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[Histoire] La télévision et la radio

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[Histoire] La télévision et la radio

Message  Tatie le Dim 24 Sep 2017, 11:39



La radio ne fit son entrée en prison qu’en 1971. Et la télévision, en 1975, en salles collectives
Elle ne fut autorisée en cellule qu’à partir de décembre 1985, sur une décision du garde des Sceaux Robert Badinter. Comme le souligne son conseiller technique d’alors, Jean Favard, de toutes les mesures prises à cette époque, elle est « sans conteste celle qui a le plus changé la vie quotidienne des détenus » (RSC, 1986, n° 4).
Véritable « fenêtre sur l’extérieur », elle permet de garder un lien avec le monde libre, d’accéder à du divertissement et à l’information. Cependant, faute de stimulation ou d’activités suffisantes en détention, la télévision constitue parfois la seule « occupation » des détenus. Elle est aussi un facteur de tentions en cellule partagée : pour le choix du programme, le paiement, ou les durées d’utilisation. Certains détenus sont obligés de supporter la télévision allumée en permanence par un compagnon de cellule. Son prix de location a également été critiqué. En novembre 2010, deux amendements en faveur de la gratuité de la télévision en prison, soutenus par Robert Badinter, ont été déposés l’un au Sénat, l’un à l’Assemblée, lors du débat sur le budget 2011 du ministère de la Justice. La proposition n’a pas été adoptée. À la place, le ministère a mis fin à l’extrême hétérogénéité des prix de location qui pouvaient atteindre 41 euros par mois, en lançant un programme d’uniformisation des prix à 8 euros mensuels par poste de télévision.


Quelles sont les conditions d’accès à la télévision ?

Les personnes détenues sont autorisées à avoir la télévision en cellule, sauf lorsqu’elles se trouvent au quartier disciplinaire ou qu’une privation temporaire de l’usage de la télévision a été prononcée à leur encontre. La durée de cette sanction disciplinaire ne peut dépasser un mois pour les majeurs, quinze jours pour les mineurs. Les téléviseurs sont généralement loués par l’intermédiaire de l’administration pénitentiaire, mais ils peuvent être également achetés dans les établissements pour peines. À l’égard de certaines personnes, l’administration assure toutefois une mise à la disposition gratuite : les « arrivants », les « mineurs » et les personnes « sans ressources suffisantes », c’est à dire celles disposant de moins de 50 euros par mois. Un seul poste de télévision est admis dans chaque cellule, quel que soit le nombre d’occupants. Les conditions d’utilisation sont définies dans le règlement intérieur de l’établissement. Généralement, il est précisé que « le prêt de téléviseur entre codétenus est interdit », mais également que le poste ne doit pas être démonté ni les branchements modifiés, et que son « usage ne doit pas être gênant » pour les autres personnes sous peine de sanction disciplinaire (faute du 3e degré). Un accès à la TNT et à Canal plus est possible dans tous les établissements, et le choix des programmes est libre. Seuls les mineurs peuvent se voir imposer des restrictions tenant à leur âge : l’accès à certains programmes leur est en principe interdit (pornographie, violence, etc.). En établissements pour mineurs, l’alimentation est coupée à 23 heures, sauf prolongation accordée par le chef d’établissement. Dans la plupart des établissements pour peines, une salle commune est par ailleurs prévue pour un usage collectif de la télévision en journée.
Articles D. 443, D. 444, R. 57-7-3, R. 57-3-33 du Code de procédure pénale ; note DAP du 6 août 2009 relative à l’achat de téléviseurs par les détenus en établissements pour peine ; note DAP du 17 février 2011 relative à l’harmonisation des prestations TV aux personnes détenues.

Quelles sont les modalités de location d’un téléviseur ?

Après l’écrou, des informations sur les modalités d’accès à la télévision et des contrats de location doivent être délivrés aux arrivants. La location des postes de télévision est assurée par des entreprises privées auxquelles l’administration a donné délégation. En vertu d’instructions du garde des Sceaux datant d’octobre 2010, une harmonisation des tarifs de location a été engagée pour aboutir à un prix unique de « 8 euros par cellule et par mois » (N. B. : modifié depuis pour atteindre un prix de 14,15 euros en 2016 ; cf. article R. 541-1 du Code de justice administrative). Depuis le 1er janvier 2012, ce tarif est effectif dans les établissements en gestion publique et le sera dans les prisons en gestion déléguée à partir du 1er janvier 2013. Dans l’attente, le tarif dans ces établissements est de 18 euros par mois. Auparavant, les tarifs n’étaient pas encadrés en gestion publique et pouvaient atteindre 41 euros par mois. En principe, la location est mensuelle et le prix est partagé entre les occupants de la cellule. Toutefois certains établissements fonctionnent par quinzaine. Ainsi si deux personnes occupent une cellule, 4,50 euros sont prélevés tous les quinze jours sur leur compte nominatif (pour le tarif de 18 euros mensuels). Dans les autres cas, la somme due est débitée en fin de mois et, en cas de transfert ou de libération en cours de contrat, le prix est recalculé au prorata des jours d’utilisation. Les contrats de location précisent les charges et obligations des locataires. Ils sont responsables de la « bonne marche » de l’appareil. En cas de dommages causés à l’appareil par un usage anormal ou des dégradations volontaires, leur responsabilité est engagée. Le coût des réparations (ou la valeur de remplacement de l’appareil) leur est imputé et des sanctions disciplinaires peuvent être prononcées (confinement, placement au quartier disciplinaire pour sept jours maximum, privation de l’usage de la télévision pour un mois, etc.).
Articles R. 57-3-3, R. 57-3-33 et R. 57-3-37 du Code de procédure pénale ; note DAP du 17 février 2011 relative à l’harmonisation des prestations TV aux personnes détenues.

Quelles sont les modalités d’achat d’un téléviseur ?

La possibilité d’acheter un téléviseur est réservée aux personnes détenues en établissements pour peines. L’achat se fait en « cantine », et il est préalablement soumis à l’autorisation du chef d’établissement. Avant de donner son accord, celui-ci doit « vérifier que le détenu dispose de fonds suffisants sur son compte nominatif » et qu’il « ne possède pas déjà d’autre poste de télévision (un détenu n’est autorisé à ne posséder qu’un seul poste) pour des raisons de lutte contre l’encombrement des cellules et contre le trafic ». S’il « s’agit de remplacer un poste ancien », ce dernier devra être préalablement « restitué et déposé au vestiaire », puis, remis, le cas échéant, « à la famille du détenu ». Par ailleurs, tous les types de téléviseurs ne sont pas autorisés. Afin de « limiter l’encombrement des cellules » et « faciliter les opérations de contrôle » ou « manutention », les appareils doivent répondre à certaines caractéristiques : ils doivent être de « type écran plat », la diagonale de l’écran ne doit pas dépasser « 53 centimètres » et le poids ne pas excéder « 8 kg ». Certains établissements proposent plusieurs modèles en cantine, d’autres n’en offrent qu’un seul. Les prix oscillent généralement entre 200 et 380 euros. L’achat d’un téléviseur implique, « pour son propriétaire, l’acceptation de son raccordement au réseau de diffusion interne de l’établissement et donc du paiement d’une contribution ». Cette contribution qui permet d’accéder à la TNT et au bouquet de chaînes payantes de Canal plus a été fixée à 13 euros par mois. L’acquisition d’un poste entraîne également l’assujettissement « au paiement de la redevance audiovisuelle » une fois par an (125 euros environ pour la France métropolitaine et 80 euros pour les départements d’outre-mer). Les personnes dont le « revenu fiscal de référence » (qui figure sur les avis d’imposition) est égal à zéro en sont toutefois exonérées. Le non-paiement de ces différentes cotisations peut entraîner le prononcé des sanctions disciplinaires applicables aux fautes du 3e degré, notamment le retrait de l’appareil pour une durée d’un mois. En cas de transfert, le transport de la télévision est effectué « par une société de transport privée » aux frais du détenu. Toutefois, si « les conditions matérielles de transfert le permettent et que le détenu le sollicite », l’administration pénitentiaire peut acheminer elle-même le poste de télévision. Dans ce cas, le détenu est « informé de ce que l’administration ne pourra être tenue pour responsable d’éventuels dégâts survenus à l’occasion du transport dans les véhicules de l’administration ».
Articles R. 57-3-3 et R. 57-3-33 du Code de procédure pénale ; articles 1605 et 1605 bis du Code général des impôts ; note DAP du 6 août 2009 relative à l’achat de téléviseurs par les détenus en établissements pour peines.

Qu’est-ce que le « canal vidéo interne » ?

Le « canal interne » est un circuit de diffusion audiovisuel propre à l’établissement pénitentiaire. Les personnes reçoivent les émissions sur leur téléviseur, sur une chaîne réservée aux programmes de la prison. Le plus souvent, il s’agit d’informations générales sur l’établissement (activités proposées, présentation des intervenants, des différents services, etc.). Mais il peut s’agir aussi de montages d’informations réalisés par des détenus dans le cadre d’ateliers vidéo ou de films en DVD. Selon les directives de la Direction de l’administration pénitentiaire, la sélection des documents diffusés doit tenir compte de la mission de réinsertion de l’administration : les films pornographiques ont ainsi été interdits de diffusion sur le « canal interne » par une note du 26 février 1996. Des détenus travaillant au « service général » assurent généralement le fonctionnement du canal, avec l’aide de professionnels de l’image. Selon les directives de la Direction de l’administration pénitentiaire, la sélection des documents diffusés doit tenir compte de la mission de réinsertion de l’administration : les films pornographiques ont ainsi été interdits de diffusion sur le « canal interne » par une note du 26 février 1996. Des détenus travaillant au « service général » assurent généralement le fonctionnement du canal, avec l’aide de professionnels de l’image. Selon le ministère de la Justice, « 36 établissements ont un canal vidéo interne actif ». Pour le contrôleur général des lieux privatifs de liberté, « le canal vidéo interne est sous-utilisé dans les établissements alors que son coût est important. Il y tient une place modeste alors qu’il serait possible, par ce biais, de tourner et de monter de petits films pour valoriser les productions des détenus ». Il pourrait également « servir de relais à la diffusion pour l’ensemble de la population pénale des cours d’enseignement dispensés à un petit nombre de détenus dans une salle de classe ».
Note DAP du 26 février 1996 ; ministère de la Justice, de la culture, site internet, 25 mai 2010 ; CGLPL, rapport d’activité 2009.

Quelles sont les conditions d’accès à la radio ?

Toutes « les personnes détenues peuvent acquérir par l’intermédiaire de l’administration pénitentiaire » un « récepteur radiophonique ». Cependant, les appareils munis d’un système d’enregistrement sont interdits. Généralement, plusieurs modèles, plus ou moins perfectionnés (lecteur de CD ou de cassettes intégré) sont proposés à la vente par la « cantine » de l’établissement. Les prix peuvent osciller entre 16 et 120 euros selon les modèles. Les conditions d’utilisation des récepteurs sont définies dans le règlement intérieur de l’établissement. Généralement, il est précisé que l’appareil « doit être utilisé de façon à ne pas gêner les codétenus et ne pas troubler le bon fonctionnement de l’établissement, sous peine d’être retiré ». La violation de cette interdiction peut entraîner le prononcé des sanctions disciplinaires applicables aux fautes du 3e degré, et notamment la privation de l’appareil pendant une durée d’un mois maximum. Le règlement intérieur précise également qu’en cas de transfert « les appareils achetée dans un autre établissement ne sont remis au détenu qu’après contrôle de l’appareil et présentation d’un justificatif » de propriété (bon de garantie, facture).
Articles R. 57-7-3, R. 57-7-33 et D. 444 du Code de procédure pénale ; circulaire DAP du 30 décembre 2009 relative à l’accès à l’informatique pour les personnes placées sous main de justice.

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Re: [Histoire] La télévision et la radio

Message  Tatie le Mar 07 Nov 2017, 09:23

La télévision a fait son entrée dans les cellules des détenus français en décembre 1985. L'amendement ayant permis cette situation n'avait à l'époque pas été accueilli favorablement par le grand public, qui reprochait aux autorités la transformation des centres pénitentiaires en "prisons quatre étoiles". Aujourd'hui, regarder la télévision en prison est devenu une occupation banale dans la vie quotidienne des cinquante-cinq mille détenus en France.

Le temps

En détention, la question du temps est centrale. Il existe des décalages importants au niveau de la perception du temps, que ce soit entre individus, ou entre le "dedans" et le "dehors". Le temps est réglé : les repas du midi et du soir doivent être espacés d'au moins six heures, la durée de la promenade (non obligatoire) est d'au moins une heure par jour, la durée de l'enfermement de nuit ne doit pas dépasser douze heures, l'extinction des lumières est obligatoire pour les mineurs les soirs de diffusion de films pornographiques à la télévision… Mais la question essentielle, qui n'est pas toujours posée, est : "Que faire de ce temps ?"…
"Comment est-ce que je vais passer ce temps, cette peine ? Ici, je me retrouve face à moi-même. Il faut profiter de ce temps obligé pour faire une analyse de moi-même. Or, la télévision n'arrange pas ce coup-là. La télévision c'est avant tout du brouillage de la réalité" A. M., La Santé
La télévision est indiscutablement un instrument à faire passer le temps : son introduction a fait baisser la violence et la consommation de médicaments. On pourrait facilement en déduire qu'elle contribue à l'abrutissement des détenus : on ne peut pas négliger le fait que sa présence permet aux surveillants, un corps de métier difficile et désabusé, de travailler avec plus de sérénité - même si, pour les personnes incarcérées à plusieurs en cellule (70 % des cas), les désaccords sur les programmes à regarder sont fréquents. Mais la télévision aide-t-elle à purger sa peine ? "En ce qui me concerne, j'ai passé 24 ans de ma vie en prison. Donc, j'ai connu avant la télévision et après la télévision," explique B. L., détenu à la prison de la Santé et membre d'un atelier audiovisuel expérimental. "Avant la télévision, c'était une heure de promenade par jour ; le courrier, le sport, un peu de lecture. Tout était rythmé par les repas, la distribution du courrier et la solitude…Chacun avait sa façon face à la solitude. […] Pour moi, à cette époque, j'avais l'impression que les journées étaient très courtes. J'avais l'impression de faire les journées plus facilement que maintenant. Maintenant, avec la télévision, j'attends toujours quelque chose. J'attends les informations, j'attends le film du soir. Même si la prison semble plus souple maintenant, les journées semblent plus longues."
Cette télévision qui fait si bien passer le temps, le fait passer passivement. Les journées s'enchaînent et avec elles, l'impression de n'avoir aucune prise sur le temps. Les mêmes problématiques me direz-vous que pour des personnes non détenues ! Faciliter sa peine en prison, c'est rentrer dans les règles, au point souvent de l'infantilisation totale ; et pour se "normaliser", quoi de mieux que la télévision ? "La télévision essaie d'adoucir le dispositif carcéral en offrant une espèce d'évasion. Mais cette évasion-là c'est un leurre […] La télévision normalise ma pensée, enferme ma pensée dans des rails bien précis." A. M., La Santé

L'accès à la télévision
En prison, rien n'est gratuit. Par conséquent, si une personne détenue souhaite regarder la télévision, elle doit louer un poste. Le tarif est variable d'un établissement à un autre : compris entre 12 et 46 euros par mois, il est supérieur à ce qui se pratique "à l'extérieur". Parmi les achats, la télévision représente le troisième poste de dépenses des détenus (soit plus que les dépenses consacrées à l'hygiène (1)). L'accès aux programmes diffusés (chaînes hertziennes et Canal+ si le détenu s'y abonne) ne subit aucune restriction de contenu : les détenus sont autorisés à regarder les programmes de leur choix.

La réinsertion
Près de la moitié des détenus condamnés en France sont emprisonnés pour des peines supérieures à 5 ans. En 5 ans, sans avoir d'acquis ou d'expériences positives et utilisables, on peut imaginer sans trop s'avancer que le retour à la vie du "dehors" peut facilement être catastrophique.
Quand on pense qu'en moyenne, les détenus ont en France un niveau scolaire équivalent au primaire, cela constitue une indication importante sur la nécessité de la formation. Au-delà de la dimension symbolique de la privation de liberté, de la notion de réparation envers les parties civiles et de la mise "hors d'état de nuire" des personnes "dangereuses", la réinsertion des personnes incarcérées, qui devront un jour ou l'autre trouver leur place dans la société, est peut-être la seule et unique justification réelle du système pénitentiaire. La passivité qu'induit la télévision est-elle en fait un frein supplémentaire à la réinsertion ? Il est demandé aux directeurs de prison de veiller à ce que l'usage de la télévision ne constitue pas un obstacle à la bonne marche des ateliers de travail ou de formation, ni à la fréquentation des cours d'enseignement et autres activités. Mais, comme l'explique un surveillant : "Il y a peu de détenus qui suivent des formations. Par exemple, la prison d'Alsace regroupe environ 3900 détenus. Un tiers suit une formation, qui n'est obligatoire que pour les mineurs de moins de 16 ans. Les détenus travaillant, ne peuvent pas suivre une formation, à cause des horaires. De plus, le travail est mieux rémunéré que les formations." Dans les faits, l'administration pénitentiaire est dépassée par la réalité de la réinsertion (qui n'est d'ailleurs pas une priorité dans un certain nombre d'établissements) et par les lourdeurs administratives - la télévision fonctionne alors comme un palliatif.

Dedans/dehors
La fenêtre sur l'extérieur que constitue la télévision permet aussi de préserver un lien avec l'extérieur, mais de quel lien s'agit-il ? Pour les longues peines, cette question est essentielle, car une personne emprisonnée pendant plusieurs années aura suivi, même passivement, les évolutions de la société - le décalage sera donc minimisé. L'Internet, la musique, la politique, le passage à l'euro… La télévision donne accès à une multitude d'informations sur ce qui se passe dehors et peut aussi tout simplement être un sujet commun de conversation avec ses proches : "Je suis quelqu'un qui ne connaissait pas la télévision avant d'être en prison […] Maintenant, à cause de la prison, la télévision est devenue quelque chose qui permet de communiquer avec l'extérieur. On en discute, ça peut être des films ou un reportage ou autre chose ?" F. T., La Santé
Mais si la télévision, excepté les proches, est le seul lien avec l'extérieur, quelle représentation peut-on garder de la société ? Au mieux, des tranches de vie, des rencontres, des analyses, du divertissement. Au pire, les informations représentant la tolérance zéro, la survalorisation du travail, l'éloge de la société de consommation, tout ce qui peut marginaliser encore plus ceux qui le sont déjà. Ou encore la télé réalité, une caricature de la vie : quel paradoxe que de regarder une émission comme Loft Story en détention. L'incarcération serait-elle un jeu ? Ne nous trompons pas… "Les lofteurs sont surveillés en permanence, c'est vrai, mais je n'ai jamais vu de lofteur se prendre un rapport d'incident et aller au mitard… Les couples se forment, comme en prison, mais prennent-ils le risque d'être séparés ? Au moins les lofteurs ont le choix entre les garçons et les filles…" A. C., Rennes
De même pour l'image qu'on projette de la personne incarcérée, que ce soit par le biais de fictions ou d'informations. Car les détenus qui peuvent s'exprimer à la télévision le font dans des conditions contraignantes : manque d'habitude (tout comme la plupart d'entre nous) de ce média impressionnant - les réalisateurs se concentreront donc sur ceux qui peuvent s'exprimer clairement. Inquiétude également des retombées de ce qu'ils peuvent dire sur le reste de leur peine. Entrent en jeu surtout les nombreuses contraintes administratives ; par exemple, même s'ils sont d'accord pour être filmés, on est désormais pratiquement systématiquement obligé de masquer le visage des détenus.
La prison est un marronnier de la télévision, les détenus de "bons clients". Mais la majorité des sujets relate difficilement la vie en détention : dans de nombreux films on n'aborde l'enfermement que de manière superficielle, l'idée même de ce temps qui passe lentement étant incompatible avec le rythme effréné des formats télévisuels.

Action
La télévision peut être un anesthésiant, mais il serait évidemment trop facile de la condamner sans appel et trop naïf de lui attribuer les maux qui sont inhérents au système carcéral et au contexte social. La télévision, la caméra, peuvent être des outils puissants en milieu fermé et il existe des canaux internes dans un certain nombre d'établissements, aussi bien que des expériences audiovisuelles intéressantes, notamment avec des ateliers sur la télévision permettant de transformer cet outil passif en un instrument d'expression. En 1983, sur une idée du réalisateur et enseignant de cinéma documentaire Alain Moreau, les "Vidéolettres" apparaissent à la Maison d'arrêt de La Santé à Paris. Ces correspondances permettent aux détenus de communiquer avec leurs proches grâce à des réalisations vidéo, de s'exprimer sur leur vie en prison. Cette initiative s'élargit en 1990 grâce à l'ouverture de huit centres de ressources audiovisuelles en prison, parmi lesquels celui de la Maison d'arrêt de La Santé, qui se dote d'un matériel audiovisuel de production. L'administration de la prison autorise la diffusion, sur le canal interne, de programmes réalisés par les détenus encadrés par une équipe de professionnels de l'audiovisuel. Cette télévision locale interne, Télérencontres, diffuse en moyenne six heures de programmes par jour. L'aventure continue à La Santé, mais aussi au Centre Pénitentiaire de Marseille-les Baumettes, où des modules de formation audiovisuelle sont proposés aux détenus.

Les questions que soulève l'incarcération physique en appellent d'autres sur l'enfermement de la pensée dans des "formats". Certes, la télévision est un outil formidable si on connaît ses contraintes et si on a une chance d'accéder, ne serait-ce qu'à un petit niveau, au pouvoir qu'elle détient. En ce qui concerne les détenus (ou devrais-je tout simplement employer la dénomination de "critiques télévisuels") cités dans cet article, ils prouvent que des actions sur ce média peuvent déclencher de véritables réflexions et provoquer un écho sur nos comportements de personnes libres. Libres de regarder, de critiquer et d'éteindre. A moins que nous ne soyons tous des prisonniers de la télé…


(1) Certains détenus travaillent (pour la plupart, il s'agit de travaux d'ouvriers payés entre 3 et 5 euros de l'heure), d'autres suivent des formations rémunérées, et d'autres n'ont aucune activité. 50 % des revenus (qu'il s'agisse des revenus du travail ou d'éventuelles allocations) sont consacrés aux achats, 10 % sont réservés aux parties civiles, 30 % retenus par l'administration pour "frais d'entretien" et 10 % réservés au "pécule de sortie".

Les citations sont extraites d'un document non publié : Télévision en prison, rédigé par Maryse Borettaz, Gérard Leblanc et Alain Moreau dans le cadre du protocole interministériel Culture/Justice en 1999. Ce document rend compte des expériences télévisuelles à la prison de La Santé à Paris. Les personnes citées ont toutes participé aux ateliers audiovisuels de la prison
.

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Re: [Histoire] La télévision et la radio

Message  Tatie le Mar 07 Nov 2017, 09:30

Comment la télé à –t-elle été perçue par certains prisonniers ? C’est la question que l’ont peut se poser.
Pour répondre en partie à la question, nous publions le texte qui suit.
Il fut écrit par une personnes détenue à la centrale de Clairvaux, le 7 juillet 1986. Ce prisonnier a vécu l’arrivée des postes de télé dans les prisons en décembre 1985 :

"Déconnecter les prisonniers du réel

On peut penser, à juste titre, que l’apparition de la télévision dans l’univers clos et cloitré des prisons, est un évènement de première importance, ce qui est incontestable et si l’on se place dans une dimension essentiellement relative aux conditions de détention, c’est assurément une révolution, comme le furent les congés payés dans le monde salarié des années 30.

Un plus, en quelque sorte dans l’enfer quotidien, distillé savamment.
Mais si, comme il est apparu qu’il faille élever le niveau de la qualité de la vie du monde ouvrier, par un accroissement et une amélioration de son confort, pour désamorcer et étouffer dans l’œuf le processus révolutionnaire, qui avait enflammé une bonne partie de l’Europe - L’histoire de ce premier quart de siècle est riche de mouvements sociaux et de pratiques révolutionnaires - Il apparaît également aujourd’hui, que l’ont puisse de même, réduire et canaliser les tentions au sein des prisons, en augmentant sensiblement le confort des détenus. Confort prohibitif, si l’ont en juge par les prix en vigueur dans les établissements pénitentiaires :
Exemple : Clairvaux, télévision couleur 250 francs / mois (environ 37 €), télévision noir et blanc 180 francs /mois (un peu moins de 30 €).

L’image, quasi mythique, d’ouverture de la liberté symbolisée par le phénomène audiovisuel que stigmatise la télévision, donne bien la mesure de se bouleversement au sein de la taule et des consciences taulardes. Mieux que l’hypothétique et abrutissante fuite dans les bouquins de cul, plus efficace que les quelques heures consacrée aux activités physiques, moins flippant que les gamberges fantasmatiques et répétitives, le rêve à porté de la pogne.

Profusion d’images et d’imageries soigneusement dosées, pour flatter les gouts, tout les gouts du téléspectateur de base, t’as juste à appuyer sur le bouton, sur celui ci ou sur tel autres et voici que t’arrive en pleine poire, un concentré, un patchwork de sensations, d’émotions, de pulsations et de pulsions plus ou moins fortes, plus ou moins violente, plus ou moins seines, plus ou moins claires.

La télé comme chez soi, avec vue sur la réinsertion en voix off, de quoi effectivement faire les beaux jours des lendemains qui chanteront.
On comprend mieux le silence général observé par les syndicats de la matonnerie, toujours prompte à aiguiser le couteau et allé au cri, dès que pointe à l’horizon les légitimes et précieuses revendications gueulés par les détenus.

On comprend aussi pourquoi et d’autant mieux, la télé et pas la conditionnelle, pourquoi la télé et pas les permissions, pourquoi la télé et pas le décloisonnement, pourquoi la télé et pas la possibilité de regroupements et de réunions, pourquoi la télé et la perspective des 10, 12, 15, 18, 30 ans de sureté, pourquoi la télé et la future loi sur les repentis. Tant dans les affaires dites de terrorisme que de banditisme. Pourquoi la télé et très assurément la réouverture officielle des Q.H.S avec ses cohortes de placements systématiques sur des critères aussi farfelus qu’illégitimes. Pourquoi la télé et le refus de la sexualité, pourquoi la télé et pas la possibilité de l’information choisie et désirée.

Censures politiques de certaines revues, certains textes, certains journaux.

Indépendamment de l’aspect purement jouissif et immédiat du phénomène télé, il y a au-delà, une volonté délibérée, de réduire les détenus à l’état d’être déconnectés du réel, mais aussi du rêve consommable et non le rêve imaginaire. Passif et consentent, replié sur eux-mêmes, forcés de fonctionner d’après les clichés et les schémas véhiculés par le contenu programmé, avec cette circonstance aggravante, que son expérience se trouve confrontée au vide, puisque le nec le plus ultra de cette innovation, est d’isoler chacun dans l’univers de ses propres fantasmes.

La tentation est bien trop forte pour que les comportements n’agissent pas en fonction de l’offre. Il me semble que c’est là, les prémices d’une pacification d’une grande envergure et le couvercle de la marmite, a trouvé la son plus sur verrou.
A moins qu’a l’usage, le rêve en boite n’apparaisse sous son vrai visage, celui d’un gadget mystificateur et que leur utilisateur ne s’en lasse. Rien n’est moins sur.
On s’habitue vite à son bourreau".


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»re: [Histoire] La télévision et la radio

Message  Atipika le Mar 07 Nov 2017, 14:55

Bonjour, on se rend compte dans ce mot du détenu que visiblement la télé est plus ou moins considérée comme les nombreux cachets (calmants, somnifères et compagnie) qu'on est prêt à leur donner à profusion, un moyen de faire régner le calme dans les prisons...
En effet rien de tel que des personnes, détenues ou pas d'ailleurs, abruties par des images et du son devant lesquelles on a le moins possible à réfléchir pour obtenir le calme d'une population.
Mais si l'on voit le côté positif ça permet quand même à tous ceux qui y ont accès d'avoir des nouvelles du monde extérieur et pour les plus seuls d'entre eux c'est peut-être même le seul moyen de savoir comment le monde évolue, histoire que le choc soit moins grand à la sortie, si sortie il y a...
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Re: [Histoire] La télévision et la radio

Message  mimi93 le Mar 07 Nov 2017, 23:42

BONSOIR;

oui je pense que la tv est importante;pour gérer le temps,qui parait plus long;

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Re: [Histoire] La télévision et la radio

Message  Mehdigwen le Mer 08 Nov 2017, 23:23

Bien triste que la télé puisse être une fenêtre sur l'extérieur (et vu ce qui passe à la télé, quelle type de fenêtre en plus !)
Je pense que les besoins réels ne sont pas d'avoir une télé mais que le "dehors" puisse rentrer plus facilement en prison, que les peines ne s'étendent pas à l'infinie (ce qui permet d'être moins déphasé avec l'extérieur), qu'il y ait bien plus de possibilités de travail, formation, sport, création, des temps et des moyens pour réfléchir à ses actes .....

Ce qui me marque dans ces différents articles (et ailleurs aussi),c'est que les personnes incarcérées qui s'expriment trouvent bien plus de d'inconvénients que d' avantages d'avoir une télé en cellule, l'une d'elles dit même que depuis qu'il y a la télé, la journée semble plus longue qu'avant sans télé. D'autres pensent-elles différemment ?

L'essentiel de ce qui est évoqué dans ces articles est valable aussi à l'extérieur mais c'est probablement encore plus prégnant à l'intérieur.

Malgré tout le "mal" que je pense de la télé, je ne me permettrais pas de dire qu'elle ne devrait pas être dans les prisons puisqu'à l'extérieur la majorité des personnes font le "choix" de vivre avec. (nous sommes encore bien peu à faire le choix de ne pas avoir de télé)  
Cependant il me paraît important que ce soit les 1ers concernés, donc les détenus, qui réfléchissent ensemble, fassent des propositions ... pour une gestion (ou des gestions) du temps de télé .... (encore faudrait-il qu'ils aient le droit à la parole, au collectif ....)

Mehdigwen
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Re: [Histoire] La télévision et la radio

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