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[Discussion] Le mitard ou cellule disciplinaire

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[Discussion] Le mitard ou cellule disciplinaire

Message  ZawjatuWalid le Ven 03 Nov 2017, 14:58

Le mitard, un analyseur de la discipline pénitentiaire


LE MITARD, Une approche sociologique de la discipline pénitentiaire
Gérard Lambert, Docteur en sociologie

" Impressions, soleil absent

MITARD [mitar] n.m. (1884, dans Esnault ; de l’argot mite, mitte
« cachot », 1800, p.-ê. de cachemitte (1725), dér. argotique de cachot,
d’après Esnault)
Argot. Cachot, cellule disciplinaire, dans une prison. Etre condamné à
huit jours de mitard. Au mitard.
(dictionnaire culturel Le Robert sous la direction d’Alain REY)
.

Un espace de cinq mètres sur trois, éclairé par une fenêtre dont les carreaux de
verre scellés, tout à la fois masquent la vue sur l’alentour et interdisent l’aération du
lieu. La ventilation est assurée par une installation électrique qui ne laisse aucune
chance au souffle printanier du vent d’avril, pas plus qu’aux odeurs de la ville toute
proche. Un plafonnier installé de l’autre côté de la grille, dans le sas qui sert d’accès
obligé, jette sa lumière falote dans la pièce. Le lit est scellé au sol, une tablette fixée au mur. Pas d’autre mobilier. Ni T.V, ni radio. Dans un coin, des W.C métalliques
dépourvus de lunette. Par pudeur élémentaire, en prévision de ma visite, l’occupant des lieux les a recouverts d’une serviette. Les murs ici sont peints en jaune. Ils pourraient être verts, ou bleus ou gris, de l’une ou l’autre de ces couleurs de la palette
administrative qui s’y entendent pour ajouter à la tristesse qui poisse partout les lieux de collectivité. Ils sont jaunes, lisses, tout juste ripolinés et déjà ornés de quelques pensées fortes, gravées dans la peinture comme un vade-mecum de la révolte et de l’ennui : « le mitard sent la civière, moi je rêve de baiser l’infirmière », « à part faire des pompes, fumer des joints, ce branler et cogiter : rien de spécial », « les flics noirs son des pigeons », « K. issu des quartiers meurtriers ». Si le crime est revendiqué, les fautes garanties d’origine désignent les victimes : l’orthographe d’abord, et ceux qui la
martyrisent de la sorte pour confier leurs états d’âme à la postérité carcérale.

À propos des dimensions de la pièce, un chef de détention précise : « c’est peut-
être bien le mitard le plus spacieux de France ». Cinq mètres sur trois et encore : coupé aux deux tiers par une grille appliquée sur des barreaux qui en auraient à raconter, l’espace a toutes les allures d’une cage ; il faut toute l’ironie qui marque le plus souvent les échanges entre détenus et surveillants pour l’appeler « la suite » (« on l’a installé dans sa suite » est une façon courante pour les surveillants de rendre compte de leur travail, au retour du quartier disciplinaire où ils viennent de transférer un prisonnier). Si l’on dit aussi facilement « en cage », « au trou ! », plutôt que d’user de l’appellation officielle « quartier disciplinaire », c’est que la simplicité de l’argot pénitentiaire traduit sans doute plus immédiatement – et plus brutalement aussi – la réalité du lieu.

C’est aussi par le silence que se définit le mitard. Un silence toutefois alourdi par la
rumeur venue des autres quartiers où l’on crie, on s’interpelle, d’une cellule à l’autre ou dans la cour de promenade à l’heure d’une partie de foot. Chargé de l’écho des
conversations de couloirs auxquelles on n’est pas convié, le bruit des clefs et les déclics électriques incessants de l’ouverture des grilles commandée depuis le poste central. Un silence qui n’a rien de reposant en fin de compte, ni de très rassurant quand il se fait total, froid, écrasant.

Il est temps alors d’allumer une cigarette (les prisons sont sans doute restées les lieux les plus enfumés du pays, où les campagnes anti-tabagiques démontrent leur
inefficience…). Pour cela, il faut se lever et tendre la main à travers un mince espace
aménagé à cet effet dans le grillage, vers la résistance encastrée dans le mur. La
possession d’un briquet ou d’une boite d’allumettes est prohibée par mesure de sécurité : il arrivait trop souvent, avec parfois des conséquences dramatiques, que des condamnés mettent le feu à leur matelas pour protester contre leur isolement."
[
Gérard Lambert
26 septembre 2014


Un de vos proches a-t-il déjà été au mitard ? Vous a-t-il raconté ce qu'il en est réellement ? Vous a-t-il confié ses ressentis, ses sentiments à propos de son "séjour" en cellule disciplinaire ? Ou au contraire a-t-il préféré ne pas en parler ?

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Re: [Discussion] Le mitard ou cellule disciplinaire

Message  ZawjatuWalid le Ven 03 Nov 2017, 15:06

Je re-poste mon témoignage qui n'était pas à sa place dans un autre post :

"En 5 ans et demi de prison, mon conjoint a écopé en septembre, pour la première fois, de 20 jours de mitard pour un fait ni de violence physique, ni de violence verbale envers qui que ce soit. Lorsqu'il est passé au prétoire, il l'ont emmené directement. Il m'a clairement dit que durant toutes ses années, il n'a jamais vécu d'humiliation pareil. Il voyait une autre face de la prison. On l'a humilié devant même les autres détenus, les surveillants l'ont "violenté". Bien sur, rien ne peut le prouver. Comme il dit c'était un mauvais moment à passer. "



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[Discussion] Le mitard ou cellule disciplinaire

Message  Atipika le Lun 15 Jan 2018, 14:10

Ma compagne vient de prendre 15 jours de Quartier Disciplinaire dont 7 en sursis car ils ont trouvé un sachet de poudre blanche analysée par le laborantin comme des amphétamines alors qu'il s'agissait de levure boulangère....
Bref, elle se retrouve dans des conditions qui s'apparentent pour moi à de la torture : enfermée dans une cave (sans aucune fenêtre), sans eau chaude ni télé ni cantine hormis le tabac. Une promenade seule dans une cour grillagée au dessus.
Elle n'a eu aucune défense le jour du prétoire, pas d'avocat donc pas de possibilité de demander une contre expertise du produit trouvé.
Qui plus est je trouve ça particulièrement limite au niveau inconscience de l'enfermer dans un endroit pareil alors qu'elle est gravement malade et doit subir une opération lourde du cœur le 21.01. Je sais qu'elle sort de ce QD jeudi et je n'en dors pas de la nuit, espérant chaque jour qu'il ne se passe rien de grave d'ici son retour à la détention normale.
Vu ses explications je comprends mieux pourquoi beaucoup de suicides se produisent dans ce lieu de torture qu'est le QD.
Il(elle)s sont traité(e)s comme des animaux, on leur enlève tout le peu qu'il(elle)s ont déjà en détention, il(elle)s n'ont aucun moyen de prévenir personne.
Je trouve cette "punition" totalement archaïque et vraiment limite au niveau du respect des droits de l'Homme.
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Re: [Discussion] Le mitard ou cellule disciplinaire

Message  Gustave Kinck le Mar 16 Jan 2018, 15:00

Atipika, ce n'est pas le cas de toutes les prisons mais certaines encore en France, en détention "normale", les cellules n'ont pas l'eau chaude, par conséquent une personne n'ayant pas de moyens sera obligée de boire son café soluble, donné le soir pour le petit déjeuner, froid de chez froid. Et le tout dans des cellules avec une lucarne en hauteur avec barreaux et grillages (type caillebotis) par dessus. Bon c'est pour éviter les yoyos mais niveau vision ça abime la vue fortement à la longue.

Bon courage à ta copine, surtout pour son opération et à toi reste forte et optimiste Wink

Gustave Kinck
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[Discussion] Le mitard ou cellule disciplinaire

Message  Atipika le Mar 16 Jan 2018, 16:14

Bonjour Gustave, merci pour tes encouragements. Je ne savais pas que de telles conditions pouvaient être vécues en détention "normale", les prisons françaises sont vraiment un scandale à elles toutes seules!
Il faut bien du courage et de la volonté pour subir tout ça et c'est indigne d'un pays comme le nôtre qui se dit "le pays des droits de l'Homme"!
L'argent du budget alloué à la construction de nouvelles prisons devraient l'être en priorité à la réfection de ces lieux vétustes et où on ne mettrait même pas un chien...
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Re: [Discussion] Le mitard ou cellule disciplinaire

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