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[Témoignage] il s'engage auprès des jeunes

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[Témoignage] il s'engage auprès des jeunes

Message  Tatie le Lun 11 Déc 2017, 11:00



Après être passé par la délinquance, Yazid travaille aujourd'hui dans la prévention, intervenant en prison, en institut de travail social et enseignant à l’université. Il est au contact de ces jeunes que l'on ne voit jamais, que l’on écoute pas, que l'on ne veux pas voir et que l'on délaisse.

Entretien avec Yazid Kherfi, consultant en prévention urbaine.


Yazid, après avoir commis plusieurs délits, tu vis ta première incarcération en 1978 à l'âge de 19 ans au sein de la prison de Nantes, comment vit-on sa première détention ?

« D'abord, c'est tout à fait normal d'aller en prison. Il y a des lois, on ne les respectait pas. J'ai commis quelques délits, je me suis fait attraper et j'ai perdu. Mais j'ai toujours assumé. Il y a la sanction qui tombe. Le problème de la prison, c'est que ça endurcit le délinquant. Si on te met avec d'autres délinquants, comment veux tu retrouver le bon chemin ? Essaie de répondre à cette question : comment un jeune peut sortir de la délinquance en le mettant entre 4 murs avec d'autres délinquants ? C'est presque impossible. En prison, on se fait des amis, on t’apprend à mieux voler et tu sors parfois avec plus de haine. »

Est ce qu'il y a un facteur précis qui fait rentrer un jeune dans la délinquance ?

« Non c'est un tout. Déjà il y a un choix. On n'est pas obligé de voler, on est avant tout responsable de ses actes. La délinquance est un choix par défaut. Ensuite, il y a une diversité de facteurs : Il y a l'environnement dans lequel on vit, il y a l'échec scolaire, les relations sociales, la pauvreté, les difficultés familiales et un grand problème de mal-être. Lorsque l'on est en manque de repère, en manque de soutien, lorsque l'on a jamais été valorisé, lorsque l'on subit beaucoup de difficultés, alors la colère peut prendre le dessus et se retourner contre les autres. Il a y donc de nombreux facteurs cumulatifs qui te permettent de choisir le chemin de la délinquance, mais ça reste un choix. »

Ensuite en 1981, tu commets un braquage à main armée. La police t'a arrêté 4 ans plus tard. Aujourd'hui encore, il y a une mouvance qui défend le fait que la justice est trop laxiste. Qu'il faut privilégier la répression plutôt que la prévention, qu'en penses tu ?

« C'est totalement absurde. La justice est plus dure qu'avant ! Les peines augmentent de plus en plus, il y a peu d’aménagement de peine et les conditionnelles sont souvent refusées… Un des problèmes en France est que l'on met beaucoup d'argent dans la sécurité au dépend de la prévention. On écoute toujours les conseils des soi-disant « expert en sécurité » auto-proclamé mais rarement les experts en prévention. Pourquoi ? Car la sécurité, c'est très politique. Mettre des caméras et des policiers dans la rue ça se voit, les gens disent alors que le maire se préoccupe de notre sécurité. Ce qui montre que les politiques sécuritaires font gagner des voix aux élections mais ne diminuent pas l’insécurité. N'y a t-il pas un problème dans la vision que l'on a de la délinquance ? L’argent que l’on met dans la sécurité se fait toujours au détriment de la prévention. Se protéger avec des mesures sécuritaires, c'est bien, mais éviter que les gens deviennent des délinquants c’est encore mieux. Il est donc urgent de mettre plus de moyen dans la prévention. »

Est ce que tu ne trouves pas que les personnalités politiques essaient surtout de nommer des coupables sans jamais rechercher des solutions ?

« Oui car ils ne réfléchissent que dans la prisme répressif. Toujours à la recherche d’un bouc émissaire sans jamais se remettre en cause. Toujours plus de prison, plus de policiers, plus de caméras Moi je dirais plus d’éducateurs, plus d’adultes bienveillants, plus d’amour. »



Le déclic dans ta vie, c'est lorsque des personnes se sont mobilisées pour toi afin d'éviter ton expulsion du territoire français.

« Oui, et pour la première fois de ma vie, j'entendais des choses positives sur moi. Avant les gens ne regardaient que mes défauts donc j’existais qu’à travers mes défauts. A 31 ans les gens ont plutôt valorisé mes qualités et dévalorisé mes défauts. Ce jour-là ça a produit un déclic chez moi. C’est donc le regard des autres qui m’a changé et j’ai compris que les gens pouvaient m’aimer alors qu’auparavant je les considérais comme des ennemies et qu’ils me détestaient. C’était un grand malentendu. Or comme je l'ai écrit dans mon premier livre, la délinquance devient valorisante quand il n'y a plus d'autres valorisations. Elle permet de devenir quelqu'un, elle permet d'exister.

Il faut changer le regard que l'on a des délinquants, qui sont avant tout des personnes en difficulté car il n’y a pas de délinquants heureux. Ils ne sont pas stupides, au contraire. Il faut des qualités pour l'être, il faut être minutieux, patient, assidu, ils sont intelligents. Ce qui est malheureux, c'est que la délinquance va faire exister ces jeunes et valoriser leurs qualités qu'ils ont toujours eues mais que l'on n'a jamais reconnues. Regarde dans les quartiers, beaucoup de jeunes n'existent pas, un autre jeune qui est délaissé au fond de la salle de cours par son professeur n'existe pas.... Il peut donc choisir d'autres formes d’existences comme la délinquance et dans ce milieu, il sera valorisé par ses pairs.

Moi-même j’interviens souvent en prison, les détenus sont des personnes intelligentes, pour certains plus que la moyenne. L'intelligence est partout, maintenant il faut faire en sorte de bien l'utiliser. Les délinquants et ex-délinquants ont beaucoup de choses à nous apprendre sur la prévention de la délinquance. Ils peuvent également devenir de bons formateurs pour les travailleurs sociaux, les policiers, les surveillants pénitentiaires, les politiques. Nelson Mandela nous disait très justement : « pour aller vers la paix, ce n’est pas avec nos amis qu’il faut dialoguer mais avec nos ennemis ». Alors chiche, un peu de courage et allons vers l’autre avant qu’il ne soit trop tard !

J’en suis la preuve vivante, je suis sollicité partout en France par mes compétences universitaires, mes expériences professionnelles mais aussi par mon passé d’ancien délinquant et ancien détenu. »

Tu deviens en 1997 directeur d'une maison des jeunes et tu mets en place une organisation particulière, tu ouvres le soir et le week-end ce qui est rare pour une institution.

« Oui car quand je circule dans la plupart des quartiers de France le soir à part les commissariats et les hôpitaux il n’y a pas grand-chose d’ouvert pour recevoir tous ces jeunes et adultes en errance sur l’espace public en général et dans les halls d’immeuble en particulier. La plupart des centre sociaux et des maisons des jeunes en France ont des horaires de mairie « 9h-12h, 14h- 19h ». C’est une aberration depuis 30 ans. Si l’on veut se réconcilier avec une partie de la jeunesse en France nous devons nous adapter à leur mode de fonctionnement et répondre à une demande légitime et quasi général sur tout le territoire d’ouvrir des espaces de rencontres et d’échanges en soirée et le week-end.

C'est le soir qu'ils sont présents et qu’ils vont mal et donc ils ont besoin de présence, d'un espace pour se poser et discuter. Comment travailler avec la jeunesse en difficulté si on n'est pas présent dans les moments où ils ont besoin de nous ? Comment les éducateurs peuvent travailler dans la prévention de la délinquance avec les mêmes horaires que ceux de la mairie ou de Pôle Emploi ? Il faut donc ouvrir des espaces d'accueil la nuit comme je le faisais dans la Maison des jeunes à Chanteloup dont j'avais la direction. »

Tu insistes beaucoup sur le fait qu'il faut dialoguer avec les jeunes, sans écoute la violence peut-elle être justifiée ?


« Déjà, la violence est toujours négative. Il faut être dans des actions non-violentes donc éduquer les gens à la non-violence. Mais malheureusement, on est dans un pays réactif, c'est la violence qui a fait bouger cette société : la prise de la bastille, mai 68, les faux de voitures aux Minguettes en 82, émeutes sociales de 2005. Les Politiques de la ville sont nés de ces violences donc on peut remercier les jeunes pour cela. Le problème est que l'on écoute les jeunes seulement lorsque la violence commence, donc ils s’exécutent. Le refus de parler est un appel à la violence, il faut d’urgence dialoguer davantage avec notre jeunesse. La parole est plus forte que la violence C'est quand il y a des drames que l'on bouge. Il faut donc que nous soyons à l'écoute de l'autre. Comme pour l’entreprise, si le patron n’écoute pas ses salariés, ils iront manifester dans la rue. On n’est pas dans une vraie démocratie car on n’écoute qu’une partie du peuple. Il y a véritablement un manque d'amour en France. Quand le soir je vais voir des jeunes dans les halls, la première chose qu’ils me disent est toujours « les gens ne nous aime pas ». Pourtant le mot amour est le mot le plus important. On peut dire toujours dire à une jeune « je t’aime bien mais je n’aime pas ce que tu fais. »

Depuis plusieurs années maintenant, vous avez mis en place des médiations nomades, en quoi consiste t-elle ?

« Les objectifs de la médiation nomade sont simples :

Réinvestir l’espace publics en soirée par des adultes bienveillants, retisser des liens, créer un espace de parole, réinterroger les pratiques professionnelles et aider les jeunes à s’en sortir. Les jeunes ont besoin de se rencontrer, de rencontrer des professionnels et des gens venus du monde d’en face. On vit dans des mondes de plus en plus séparés, c'est ça la logique de guerre. On sépare les gens et en temps de crise, le problème c'est celui d'en face. Moi je suis dans une logique de paix, j'essaie de rapprocher les mondes qui s’ignore et qui parfois se méprise. Je suis exactement cette citation : provoquer la rencontre pour se connaître, se connaître pour se respecter, se respecter pour vivre ensemble.

Le problème est que pour m'installer, il me faut une autorisation municipale. Ce sont les villes qui m'appellent. Donc si des maires refusent de me faire venir même, s'il y a des soucis, je ne peux pas y aller. C’est une réalité i l y a beaucoup de maires qui laissent pourrir des situations. C’est vraiment de la « non-assistance à personne en danger » en tout cas c’est de la négligence avérée de leur part. De par la loi, les maires sont les principaux animateurs de la prévention de la délinquance. Donc ils ont des compte à rendre au public et à l’État. J'ai posé la question au ministre, « pouvez-vous faire changer la loi » ? Il y a des endroits où je dois aller mais le maire ne veut pas. Vois-tu, je devrais avoir une sorte de badge qui m'autorise à faire mes médiations nomades dans les quartiers sans autorisation de la Mairie, peut être avec l’accord du Préfet. Car ce que je fais, c'est de l'urgence comme la police ou les ambulances. »

Et c'est toi le créateur de ce concept (médiations nomades) ?

« La médiation nomade c’est tout simplement un local à roulettes. Les villes ont tendance à ne pas vouloir ouvrir des lieux le soir pour les jeunes mais venir avec un local à roulette et repartir en fin de soirée, les maires acceptent plus volontiers. C’est donc pour moi un premier pas pour convaincre. La seconde alternative serait d’installer des container aménagés dans les quartiers y compris en zones rurales car beaucoup de jeunes ont les mêmes problématiques que ceux des quartiers. J'ai dit au ministre qu'il faudrait installer des conteneurs partout dans les quartiers afin de créer des espaces d'accueils pour les jeunes. Il faut en mettre partout, dans les quartiers et les villages. Les conteneurs, c'est de l'urgence, du provisoire afin d'attendre des dispositifs qui s'inscrivent dans la durée. » Dans les programmes de rénovation urbaine (ANRU) on a mis des milliards dans les quartiers populaires pour les murs et les aménagements et on a complètement oublié la place des jeunes sur l’espace public. Il serait tant de s’en préoccuper avant que les jeunes s’occupent de nous. »

Aurais-tu des conseils à donner aux futurs travailleurs sociaux ?

« Dans un premier temps, reconnaître toujours qu'on ne sait pas tout, accepter de se remettre en cause et accepter la critique pour mieux évoluer.Il n’y a pas de mystère plus les acteurs iront sur le terrain, y compris en soirée, plus ils seront bons et appréciés car reconnus. Après je pense que la formation des travailleurs sociaux est incomplète. Ils ne sont pas suffisamment formés pour agir sur la prévention de la délinquance et sur des territoires compliqués. Par exemple, j’interviens peu dans les écoles de travail social alors que les étudiants apprécient beaucoup mes interventions. Et ils le disent eux même on n’a pas suffisamment de pratique de terrain.

Ils nous faut des guerriers dans le social, des combattants, des travailleurs sociaux mais aujourd’hui tout s'institutionnalise et instrumentalisé par les politiques. Et pourtant aujourd’hui, les conseils départementaux suppriment de plus en plus les postes d’éducateurs spécialisés, pour des raisons d’économies. Si on n’enlève les éducateurs de rue, on laisse donc la place aux prédicateurs et endoctrineurs. C’est aussi un choix politique. »

Et aussi avant, les éducateurs étaient militants...

« Oui, avant il y avait beaucoup de militantisme chez les éducateurs. Ils se battaient. Ils venaient te chercher chez toi, ils connaissaient tes parents. Ils étaient toujours là dans les manifs. Ils défendaient les jeunes contre les violences policières, face aux injustices. Maintenant, le danger est que ça se « fonctionnarise ». Je suis en colère mais c'est une colère positive. Il faut être en combat contre ce système qui n'est pas bon. Être éducateur, c'est avoir de la niaque. Ils doivent donc être davantage présent sur l’espace public et notamment en soirée où les risque de dérive sont les plus important sinon c'est les extrémistes qui prendront cet espace vide. Moi-même quand je traînais dehors, ceux qui m'ont tendu les bras, ce sont les voyous. Il faut donc que les adultes bienveillants et notamment les travailleurs sociaux arrivent avant eux et détournent les jeunes du mauvais chemin.

Éducateur c’est un formidable métier mais avant tout il faut croire en soi, croire en l’autre et croire que des solutions sont possibles. Dans le cas contraire, les discours sécuritaire et les experts en sécurité continueront à prospérer.»





Yazid KHERFI est l’auteur du livre « Repris de Justesse » en 2000, puis « Guerrier non violent » sorti en octobre 2007, aux Editions La Découverte.




«Continuons ensemble à rapprocher les mondes dans une société en manque d'amour »

Yazid Kherfi

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Re: [Témoignage] il s'engage auprès des jeunes

Message  Tatie le Lun 11 Déc 2017, 11:03

Il a raison, il faut attaquer par la prévention, par le soutien, par l'exemple.

la délinquance est un choix, il faut montrer et démontrer qu'il y a d'autres choix possible.
je trouve ça vraiment bien qu'il s'engage ainsi, il ne renie rien de son passé mais fait en sorte que ça serve à quelque chose d'utile !
il faudrait plus de gens impliqués ainsi pour faire avancer cette société qui ferme les yeux et se bouche les oreilles face aux causes et consequences
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Re: [Témoignage] il s'engage auprès des jeunes

Message  mimi93 le Lun 11 Déc 2017, 23:11

bravo j'ai aimé ce témoignage formidable;discuter,communiquer,essayer de prévenir;et d'ouvrir des locaux le soir,je trouve que c'est une bonne idée.

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