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[Témoignage] Le bus 109 pour Fleury

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[Témoignage] Le bus 109 pour Fleury

Message  Tatie le Dim 30 Avr 2017, 14:21

REPORTAGE - Chaque jour, des familles de détenus prennent le bus 109, le seul direct pour la prison de Fleury-Mérogis.


Dans un mois, ce sera fini. Cécile, 43 ans, coiffeuse en congé longue durée, n'aura plus à prendre le bus 109, Porte d'Orléans. Elle n'aura plus à se lever à 5 h 30 deux fois par semaine, à se demander si elle arrivera à temps pour pouvoir passer les portiques, si son soutien-gorge sonnera ou pas, ni si le linge qu'elle a repassé convient aux standards de l'administration. La dernière fois, ils ont refusé qu'elle "entre une casquette Yamaha".

Dans un mois, elle n'aura plus à descendre à l'arrêt "Fleury-Mérogis, maison d'Arrêt des Hommes". Plus de 4.000 détenus, plus grande prison d'Europe, un taux d'occupation frôlant les 180 %, une Cocotte-Minute. Cécile vient d'apprendre que son fils a eu une remise de peine. Plus que quelques semaines à tenir. Ce matin de mars, elle a obtenu le parloir de 8 h 20, le premier de la journée. "On passe 45 minutes très intenses tous les deux, soupire-t-elle. Mais à chaque fois que je viens, je mets deux jours à m'en remettre."

Passer sa vie à l'attendre...
Alors au retour, dans le bus de 10 h 15, direction Paris, assise contre la vitre, elle "prolonge un peu le moment". Quarante minutes plongée dans ses pensées en regardant le paysage. Elle se retrouve souvent seule avec le chauffeur, à cette heure-ci les autres visiteurs préfèrent le RER ou la voiture. "De toute façon, je leur parle rarement. Je les sens blasés, ça me met le moral à zéro." Comme quand cette jeune mère de deux enfants en bas âge lui a confié que son compagnon "récidiviste n'a vécu aucune de ses grossesses, n'a pu assister à aucun de ses accouchements et qu'il en a encore pour trois ou quatre ans".

La semaine dernière, une septuagénaire plus très alerte attendait avec elle sous l'Abribus face à la prison. La vieille dame venait enfin d'avoir son avocat au téléphone, elle avait besoin de partager sa joie, elle a entamé la conversation. "Elle m'a fait le récit avec une certaine fierté de la dernière arrestation de son mari, 72 ans aussi, dit le Grand Dédé, une figure de la pègre en son temps, paraît-il, continue-t-elle. Elle avait fait le tour de France des prisons, elle ne regrettait rien." Mais ça a désolé Cécile, "les femmes aiment les mauvais garçons mais quand même, passer sa vie à l'attendre... " Elle s'est dit qu'" à 72 ans, il est temps que le Grand Dédé raccroche". Les deux femmes se sont raconté leurs heures d'attente aux arrêts de bus pour être sûres de ne pas rater la navette, leurs vacances entre parenthèses pour être là chaque semaine. "C'est tellement sacré les parloirs qu'on est prêtes à beaucoup de concessions, mais, prévient-elle, si mon fils devait être incarcéré une seconde fois, je serais moins présente."

La plupart des passagers du 109 sont des femmes

Dans le 109, direct de Paris à Fleury, la plupart des passagers sont des femmes, des épouses, des filles, des amies de détenus. A l'aller, elles se reconnaissent à leur gros cabas à carreaux plastifié à fermeture Eclair. Le linge de la semaine. Pascal, un des rares hommes à bord, fait le trajet depuis cinq ans. C'est le chauffeur. "On s'habitue à eux. Et eux à nous", dit-il en évoquant ceux qu'il conduit. "Certains se connaissent depuis des années, je les vois se parler, se conseiller", confie-t-il, touché. Une fois par mois, une famille vient de Lyon. "Il y en a même une qui arrive d'Espagne, elle dort au Formule 1 et repart le lendemain matin."

Et puis cette mère qui fait le trajet depuis plus longtemps que lui et lui répète à chaque fois "mon fils n'a rien fait et il est là". Avec un sourire il ajoute : "Pour elle, c'est encore son bébé. Elle connaît tous les horaires par cœur et tous les chauffeurs." Elisa, 58 ans, aussi. Son plus jeune fils attend dans le bâtiment D2 qu'une date de procès soit fixée.

Poignée de bonbons

Depuis deux ans, tous les lundi, mercredi et vendredi, elle quitte son logement de La Courneuve à 9 heures avec sa fille et court Porte d'Orléans pour tenter d'attraper le 109 de 12 h 25. Elles aiment bien quand Pascal est au volant, il est rapide et fiable. "Il ne roule pas comme s'il allait écraser des œufs. Contrairement à d'autres", chuchote-t-elle. Et lundi dernier, comme elles n'étaient toujours pas là à l'heure du départ, il les a attendues dix minutes. Pascal sait que les visites à Fleury-Mérogis ne supportent pas l'approximation. "Cinq minutes de retard, et c'est mort, explique-t-il. Les familles se seront déplacées pour rien, il faut les comprendre, elles sont dans la souffrance."

Elisa lui a donné une poignée de bonbons pour le remercier et comme d'habitude, le ventre noué, elle s'est assise deux rangs derrière lui, sa fille côté fenêtre, elle côté couloir. "Avec les chauffeurs, on rigole", dit-elle en osant un sourire. Surtout à l'aller, parce qu'au retour, plus personne ne parle.
Parfois, en fin d'après-midi, à l'heure des sorties de parloir, une voiture s'arrête devant l'Abribus du 109 en sortant du parking de la prison, et offre à qui veut un siège pour Paris. Les salariés, écrivains publics, associatifs saisissent l'occasion. Les autres, comme Cécile ou Elisa, préfèrent attendre le 17 h 17, pour ne pas avoir à parler.

Tous les prénoms ont été changés.
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Re: [Témoignage] Le bus 109 pour Fleury

Message  ThaliaM le Dim 30 Avr 2017, 18:39

Récit touchant.
L'envie de ne pas parler au retour, est quelque-chose que je peux imaginer.
J'ai été touchée par le fait qu'une visiteuse vienne d'Espagne.

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Re: [Témoignage] Le bus 109 pour Fleury

Message  Tatie le Lun 05 Juin 2017, 16:29

Sara, Magda et Sayah prennent plusieurs fois par semaine le bus 109, direction Fleury-Mérogis, pour visiter leurs compagnons en cabane.
Au programme : burger sous le manteau et calins discrets.


Porte d’Orléans, Paris 14e - 12h25, Sara montre dans le bus 109 et salue les deux jeunes femmes assises sur les sièges du fond. Trois fois par semaine elles font le trajet pour la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (91). Le bus s’élance sur le périphérique. Il y a deux ans, le mec de Sara est tombé pour trafic de stup’. « Je l’ai appris par ses potes. Puis lui m’a appelé en sortant de garde à vue, juste avant d’être envoyé à Fleury. » Au début, ils s’appelaient. Même interdits, les téléphones sont monnaie courante :
« Il utilisait celui de son codétenu. On s’envoyait des snapchats ! »


Derrière les barreaux, il lui promet de changer et de trouver un boulot en règle… Mais à sa sortie, il retombe au bout de quelques mois à peine. Elle décide de le quitter. « Il était jaloux, il m’en voulait d’être dehors, de sortir, de vivre… on s’embrouillait souvent au téléphone. » Sara a 20 piges à peine, « je voulais avancer et pas finir ma vie avec un type comme ça. Et puis il ne me plaisait plus tellement », reconnait la jeune femme d’origine malienne, jean noir et ongles fraîchement vernis.

Le bus ne dessert que deux stations : les maisons d’arrêt des femmes et des hommes. Sara descend et se dirige vers l’immense complexe pénitentiaire qui accueille plus de 3.700 détenus. En se rendant à Fleury, elle a le sourire et parle facilement. Aujourd’hui, c’est son frère qu’elle vient voir au parloir. Face à la prison, le centre d’accueil des familles voit défiler de nombreuses histoires d’amour bouleversées par la détention. C’est l’anti-chambre des parloirs. Cartes d’identité à la main, femmes et copines viennent s’enregistrer puis déposer leurs affaires dans les casiers-consignes en attendant leur tour.

QUAND LA NOUVELLE TOMBE
Magda, 26 ans, se souvient du matin où « son homme » s’est fait embarquer. 6H15, les flics frappent à la porte du deux pièces :
« Il a regardé à travers la porte, il a à peine eu le temps de me dire que c’était la police qu’ils étaient déjà dedans. Il s’est retrouvé à terre et menotté. C’était assez choquant. »

Comme beaucoup d’autres, la conseillère immobilière n’était pas au courant de ce qu’il faisait. Le trentenaire avait un job dans la logistique. Mais depuis 18 mois il est incarcéré à Fleury pour tentative de vol avec violence. Certaines savaient, comme Sayah, mariée depuis cinq ans, son fils métis de trois mois dans la poussette. « Je l’ai choisi. » Cet été, deux semaines après son accouchement, le comico la réveille à 1 heure du matin. Le pandore lui annonce que son mec est en garde à vue pour recel d’escroquerie. « Je savais bien que ça allait arriver un jour, il ne pouvait pas continuer à passer entre les filets », reconnait-elle en fixant l’entrée de la maison d’arrêt de son regard noir. Depuis, cette mère au foyer de 25 ans vient le voir trois fois par semaine. Le nombre maximum de visites autorisées pour les détenus.

Pour son premier parloir, elle n’était pas vraiment préparée. Aujourd’hui, Sayah en rigole :
« La première fois que je l’ai vu, au lieu de l’embrasser je lui ai fait un check comme à un pote ! »
Même avec le temps, les amoureux ont toujours du mal à se détendre. A Fleury les parloirs se résument à des petites pièces d’une dizaine de mètres carrés meublées d’une simple table et quelques chaises. De part et d’autre, une porte avec une vitre donne sur un couloir où passent régulièrement les surveillants. Les parloirs sont des lieux peu propices à la sensualité et le temps est compté. Chaque visiteur a droit à 45 minutes, montre en main.

SAPPÉES COMME JAMAIS
« Je ne savais pas qu’il y avait un dresscode ! » s’étonne Madga, dents du bonheur et regard dur. En visite, les familles ne peuvent porter ni kaki ni vêtements bleus pour éviter une possible confusion avec le personnel pénitentiaire. La jeune femme porte un legging noir et un débardeur gris qui contrastent avec son rouge à lèvre et ses yeux bleus. « Je suis plutôt coquette alors quand je viens je m’habille comme d’habitude. Mais y’a des meufs qui mettent des jupes archi-courtes pour faire plaisir à leurs copains », explique-t-elle en s’allumant une clope.


« C’est toujours frustrant de voir son mec dans ces conditions. On est tout le temps pistées. Et comme on est tous les deux pudiques, je n’arrive même pas à m’asseoir sur ses genoux. On a du mal à s’embrasser au parloir. »
« Pas de sexe, c’est sûr que ça manque aussi », poursuit-elle « mais il devrait sortir bientôt, alors ça aide à attendre. J’ai pris l’habitude maintenant, ça fait partie de mon quotidien », ajoute-t-elle en faisant la moue. Pour les longues peines, l’abstinence est parfois plus difficile à supporter. Peu importe le manque d’intimité, certains couples trouvent des moyens pour se faire plaisir discrètement, explique Chloé. Cette trentenaire qui bosse maintenant dans l’insertion est tombée amoureuse d’un détenu alors qu’elle travaillait comme surveillante au sein de la pénitentiaire. Pour vivre son histoire d’amour avec un mec incarcéré pour plus de quinze ans, elle a dû démissionner. Avant qu’il puisse sortir en permission, ils ont dû composer avec les parloirs pour partager un peu d’intimité. « J’ai appris à porter des jupes, moi qui n’en mettais jamais ! », s’amuse-t-elle :
« Tu t’assois sur lui et tu fais gaffe aux passages des matons, aux bruits des clés, aux familles qui passent dans le couloir et jettent des coups d’oeil ! »
Certains établissements disposent d’unités de vie familiale : des petits appartements où les familles et couples peuvent passer jusqu’à 72 heures. Fleury n’en n’a pas. Pour profiter d’une vraie intimité, Chloé a du attendre que son compagnon sorte en perm’.


QUICKS, VIANDE ET TÉLÉPHONE ENTRÉS EN DOUCE
Entre deux parloirs, les deux seules toilettes de l’espace accueil-familles sont prises d’assaut. Même si c’est strictement interdit, les copines des détenus profitent souvent de ce contact pour ramener des choses à leurs compagnons. ¬« Tout le monde le sait » acquiesce Magda :
« Surtout à manger. J’en ai vu ramener un kilo de viande crue pour que leur mec cuisine à l’intérieur. »
Certains commerces du coin se sont même adaptés. Au Quick tout proche, tu demandes un « spécial Fleury » et ils l’emballent exprès ! « Moi je mets ça dans le soutif et je m’habille avec des vêtements amples » précise Magda, assise sur un banc. Elle s’arrête brusquement de parler et fait diversion en fouillant dans son sac. Un maton passe en vélo. Elle le salue de la main :


« C’est plus tranquille quand on a de bon rapports avec eux. »
Elles savent toutes que si les surveillants n’ont pas de doutes sur elles, elles ont peu de chance de se faire fouiller. Et les risques sont limités. Un avertissement et une suspension de parloirs, tout au plus. « C’est quand même juste de la bouffe. » Certaines femmes en profitent aussi pour faire rentrer de la drogue ou des portables. « Je l’ai jamais fait, j’aurais bien trop peur de sonner sous les portiques. Je ne veux pas prendre de risques, j’ai des enfants », détaille Sayah.

Cette petite brune aux cheveux lisses s’amuse de discuter avec un journaliste devant la prison de Fleury. Elle parle cash : « Cette situation, c’est une vrai galère au quotidien et certains matons nous considèrent comme de la merde et se gênent pas pour humilier les familles ou profiter de leur petit pouvoir de merde ! » Elle écrase sa cigarette à ses pieds à côté d’un grand sac Tati zippé, posé sur le sol. « C’est son linge propre, je lui ramène une fois par semaine ». 15h20, elle se lève et se dirige vers la porte de la prison.


LES RAGOTS DE LA TAULE
D’une voix lisse et policée, les haut-parleurs appellent les proches de détenus attendus aux parloirs. En attendant leur tour, un groupe de jeunes femmes se grillent quelques clopes. Ça discute des conditions de détention, de demandes de permission, des difficultés pour avoir accès aux soins pour leurs compagnons et des procédures interminables avec les avocats. « Ça fait dix ans que je fais les parloirs ! » balance l’une d’elles. D’autres comme Patricia, la cinquantaine et des yeux bleus très maquillés, se mélangent peu et préfèrent rester discrètes. Par peur des ragots qui circulent au parloir. Son mari, tombé il y a un an, attend toujours d’être jugé. Cette employée à domicile a pu modifier ses horaires de travail pour venir trois fois par semaine. Elle s’arrange pour lui rendre visite hors des moments de promenade, « pour maximiser le temps qu’il passe dehors ». Elle poursuit :
« La présence féminine le rassure. Moi ça m’aide aussi psychologiquement de me dire que je suis là pour lui, c’est mon mari, il a besoin de moi. »
Elle ressort du bâtiment accueil-famille avec un café à la main et fume une clope dans un coin.

QUE LA FAMILLE
Malgré les galères de la détention, Sayah trouve que la prison l’a rapprochée de son époux. « Je le soutiens et il sait que je suis là pour lui. » La taule laisse le temps pour faire le point. Elle est la seule à venir le voir, précise-t-elle fièrement. « Mes parents savent qu’il est au trou, mais ils s’en moquent du moment qu’il se comporte bien avec moi. Dans ma famille, ils ont tous déjà fait un peu de taule de tout façon », poursuit-elle en ajustant son piercing à la lèvre.

Pour d’autres familles, la pilule est plus difficile à avaler. Depuis que son mec est à Fleury, Patricia s’est brouillée avec son père et sa fille de trente ans. « Ils ne me parlent plus, ils ne comprennent pas comment je peux le soutenir », regrette-t-elle. « Mais si je suis pas là pour me battre pour lui, y’a personne ! » Comme pour se persuader, elle répète que tant qu’il n’a pas été jugé, il est toujours présumé innocent.

Et puis il y a les enfants… Certaines comme Sayah n’hésitent pas à venir aux parloirs avec des nourrissons :
« Il est content de voir son fils, et puis je n’ai personne pour le faire garder de toute façon ! »
Une manière de conserver le lien malgré la prison. Il y a trois ans, Chloé est tombée enceinte de son mec toujours incarcéré. Quelques semaines après l’accouchement, elle est venue avec leur fils :
« J’avais besoin qu’il le voit tout de suite. Depuis ils ont une relation très forte. »

Le gamin commence à lui poser des questions. « C’est pas facile d’expliquer la détention à un enfant », reconnait-elle, refusant d’employer devant lui le mot prison. A l’accueil-famille, dans la longue pièce des casiers-consignes, un espace est même aménagé pour les plus jeunes. Des coloriages et des jeux de société sont posés sur des petites tables de couleurs. Plusieurs fois par semaine, des animatrices d’une association d’aide aux familles de détenus propose de s’occuper des enfants pendant les parloirs. Julie, jeune maman rencontrée devant la machine à café, s’étonne du dispositif :
« Je ne veux amener mon fils ni ici, ni au parloir. Je ne veux pas qu’il connaisse cette ambiance de prison. Ce n’est pas une place pour un enfant. »
Alors, elle préfère le tenir à l’écart et raconte au bambin que son père est en déplacement.

JOUR DE SORTIE ET RÉCIDIVES
Depuis l’entrée de la prison, une jeune femme court pieds nus; chaussures compensées à la main. « Ça passe pas sous le portique, ça ne fait que sonner ! » lance la visiteuse en robe noire à une amie assise sur le banc d’à côté. Elle se dépêche de déposer ses chaussures dans son casier et enfile à la hâte une autre paire avant de repartir en courant vers l’entrée des parloirs.

Le mec de Sayah devrait être libéré d’ici la fin du mois. A sa sortie, elle viendra le chercher avec son fils. Et après… ?
« Il faut qu’il trouve un vrai taff, je lui ai dit que c’était la dernière fois. »
A demi-mot, elle avoue qu’il avait déjà fait un passage « éclair » à Fleury quelques années plus tôt. Alors elle se méfie des belles promesses faites entre les murs. « Tu réfléchis beaucoup quand t’es en prison mais quand tu connais l’argent facile, c’est dur de changer. » Elle s’est promis de ne plus revivre ça. « Les parloirs, c’est pas une vie. » La récidive est l’angoisse de beaucoup de compagnes de détenus. « On veut déménager et quitter l’Ile-de-France pour changer d’air », détaille Magda. Ici, il a trop de tentations, trop de mauvaises fréquentations…


Sara se souvient de sa relation avec son ex qui depuis son premier passage derrière les barreaux est retombé plusieurs fois. Déçue par les promesses en l’air, elle met en garde les autres femmes :
« Il me disait tout le temps qu’il allait changer mais la réalité l’a rattrapée. Quand il est sorti, il est parti faire la fête avec ses potes et rattraper le temps perdu… »
Patricia ne connait pas encore la date fin de détention de son mec, mais elle sait déjà qu’ils iront fêter ça dans un petit restau du 13e, « là où on s’est rencontrés la première fois », précise-elle, des lumières dans les yeux. Après 45 minutes de parloir, Magda ressort de la maison d’arrêt avec le sourire :
« Je suis soulagée, ça me fait du bien de le voir. Ce soir je vais bien dormir et je sais que lui aussi. »
Elle se grille une dernière clope et se dirige vers l’arrêt du bus 109 pour rentrer à Paris.

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Re: [Témoignage] Le bus 109 pour Fleury

Message  ThaliaM le Mar 06 Juin 2017, 10:46

Lecture toujours intéressante pour moi;
Merci de votre publication.

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Re: [Témoignage] Le bus 109 pour Fleury

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