèrement mais de manière équitable en fonction des délits commis. Or toute la chaîne pénale détermine les infractions à sanctionner en fonction de qui les commet. Le législateur privilégie la petite délinquance sur la délinquance économique. La police contrôle et fouille les jeunes dans les cités plutôt que devant les universités. Les parquets se montrent plus sévères pour la détention de petites quantités de cannabis que pour l’abus de biens sociaux. Vous qualifiez ma position de “position radicale”. Il est vrai que nous en sommes arrivés à un point où le simple fait de contester des fausses évidences et d’énoncer des faits scientifiquement établis, devient, en matière de sécurité et de pénalité, un signe de radicalité… C’est dire la régression de notre lucidité collective.

Vous abordez dans votre livre trois questions clé afin de saisir ce moment punitif : “Qu’est-ce que punir ? Pourquoi punit-on ? Qui punit-on ?” Comment ces trois questions se sont imposées dans l’évolution de vos travaux de recherche, depuis longtemps centrés sur les champs sociaux où la question de la peine se pose, à savoir la police, la justice, la prison ? Sont-elles apparues comme des énigmes pour vous, après avoir longtemps vu de près leurs effets au quotidien ?

Après dix années passées à étudier de près ces trois institutions, à les resituer dans leur contexte historico-politique et à les comparer aux institutions similaires dans d’autres pays, j’ai voulu prendre du recul – ou de la hauteur. J’ai essayé de conduire une réflexion anthropologique sur ce que signifiait l’acte de punir. En revisitant la littérature philosophique et juridique, je me suis rendu compte qu’elle proposait une analyse idéale de ce qu’il devrait être et non de ce qu’il est. J’ai donc en quelque sorte remis l’ouvrage sur le métier et tenté de reprendre les trois questions fondamentales de la définition, de la justification et de la distribution du châtiment. Pour me limiter à la première, j’ai voulu montrer qu’en définissant, comme le font aussi bien la théorie du droit que le sens commun, l’acte de punir comme l’infliction par une institution légalement autorisée d’une souffrance ou d’un désagrément en réponse à une infraction à la loi, on écartait tout un ensemble de châtiments qui n’entrent pas dans ce cadre. Par exemple, les pratiques ordinaires de harcèlement, d’humiliation et de brimade de certaines populations par la police, en France comme ailleurs, implique une institution qui n’a pas juridiquement vocation à punir et ne répondent pas nécessairement à la commission d’infractions commises. Or elles sont conçues aussi bien par les agents qui les exercent que par les individus qui les subissent comme des expressions punitives, pouvant aller, aux Philippines ou au Brésil par exemple, jusqu’à des exécutions extra-judiciaires. Pensons qu’aux Etats-Unis, les décès dus aux forces de l’ordre sont quarante fois plus nombreux que les décès résultant de condamnations à mort et que les profils des victimes sont les mêmes, à savoir principalement des hommes de milieu populaire appartenant à des minorités.

Vous dites vouloir faire émerger “une théorie critique à partir d’un matériau empirique“ : en quoi ce matériau empirique vous paraît quand même central ?

La pensée critique, nous dit Michel Foucault en relisant Kant, consiste à imaginer que ce que nous considérons comme allant de soi et comme s’étant naturellement imposé est en réalité le produit de contingences, de décisions, d’arbitraire, autrement à repenser librement l’ordre des choses tel qu’il nous est donné. C’est ce que font les philosophes. Mais les sociologues, les anthropologues, les historiens peuvent aller au-delà de ce constat et faire émerger une pensée critique de l’observation des faits et, pour ce qui concerne l’ethnographie telle que je la pratique, de la présence prolongée au sein d’institutions, comme la police ou la prison, que l’on connaît mal parce qu’on les étudie peu de l’intérieur. Comme l’affirmait Pierre Bourdieu, c’est de l’analyse de faits d’apparence modeste et limitée mais bien choisis que l’on peut faire émerger des vérités importantes sur le monde social. C’est par exemple ce que j’ai essayé de faire en démontrant dans mon enquête sur la police que les outrages et rébellions contre agents dépositaires de l’autorité publique reflétaient non la violence des accusés mais l’agressivité de leurs accusateurs ou bien en établissant dans le travail sur la prison que les condamnations des commissions de discipline visaient moins à sanctionner des actes individuels qu’à satisfaire l’attente des personnels. Ce sont ainsi des logiques punitives invisibles qui sont dévoilées. Ce ne peut être que par paresse que les sciences sociales prétendraient se priver du matériau empirique pour fonder leur critique sociale.

A la question “Qu’est-ce que punir ?”, vous faites référence à Durkheim, Simmel, Foucault, Ricoeur, Lefort, mais surtout à Nietzsche et à sa Généalogie de la morale comme support de réflexion ; en quoi la thématique de la moralisation de la peine d’inspiration chrétienne, (seule l’infliction d’une peine peut laisser entrevoir la rédemption et le salut) vous paraît décisive pour saisir le sens du désir de la peine ? Comment comprendre qu’il reste du théologique dans le juridique ?

Ce que Nietzsche nous invite à penser, c’est la généalogie du châtiment. D’où nous vient cette détermination à faire souffrir l’auteur d’un acte répréhensible qui nous semble tellement évidente que nous ne sommes plus capables de penser en dehors de ce cadre ? Les études ethnologiques, historiques et même philologiques que j’ai réunies indiquent que la réponse sociale à la commission d’une infraction à la loi a longtemps et en de nombreux endroits du monde été mise en œuvre sur le mode de la compensation, par la famille ou par le groupe, du dommage subi par la victime ou ses proches. Ce que montrent notamment Simmel et Foucault c’est que vers la fin du Moyen Age un double déplacement s’est opéré, notamment sous l’influence de l’Église, faisant de l’individu le seul responsable de son acte et de la souffrance la voie unique de l’expiation. On est ainsi passé d’une logique de la dette à une morale de l’affliction. Je crois que nous sommes encore largement tributaire de cette morale qui nous empêche de penser à la fois les déterminations sociales des délits et des crimes (le fait que les pauvres sont plus souvent impliqués dans le vol à l’arraché et les riches dans l’évasion fiscale) et les alternatives à l’imposition d’une épreuve douloureuse (comme l’est la prison). Elle s’est du reste largement diffusée partout dans le monde, même si d’autres paradigmes punitifs existent, avec par exemple dans certaines sociétés musulmanes la coexistence de la loi du talion (œil pour œil) et de la logique de la dette (le prix du sang).

A la question “Qui punit-on ?“, vous observez que la distribution des châtiments contribue à aggraver et perpétuer les disparités sociales en affectant de manière disproportionnée les segments les plus défavorisés. Ce scandale d’une inégalité de la distribution des peines n’est-il pas pensé par le monde de la justice ? Peut-il même le penser ?

La plupart des magistrats, du parquet comme du siège, sont convaincus de bien faire leur travail et notamment de juger équitablement. Ils méconnaissent cependant un double problème générateur d’injustices. D’abord, les conditions sociales difficiles et l’environnement propice à certains délits qui sont le lot de beaucoup de petits délinquants, loin d’être prises en compte pour relativiser la responsabilité individuelle servent en fait d’éléments défavorables autant pour l’établissement de la culpabilité que pour l’évaluation de la sanction. Plutôt que les excuses sociologiques que dénoncent nos gouvernants, il faudrait en réalité parler de pénalités sociologiques. Ensuite, la scène judiciaire elle-même constitue un handicap pour les accusés de milieu populaire non seulement parce que les délits qu’ils commettent les amènent à être jugés plus souvent en comparution immédiate sans préparation de leur défense et avec des peines bien plus lourdes qu’en procédure classique mais aussi parce qu’ils maîtrisent mal les codes du tribunal. Les magistrats n’ignorent cependant pas que le pouvoir et plus largement la société attendent d’eux qu’ils pénalisent plus lourdement la petite délinquance que la délinquance économique. Il serait donc fallacieux de faire peser sur eux seuls le poids de l’injustice de la justice. En fait, tout en paraissant établir une hiérarchie des peines à partir d’une hiérarchie des délits, les plus graves étant les plus sanctionnés, le pouvoir et la société établissent de fait une hiérarchie des populations, dont certaines sont de plus en plus punissables et d’autres de moins en moins. Le recul des condamnations en matière de délinquance économique n’est pas dû à une baisse des délits mais à des législations et des pratiques judiciaires toujours plus favorables au monde de l’entreprise et des affaires. On veut éviter la prison aux patrons délinquants. On n’a pas la même attention à l’égard des jeunes des quartiers populaires issus de l’immigration. Bien au contraire, on cible sur eux la stigmatisation sociale, la sévérité législative, l’activité policière et en dernier ressort les décisions judiciaires.

Repenser le châtiment, ce serait comme le dit Nietzsche “soumettre la valeur de nos valeurs à un examen critique“. Pensez-vous que les “progressistes“, dont beaucoup d’élus se disputent aujourd’hui l’étiquette, soient prêts à repenser la peine ? Les difficultés qu’a connues Christiane Taubira place Vendôme ne sont-elles pas le signe d’une impasse quasi sociologique à vouloir repenser la notion de châtiment ? Sur quoi une démarche progressiste en termes de justice doit-elle reposer aujourd’hui ? Interroger les fondements du châtiment, ce qui le définit, comment on le justifie, de quelle manière on le distribue ? Contre cette obsession moderne, “surveiller et punir”, sur quelle valeur une société peut-elle aujourd’hui espérer se raccrocher à l’idée de progrès ?

Les temps sont durs en effet pour le progressisme pénal, notamment en France. La difficulté qu’a rencontrée Christiane Taubira pour une réforme pénale qui s’est avérée finalement très modeste et n’est pas même appliquée par les tribunaux peut rendre pessimiste. Les arguments ne manquent pourtant pas en faveur d’une politique moins répressive et moins discriminatoire. Argument économique du coût de l’enfermement. Argument utilitariste des récidives après incarcération. Argument social de l’aggravation des inégalités. Argument moral de l’injustice de la distribution des peines. Ces arguments ont déjà eu des effets dans certains pays comme l’Allemagne, l’Autriche ou les Pays-Bas, et même aux Etats-Unis, où la population carcérale a diminué d’un dixième au cours des cinq dernières années. Ce qui manque à la France ce sont des responsables politiques qui aient ce à quoi Foucault a consacré ses derniers cours au Collège de France : le courage de la vérité.


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[Livre] La chambre des innocents

Message  Tatie le Lun 10 Avr 2017, 13:48

C’est un tribunal que l’on ne voit jamais. Une salle d’audience nichée au cœur du palais de justice de Paris.




Chaque mois, en petit comité, sont examinés des histoires d’hommes et de femmes qui ont été incarcérés dans des prisons françaises avant d’être totalement blanchis.

Un chèque en forme d’excuses officielles leur est parfois remis mais pas toujours tant les règles sont dures.

Le journaliste Mathieu Delahousse* a assisté pendant un an à ses audiences
particulières, où se jouent des parties judiciaires parfois d’une cruauté glaçante.

*Mathieu Delahousse, journaliste, spécialiste des affaires judiciaires à l'Obs, auteur du livre "La chambre des innocents" qui paraît le 12 avril aux éditions Flammarion
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Invité le Dim 16 Avr 2017, 19:42

j'ai entendu l'auteur présenter son livre sur un plateau de télé. il détaille quelques cas, toujours dans l'anonymat des victimes puisque là les détenus sont les victimes d'erreur judiciaire au moins. à lire.

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[Livre] Séparer et punir.

Message  Tatie le Mer 19 Avr 2017, 12:44


Publication date : 02/03/2017

La prison est une peine géographique : elle punit par l’espace.

Elle tient des populations détenues à distance de leurs proches et les confine dans des lieux clos. En même temps, le dispositif carcéral cherche à réinsérer le détenu dans la cité, à maintenir ses liens familiaux.

En dépit de proximités avérées entre la plupart des prisons et les bassins de population, les détenus et leurs proches vivent l’incarcération comme une mise à l’écart. Les riverains souhaitent souvent éloigner les nuisances des prisons, voire cacher le stigmate carcéral. L’architecture même des prisons accentue cette obsession séparatrice : démarquer le dedans du dehors et séparer les détenus entre eux.

La prison des détenus et celle des architectes, celle des proches et celle de l’Administration pénitentiaire, celle des riverains et celle des élus locaux, composent un dispositif de séparation : la prison coupe les liens sociaux et empêche les détenus de partager un monde commun entre les murs.

L’enquête menée par Olivier Milhaud, dans les murs et hors les murs, souligne l’inefficacité d’un tel système, et invite à repenser l’espace de la prison.

Olivier MILHAUD
Olivier Milhaud est maître de conférences en géographie (Université Paris-Sorbonne). Il a reçu le Prix Gabriel Tarde de Criminologie.
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Sam 13 Mai 2017, 09:01





ça ne valait pas la peine, mais ça valait le coup

26 lettres contre la prison choisies par L'Envolée
228 pages
+ CD audio
(Hafed Benotman)


Hafed Benotman nous a quittés en février 2015. Entre 1976 et 2007, notre ami braqueur-sans arme avait passé dix-sept ans en prison. Il était aussi un auteur talentueux de romans, de nouvelles, de pièces de théâtre, de chansons qui ont toujours eu comme sujet l'opposition viscérale à toutes les formes d'enfermement.
En 2001, il participe à la création de L'Envolée, un journal et une émission de radio. dont le but est aujourd'hui encore la critique et le combat contre la justice et la prison. Nous publions dans ce livre les textes et lettres qu'il a écrit pour ce journal.
Le livre est accompagné d'un disque – florilège de quelques-unes de ses interventions radiophoniques dans l'émission hebdomadaire de L'Envolée.



Paru en Mars 2017
Les éditions du bout de la ville
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Sam 13 Mai 2017, 13:42

Face au Mur



60 piges - 25 de cabane - 15 de cavale. D'après une histoire vraie


Condamné pour des faits de grand banditisme, Jean-Claude Pautot a raconté la prison, les braquages, les planques et les cavales à Laurent Astier. Dans la tradition des grands auteurs américains, ils ont forgé une fiction inspirée directement du réel.
Une bande dessinée forte comme une vie !

"Mon métier est inscrit dans mon casier : braqueur multirécidiviste. C'est la seule chose que je sais faire. Depuis le début, je savais que ça allait mal se terminer. Mais je ne savais ni où, ni quand. Et encore moins comment. Et même si quelqu'un me l'avait dit, ça n'aurait rien changé."



Album
19,95 €
29/03/2017
Casterman
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Invité le Jeu 25 Mai 2017, 15:19

Tatie a écrit:C’est un tribunal que l’on ne voit jamais. Une salle d’audience nichée au cœur du palais de justice de Paris.




Chaque mois, en petit comité, sont examinés des histoires d’hommes et de femmes qui ont été incarcérés dans des prisons françaises avant d’être totalement blanchis.

Un chèque en forme d’excuses officielles leur est parfois remis mais pas toujours tant les règles sont dures.

Le journaliste Mathieu Delahousse* a assisté pendant un an à ses audiences
particulières, où se jouent des parties judiciaires parfois d’une cruauté glaçante.

*Mathieu Delahousse, journaliste, spécialiste des affaires judiciaires à l'Obs, auteur du livre "La chambre des innocents" qui paraît le 12 avril aux éditions Flammarion

J'ai profité que j'étais coincé quelques heures dans un train pour commencer ce livre, j'en suis presque venu a bout. il me manque une soixantaine de pages. 
c'est technique, on y apprend le prix moyen pour une détention injustifiée, on y apprends que parfois on peut même modifier l'accusation pour justifier le temps passé en préventive. On y voit le ministère public se comporter comme un comptable mesquin. Il faut savoir que cela existe et qu'en moyenne on est à 60€ par jour de détention injustifiée. On y apprend qu'il faut que les avocats fassent des factures détaillées, rien de bien ragoutant sur la misère de notre société quand elle se plante.

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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Mer 31 Mai 2017, 10:53

La surveillance électronique pénale
Son statut, son sens, ses effets



Tony Ferri

Editions Bréal - Collection : Hors collection Bréal
- mai 2017
Livre papier 7€90


Écrit par un spécialiste des pénalités contemporaines et praticien de la criminologie appliquée, cet ouvrage propose une description minutieuse des rouages des dispositifs de la surveillance électronique pénale.
Distinguant les différentes formes juridiques, pénitentiaires et pratiques de la surveillance électronique actuelle (PSE, PSEM et ARSE), l’auteur décortique et évalue son statut, son sens et ses effets à l’égard des porteurs du bracelet eux-mêmes, qu’on nomme en France les « placés ».
Outre la matérialisation de la nature de cette surveillance particulière, l’apport instructif de ce livre réside à la fois dans une immersion au cœur des pratiques du contrôle pénal d’aujourd’hui, et dans l’exposition des conséquences d’un enfermement devenu structurel et élargi à la société.

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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Lun 05 Juin 2017, 09:49

L’évasion: une BD sur le thème carcéral

Berthet One -2011






«L Evasion» est une BD écrite et dessinée en prison par Berthet One, qui nous invite dans l'univers carcéral. Une succession de tranches vie vécues et racontées par le dessinateur, Berthet One. L incarcération, la vie au sein de la prison avec les co-détenus et les matons, les visites au parloir, les cours... Rien n échappe au petit oeil malin de notre héros qui nous raconte ses aventures avec humour et décalage.
«L Evasion», ou la plongée dans le quotidien du taulard, vue de l'intérieur...
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Lun 05 Juin 2017, 09:54

Vive la liberthet ! L'Evasion T.02
de Berthet One





Berthet One revient avec le second tome de L’Évasion ! Cette fois, l’auteur brosse un tableau truculent de la réinsertion des taulards, ce chemin semé d’embûches. Il décrit avec humour la réalité de ces portes qui se ferment et, parfois, de ces lucarnes qui s’entrouvrent.

Tout le monde y passe : les codétenus, les collégiens de l’établissement où Berthet est amené à travailler, son agent de probation et les éventuels employeurs d’ex-détenus… Le tout administré avec une sacrée dose d’ironie parsemée d’autodérision.

Le trait caractéristique de Berthet est également au rendez-vous, avec ses influences graphiques venues de Fluide Glacial, du hip-hop et de la culture graff, et qui l’inscrivent dans les pas d’un Robert Crumb à la sauce cité.
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Sam 24 Juin 2017, 09:29

La justice des mineurs a deux missions : la protection des jeunes en danger et la poursuite des infractions commises. C'est l'ordonnance du 2 février 1945 qui en a établi les principes modernes en proclamant la prééminence de l'éducatif sur le répressif afin de favoriser l'insertion sociale des délinquants.

Préface : Evelyne Monpierre
Date : 16/06/2017
Genre : Droit
Editeur : Nane Editions, Paris, France
Collection : Les collections du citoyen. Monde & société
Prix : 9.00 €



Cet ouvrage préfacé par la juge des enfants Evelyne Monpierre décrit la longue histoire de cette justice spécialisée. Il évoque les prisons et les bagnes pour enfants, il présente les formes de délinquance, les types de mesures et de sanctions, dont les mesures de réparation et les alternatives aux poursuites qui sont majoritairement prises. Il met en lumière le rôle du juge des enfants, qui dit la loi, la fait appliquer, tout en étant à l'écoute des enfants et des familles. Enfin, il présente les actions de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), à laquelle les mineurs sont confiés, et le rôle des éducateurs. Des missions d'hommes et de femmes qui font de la justice des mineurs une des plus belles institutions françaises.


Un peu d'histoire...

DEPUIS QUAND EXISTE-T-IL UNE JUSTICE DES MINEURS ?

La justice des mineurs française s'inscrit dans une continuité historique... de plus de 2000 ans !
On parle de «justice des mineurs» lorsque les juges n'appliquent pas la loi de la même manière selon que la personne qui a commis une faute est un jeune ou un adulte. Or, déjà dans le droit de la Rome antique, se trouvait posé l'un des principes fondamentaux de notre justice des mineurs actuelle : l'idée de l'atténuation de la punition pour un enfant. Ainsi, dès 449 av. J.-C, la loi des XII Tables punissait différemment en fonction de l'âge : parmi les enfants reconnus coupables d'avoir commis un acte répréhensible, les enfants impubères, c'est-à-dire les plus jeunes, bénéficiaient de peines plus légères que leurs camarades plus âgés.
Sous l'Ancien Régime, la définition des trois groupes d'âge (moins de 7 ans, de 7 à 14 ans, au-delà de 14 ans) a prévalu, et les tribunaux sanctionnaient les enfants différemment selon leur appartenance à ces groupes d'âge. Dans la pratique, les juges punissaient les jeunes un peu selon leur bon vouloir, que ce soit dans le sens d'une plus grande sévérité ou dans celui d'une plus grande clémence. Ainsi, le droit criminel antérieur à la révolution de 1789 permettait-il de condamner un enfant à partir de l'âge de 7 ans pour une peine pouvant aller jusqu'à la mort, la prison à vie ou la déportation. Les enfants étaient soumis à l'arbitraire du juge, mais ils étaient aussi totalement dépendants de l'autorité paternelle. La puissance paternelle était exercée sans limitation : les parents pouvaient faire incarcérer leurs enfants sans justification et sans décision de justice si telle était leur décision.
Avec la Révolution française, dans l'esprit de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, apparaît une nouvelle conception de la justice des enfants. En 1791, le premier Gode pénal* est promulgué. Il crée une justice des mineurs qui pose un principe nouveau : la notion de «discernement», c'est-à-dire la conscience, au moment des faits, du caractère condamnable des actes.
Cette notion sera reprise dans les Codes pénaux de 1791 et 1810, qui fixeront à 16 ans l'âge de la majorité pénale, c'est-à-dire l'âge à partir duquel un délinquant relève du droit pénal commun appliqué aux adultes. Elle demeure dans le droit français d'aujourd'hui. Enfin, c'est aussi à partir de 1810 que les peines de prison seront divisées par deux pour les mineurs jugés capables de discernement, par rapport à celles infligées aux majeurs.
Au début du XIXe siècle, vers les années 1820-1830, émerge l'idée qu'il existe une «délinquance juvénile», distincte de la délinquance des adultes. On parle alors d'une enfance «vicieuse» : des voleurs, des vagabonds, des enfants oisifs perçus comme menaçants, et qui peuvent être envoyés en prison.
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Ven 30 Juin 2017, 11:12


La famille à l'épreuve de la prison
Caroline Touraut, Le lien social, 293 pages,
2012, 32€


Loin de ne concerner que les détenus, la peine d’emprisonnement s’impose aussi à leur famille. L'enquête menée en France auprès de proches de détenus permet de mesurer l’ampleur des dommages sociaux, économiques, relationnels et identitaires auxquels ils sont confrontés. Aborder l’incarcération du point de vue des proches de détenus offre un autre regard sur l’institution carcérale et sur ses frontières. L’incarcération ne marque pas toujours la fin des histoires conjugales et familiales, des liens résistent à la détention, se cimentent, ou naissent parfois. Les soutiens et les échanges qui s’observent malgré les murs sont multiples. Cependant, les relations entre les détenus et leurs familles sont aussi empreintes de tensions, de silences, de mensonges et de doutes
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Sam 01 Juil 2017, 10:06


Auteurs : Serge Portelli, Marine Chanel
Editeur : Grasset Et Fasquelle

Petit extrait du livre :

A la sortie de prison, une autre existence commence. Quatorze personnes qui ont passé de longues périodes en prison, jusqu’à 26 ans, ont accepté de nous parler. Ces périodes de vie renseignent sur les changements possibles d’un individu et sa capacité à s’extraire de la délinquance, ce que l’on appelle la « désistance ». Quatorze personnes : hommes, femmes, condamnés pour meurtre, terrorisme, détournements, agressions sexuelles, trafic de stupéfiants… Le discours est livré avec ses aspérités, ses émotions, ses réflexions. Nous suivons des parcours pleins d’accidents, parfois chaotiques. Mais au détour de la prison, aux effets souvent délétères, voire mortifères, peut survenir un déclic qui changera le cours d’une existence. La confrontation à la loi, une rencontre, une prise de conscience, la disparition d’un proche, la découverte de soi. A l’issue de cette longue écoute, naît une certitude : rien ne pourra être fait de valable si cette parole n’est pas entendue. Elle permet de ne plus considérer ces individus comme des étrangers à notre société. Cette écoute est une nécessité pour que les institutions soient efficaces. Afin que le lecteur puisse s’orienter, le livre propose entre chaque portrait-témoignage, quatorze chapitres, apportant une information précise, actualisée et objective sur cette vie après la peine : la récidive, les suivis judiciaires, les longues peines, la réinsertion, le suivi des délinquants sexuels, la place de la victime. Sont abordées également des problématiques nouvelles telles que la désistance ou la justice réparatrice.
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Jeu 31 Aoû 2017, 10:26

La sexualité en prison de femmes





Une enquête menée auprès de 80 détenues et de 73 acteurs carcéraux dans sept prisons françaises. Elle révèle la réalité de la sexualité des femmes incarcérées, du désir à l'abus en passant par la transgression ou la place de la maternité

Auteur(s) : Myriam Joël
Edition : Presses de Sciences Po
Date de parution : 31/08/2017
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Mar 12 Sep 2017, 12:06



Mauvaise graine, Deux siècles d’histoire de la justice des enfants




L’ouvrage Mauvaise graine : deux siècles d’histoire de la justice des enfants, paraîtra le 13 septembre 2017 aux éditions Textuel.

Premier panorama de la justice des enfants sur la longue durée, l’ouvrage « Mauvaise graine : deux siècles d’histoire de la justice des enfants », propose un débat d’actualité nourri par l’analyse d’historiens et par des témoignages d’époque. L’ouvrage est enrichi des collections uniques (photographies de l'administration, écrits d’enfants reclus, de juges, d’éducateurs et de médecins) du centre d’exposition historique de Savigny-sur-Orge, rattaché au service de la recherche et de la documentation (SRD) de l’École nationale de protection judiciaire de la jeunesse.


De mauvaise graine à racaille : les mots changent, la stigmatisation perdure.

Mauvaises graines, apaches, voyous, blousons noirs, racailles : les mots changent, la stigmatisation perdure pour qualifier les mêmes rejetons des classes laborieuses. Depuis deux siècles, les mentalités oscillent entre punir et éduquer.

L’invention des lieux de punition réservés aux enfants débute en 1836 avec la Petite Roquette à Paris, première et unique prison pour enfants. Suivie en 1850 des maisons de correction et colonies pénitentiaires dénoncées près d’un siècle plus tard par Jacques Prévert comme des bagnes d’enfants.

Au tournant du siècle, un discours scientifique et médical défend l’idée d’une hérédité du crime et appelle à durcir les modalités d’enfermement. Ce n’est qu’à la Libération que naît dans l’opinion un consensus en faveur de la priorité de l’éducatif sur le répressif. Si les Trente glorieuses saluent la montée des baby-boomers, une autre jeunesse fait peur, caricaturée par les médias : les bandes de Blousons noirs. Au lendemain de mai 68, ce sont les travailleurs sociaux eux-mêmes qui dénoncent les foyers éducatifs comme étant avant tout des lieux de répression et de discipline.



Véronique Blanchard, co-auteure de Mauvaises filles (Textuel, 2016) est docteure en histoire et responsable du Centre d’exposition « Enfants en justice » à Savigny-sur-Orge.

Mathias Gardet est historien, professeur des universités en sciences de l’éducation à l’université Paris 8. Ses recherches portent sur les politiques sociales à l’égard de l’enfance et de la jeunesse. Il est l’auteur de Les Colonies de vacances (Le Cherche midi, 2014) et Histoire d’une jeunesse en marge (Textuel, 2016).
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Ven 15 Sep 2017, 10:25

ITV suite au livre ci-dessus

Justice des mineurs: «L'alternative à l'incarcération semble impossible à penser»
INTERVIEW Deux historiens ont décortiqué deux siècles de traitements judiciaires appliqués aux enfants dans l'ouvrage «Mauvaise graine» publié ce mercredi 13 septembre...


Comment la France juge-t-elle ses enfants ? Pour tenter de répondre à cette question, les historiens Véronique Blanchard et Mathias Gardet se sont plongés dans près de deux cents ans d’archives juridiques, médicales et culturelles. Ces deux spécialistes du monde judiciaire en ont tiré un ouvrage riche et fascinant, Mauvaise graine - Deux siècles d’histoire de la justice des enfants, publié ce mercredi 13 septembre.

« Enfant honnête » contre « petit voleur », « apaches », « blousons noirs », « racaille », leur travail livre le regard souvent brutal porté sur ces mineurs délinquants par une société qui a toujours oscillé entre volonté d'« éduquer » et nécessité de « punir ». Une analyse historique pour mettre en perspective une problématique toujours contemporaine. Mardi, le journal Le Monde révélait l'explosion, en un an, du nombre de mineurs incarcérés. Entre 2016 et 2017, le nombre d'enfants détenus aurait progressé de 16,6%. Une première en quinze ans.

Véronique Blanchard, coauteure de cette publication et responsable du centre d’exposition « Enfants en justice » à Savigny-sur-Orge, détaille pour 20 Minutes l'objet de son projet.

Comment est née l’idée du livre et à partir de quelles archives avez-vous travaillé ?
C‘est un travail de longue haleine, cela fait dix ans que nous travaillons, Mathias Gardet et moi sur ce sujet, notamment dans le cadre du centre d’exposition « Enfants en justice ». C’est un lieu unique en France qui retrace l’Histoire de la justice des enfants et qui accueille des publics variés.
Nous souhaitions tous les deux qu’il y ait un ouvrage de référence, grand public, avec des images, des archives sur le sujet. Nous avons eu accès à plusieurs documents appartenant au ministère de la Justice et les éditions Textuel nous ont également donné accès à quelques pépites, comme ces dessins d’enfants placés dans des centres d’observations dans les années 50.

Dessin d'un enfant placé au centre d'observation public de l'Education surveillée de Savigny-sur-Orge en 1950.


L’un des constats marquants de votre ouvrage, c’est la dépendance constante des autorités à l’incarcération ou à l’enfermement…
L’incarcération fait profondément partie des modes de régulations des populations en France. Nous sommes l’un des rares pays d’Europe où jamais nous n'avons tenté de ne pas incarcérer les mineurs. Certains Etats ont arrêté de recourir à la prison à un moment donné. L’alternative à l’incarcération, même pour les enfants, semble ici impossible à penser.

C’est ce que nous voulions montrer, notamment parce que le grand public ne sait pas forcément qu’en France, on peut placer en détention un mineur dès l’âge de 13 ans. Les archives montrent par ailleurs qu’il y a eu des périodes d’ouverture mais la prison ou les centres fermés restent une vieille habitude française dont on a du mal à se départir et ce malgré la volonté de certains acteurs judiciaires et éducatifs.
Votre livre souligne également un paradoxe entre la nécessité de protection d’enfants « des classes laborieuses » et la peur qu’ils inspirent à l’Etat…
C’est un balancier très complexe entre « enfance en danger » et « enfant dangereux », qui penche vers une thèse ou vers une autre en fonction du contexte ou des autorités qui gouvernent. Le panorama que nous faisons sur deux cents ans montre tout de même que l’enfant perçu comme « dangereux » l’emporte et l’a emporté plus régulièrement sur l’opinion publique que la nécessité de protéger l’enfant.
Or ce sont souvent les mêmes enfants, avec le même mal-être, les mêmes difficultés psychologiques, sociales et familiales. Certains vont fuguer, d’autres vont voler. Dans les années 1950 ou 1970, l’opinion pouvait l’entendre et à d’autres périodes, à la fin du 19e siècle ou dans les années 2000, le constat était plus caricatural.

S’agit-il à vos yeux d’un livre politique ?
Non, c’est un livre d’Histoire. La délinquance juvénile et les réponses apportées s’articulent en différents cycles. Nous avons voulu montrer comment le passé peut permettre de réfléchir aux problématiques actuelles, aussi complexes soient-elles. C’est cela qui nous intéresse

20minutes-13/09/17
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Re: [Livres] Proposition de lecture.

Message  Tatie le Sam 07 Oct 2017, 09:37

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