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[Point de vue] Radio et prisons

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[Point de vue] Radio et prisons

Message  Tatie le Ven 21 Juil 2017, 09:10



Ils font entrer à l’intérieur la vie de l’extérieur.

Des programmes radiophoniques sont dédiés aux personnes détenues et à leurs familles. Souvent, le principe est le même : Chacun peut appeler pour passer son message à un frère, une fille, un ami en prison, ou juste pour prononcer quelques phrases de soutien. Entre les murs, passent ainsi des mots d’espoir, de souffrance, d’amour. Parfois aussi, les familles dénoncent, témoignent et débattent. Les animateurs eux, reçoivent et accompagnent ces mots, s’effacent ou prennent parti : radio et prison entretiennent ainsi depuis longtemps des liens étroits et nécessaires, indispensables pour certains. Rencontre avec ceux qui tissent ces précieuses relations.


Parfois, cela ressemble à des télégrammes, presque des messages codés. Comme un appel d’Hélène sur le Téléphone du dimanche, de Radio Notre Dame. "Marco est toujours fidèle au poste. Quant à Véronique, son mari a été muté à Menton. Coralie mesure 1m96." En quelques minutes, Hélène voudrait faire entrer dans la cellule de son ami, Eric, l’intégralité d’un monde extérieur qu’ils avaient en commun.
Les appels sont diffusés en direct à l’antenne, et les nouvelles tombent une à une, compactes et froides. Puis tout à coup, Hélène pleure, se confie : "C’est de plus en plus difficile…je t’embrasse très fort…sois courageux Eric".

C’est souvent ainsi au cours de l’émission, le dimanche, entre 17 et 18h : les nouvelles très précises, comme écrites à l’avance pour ne pas en oublier, croisent les confidences et les peines. Certains auditeurs se répondent, comme Mélanie qui "voulait juste dire chapeau à Hélène de tenir le coup comme ça". Elle fait partie de ceux qui appellent uniquement pour délivrer des messages de soutien : "On ne sait pas qui sont toutes les personnes que l’on entend, dont on parle, quels visage elles ont, mais on fait naître un peu de lumière. Qu’un seul tienne, les autres suivront".
Parfois, au simple message d’encouragement, succède un vibrant message d’amour. "Je pense à toi, je t’aime, je crois que c’est de plus en plus", confie Corinne à Emmanuel. Et même si ce n’est pas Emmanuel qui répond, mais Bérangère Gaullier, l’animatrice, qui reprend la parole, ceux qui appellent savent qu’on les écoute. "Je te rappellerai dimanche", entend-on souvent à la fin des messages.

En France, la radio est autorisée en cellule depuis 1975. Le concept du "Téléphone du dimanche", lui, vient des États-Unis. Dans les années 80, la radio des minorités de Houston, le KPFT, proposait déjà une émission pour les familles de prisonniers qui pouvaient diffuser leurs messages à l’antenne. Le jeune lyonnais Daniel Syno, a importé le concept en décembre 1983 sur les ondes de Radio Fourvière, actuelle RCF Lyon. Et la formule s’est étendue à de nombreuses villes.

À Orléans, l’émission diffusée par RCF, et portée par l’association L’Espoir, a fêté ses 20 ans l’année dernière. Dans le milieu, elle est connue pour son dynamisme. "Au début, quand il n’était pas possible de téléphoner en prison, le standard recueillait parfois jusqu’à 70 appels", explique Chantal Nénert, animatrice de l’émission. Puis le téléphone fixe est entré en prison, mais les appels ont persisté. 45 à 50 appels par dimanche. A ce rythme-là, l’heure et demi passe très vite.
Le petit garçon qui a eu de bonnes notes à l’école, le grand-père qui emmène son petit-fils à la pêche, le repas d’anniversaire…toutes les occasions sont bonnes pour décrocher ce téléphone un peu particulier. Car pour Chantal, un appel diffusé durant l’émission est très différent d’un appel téléphonique classique. La radio permet de véhiculer tout un univers sonore : "Quand les fenêtres sont ouvertes, on entend les bruits de la ville, un camion de pompier ou un chien qui aboie. Parfois, on nous appelle depuis une brocante, on entend la vie, le vent", explique l’animatrice.

D’un dimanche à l’autre, certaines familles deviennent des habituées, comme ces parents qui appelaient chaque semaine de Bretagne pour se rapprocher un peu de leur fils, incarcéré à Orléans. "Le monsieur cuisinait beaucoup" se souvient Chantal, "ce couple nous racontait semaine après semaine la culture des haricots, les plats qu’ils faisaient avec…".
Et puis, l’an dernier, leur fils est sorti de prison, et il est passé à l’accueil de la radio. Il est venu dire "merci, sans le téléphone du dimanche, je n’aurais pas tenu trois ans". Ce type de visite n’est pas rare. C’est ainsi que l’animatrice sait qu’elle a des auditeurs. Certains passent des coups de fil pour donner des nouvelles. Une convivialité créée par l’antenne, assure Chantal. Mais son rôle, et celui des bénévoles qui travaillent avec elle, peut aussi être éducatif : "Quand un jeune commence ses phrases par "quand j’irai en prison", il faut lui expliquer combien il aura mieux à faire".

Aujourd’hui, le téléphone portable reste interdit en prison. Pourtant, la majorité des détenus en possède un. Si une dizaine d’émissions radio sur le principe du Téléphone du dimanche existent encore aujourd’hui en France, c’est bien qu’elles permettent autre chose qu’une simple communication. Elles sont aussi d’importants espaces de témoignages sur l’univers carcéral.

Pour Leïla, parler sur les ondes est une façon de protéger son mari, et de témoigner pour tous les autres.

Parler pour protéger

Education, information et surtout dénonciation, c’est la mission que s’est fixée l’Envolée, sur Fréquence Paris Plurielle. Créée en 2001, notamment par l’écrivain Abdel Hafed Benotman, incarcéré à plusieurs reprises pour vols et braquages, l’Envolée fait référence à un certain Georges , qui aurait fait évader ses amis par hélicoptère. Le ton est donné.

Les animateurs parlent sans tabou, eux même ont pour la plupart fait de la prison, et "les auditeurs le savent", assure Sylvie, entrée à la radio depuis plus de deux ans. La radio en prison, elle l’a elle-même expérimentée, et notamment via "Radio Papillon", à Saint-Etienne. Une proche l’appelait durant l’émission, et ne parlait qu’à moi. C’était bien quoi," concède-t-elle.

En prison, Sylvie a rencontré Sylvia, qui participe elle aussi à des émissions de l’Envolée, chaque vendredi, de 19h à 20h30. Les animateurs trouvent toujours un moment pour lire les lettres qu’ils reçoivent : "C’est rassurant de savoir que tu peux écrire, et que ça va être lu à la radio", précise Sylvia. Et les mots, les phrases sont dures, parfois stupéfiantes : "Un climat dangereux, pire qu’en maison d’arrêt, rend mon quotidien invivable", "Il y a une tension constante avec les agents, de nombreuses provocations verbales et physiques. Certains vous empêchent de téléphoner en interrompant la communication sous des prétextes approximatifs", "On a le sentiment de leur appartenir", "Il faut oublier toute idée d’espoir, de justice, d’équité".

Des lettres retranscrites dans le journal papier de l’Envolée, qui paraît plusieurs fois par an. Ainsi pour Sylvie et Sylvia, l’émission sert avant tout à témoigner, à dénoncer le système carcéral. "On se protège, comme ça", assure Sylvie, "on laisse une trace, un témoignage".
C’est aussi l’avis de certains proches de détenus qui parfois, font le déplacement jusque dans les studios de la radio. Leïla par exemple, est venue parler de la situation de son mari. Elle assure qu’il est victime de l’acharnement du personnel pénitentiaire qui lui a cassé le dos en le plaquant au sol. "Elle est où, l’humanité, là ?" interroge Sylvie au micro. Pour Leïla, parler sur les ondes est une façon de protéger son mari, et de témoigner pour tous les autres. Souvent les animateurs assistent aussi au procès des gens qui leur écrivent, certains se rendent au parloir. "Tout cela ça créé forcément des liens" conclut Sylvia.


Entre les murs
Et puis, il arrive que les liens entre radio et personnes détenues soient directs, que la radio entre, elle aussi, en prison. C’est le pari réussi de la journaliste Katia K. Elle a travaillé quatre ans de suite avec des jeunes, au sein de l’Etablissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Marseille et à la prison des Baumettes.
L’idée était d’instaurer ce travail radiophonique sur le temps scolaire, de travailler avec les professeurs, afin de s’insérer dans un cadre éducatif solide pour réaliser des créations sonores avec des groupes de jeunes. Les thèmes ont été choisis d’un commun accord : le son, être adulte, le temps.
Le temps, les jeunes de l’EPM l’égrainent, le distendent, le racontent et le décryptent à leur manière. Une histoire émouvante et personnelle.

"Ils se sont appropriés ce média très facilement", raconte Katia K Le fait qu’il n’y ait pas d’images les a rassurés d’emblée.

Cela n’a pas toujours été facile mais ils ont joué le jeu, ont réfléchi, se sont livrés. "Lorsqu’on a écouté les réalisations, j’ai l’impression qu’ils en ont tiré une certaine fierté", ajoute la journaliste.
Ils ont aussi pu mettre en parallèle un programme scolaire, et leur propre vécu, leurs propres sentiments. Certains ont travaillé sur Antigone, un texte étudié en classe, sur l’idée d’être adulte. Ce travail radiophonique a aussi été l’occasion d’introduire des sons à l’intérieur de l’établissement pénitentiaire, via des séances d’écoute de documentaires sonores, de travaux d’autres jeunes.

Katia conclut : "Cet aller-retour du son, c’est vraiment ce que nous voulions." Par la radio, les paroles de ces jeunes détenus sont donc sorties de prison. Et d’autres sons, d’autres histoires y sont entrées.
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