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[actu] Quartier "Mineurs" de Villepinte : éducation et protection de la jeunesse en question

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[actu] Quartier "Mineurs" de Villepinte : éducation et protection de la jeunesse en question

Message  Mehdigwen le Ven 12 Jan 2018, 01:37

Les éducateurs intervenant auprès des mineurs ont fait un courrier qui dénonce des conditions de détention intolérables, les difficultés d'exercer leur travail éducatif auprès des jeunes etc ... alors que l'éducatif devrait largement primer sur le répressif ! Sans oublié qu'étant mineurs, il y a également obligation de les protéger !
(lettre transmise, entre autre, au défenseur des droits, à l'OIP, au CGLPL, à la LDH, au syndicat de la magistrature)  

C'est plein d'une usure et d'un désespoir immense que nous vous adressons ce courrier.
Professionnel-e-s de la Protection Judiciaire de la Jeunesse au Quartier Mineurs de  la Maison d'Arrêt de Villepinte nous avons collectivement pour mission d'accompagner une trentaine de  jeunes sur le temps de leurs incarcérations, mais encore, de leurs assurer la protection qui prévaut à leur statut de minorité et qui, dans le contexte singulièrement hostile de la détention, se voit régulièrement menacée.

Nous le savons pour connaître d'expérience notre public, les jeunes dont nous avons
à assurer les prises en charge sont majoritairement des jeunes en perte de repères
et qui, dans  leurs  histoires, cumulent les statuts de précarité.
Précarité de leur « identité » du seul fait de leurs situations d'adolescent en construction. Précarité également de leurs liens  familiaux, souvent fragilisés par un ensemble de causes plurifactorielles. Précarité de leurs conditions économiques  et sociales, parfois de leurs conditions politiques, mais surtout, précarité de leurs relations aux instances institutionnelles et au contact desquelles, trop de fois, ils ont eu à éprouver des expériences de rejet, d'abandon et de disqualification répétées.
Aussi les jeunes dont nous avons à assurer la prise en charge est un public singulièrement fragilisé par un ensemble de fractures relationnelles plurielles
et dont les actes de délinquance posés dans  la sphère sociale viennent nous interpeller quant au sens de leur mal-être singulier.

Quand ils arrivent en détention, ces jeunes ont ainsi écumé, pour la plupart, tous les dispositifs que la Protection Judiciaire de la Jeunesse pouvait leur proposer sur l'extérieur.
Incarcérés et privés de liberté ils se vivent alors isolés et bannis de tout, et du
monde.
Dans ce contexte, notre travail auprès d'eux est de  préserver autant que possible leurs liens affectifs et relationnels, de les accompagner dans des perspectives d'avenir sur l'extérieur mais encore de leur garantir en détention le respect qui prévaut à leur condition de minorité en s'assurant notamment de leur bientraitance
au sein de l'établissement pénitentiaire.

Or, à ce  jour, [...]  nous constatons régulièrement un ensemble de dysfonctionnements institutionnels et de maltraitances que vivent les mineurs incarcérés et que nous ne pouvons pas taire.
Les jeunes que nous accompagnons peuvent se dire régulièrement victimes de pressions et d'harcèlements physiques autant que psychologiques de la part de  certains surveillants. [...]
Auprès des équipes de nuit,ils décrivent des vécus de réveil à coups de pieds dans   leur porte à trois  heures du matin, des conduites d'intimidation via les interphones
de leurs cellules, des irruptions d'agents lorsqu'ils dorment.
Pour certains d'entre eux, ils ont à subir des coups de la part de professionnels aux conduites singulièrement musclées et violentes au prétexte qu'ils avaient insulté durant la journée.
Dans la quotidienneté de leurs journées ils peuvent faire mention d'un ensemble
d'empêchements  tout  autant arbitraires qu'incompréhensibles comme des coupures d'électricité régulières ou des arrêts d'eau chaude lors de  leurs douches. Ils témoignent également d'un ensemble de petites maltraitances banales et quasi routinières comme lorsqu'ils se voient empêcher de bénéficier de l'intégralité de leurs cantines.
Ainsi,  des produits dans leurs commandes peuvent disparaître, comme leur linge,
qui parfois ne revient jamais des laveries. Rien ne leurs est alors expliqué, ni remboursé.
Par ailleurs, ils font souvent état d'être empêchés dans leurs droits d'accès à leurs contacts extérieurs.
Ainsi l'attente pour les premiers parloirs avec leurs familles est souvent interminable et les accès à la cabine téléphonique sont très difficiles et longues à obtenir.
Au parloir, les familles disent souvent vivre des humiliations et des déboires avec les surveillants en place qui alors, usent d'un zèle arbitraire
pour leur compliquer l'entrée en détention.
Il n'est pas rare d'entendre des familles se plaindre d'avoir été refoulées à l'entrée
de la détention et ce alors, qu'elles étaient  arrivées en avance.    
Dans ces conditions, les jeunes récemment incarcérés peuvent attendre
plus d'un mois leur linge restant ainsi, en prison, privés sur une durée interminable, d'habits propres et de dignité d'hygiène ainsi que de contact avec leur famille.
Quand ces jeunes sont sans ressources, sans parents sur le territoire et arrivés ici après des parcours d'exil tout aussi terribles qu'innommables, ils peuvent se faire appeler "les blédards" par certains surveillants [...]
En règle générale, les jeunes mineurs décrivent le comportement de certains surveillants qui s'occupent d'eux au quotidien comme singulièrement injustes et arbitraires.[...]
Lorsque des mineurs se bagarrent, les sanctions pris à leur encontre font souvent fît des raisons de leurs altercations et rassemblent dans un même panier, jeune victime de l'agression et jeune auteur de l'agression. Dans ce contexte les retraits de crédit de réduction de peine n'ont pas de véritables logiques et s'appliquent souvent sans que les jeune puissent y mettre dessus un sens juste et constructif.

Par ailleurs, les conditions de détention des mineurs semblent être calquées sur celles des adultes, en dépit des besoins propres à leur adolescence. Ainsi, alors qu'ils sont à un âge qui nécessite des activités d'échanges et de réflexions médiatisées, tout autant physique qu'intellectuelle, l'Administration Pénitentiaire ne leurs autorise qu'une heure de promenade par jour. Lors de ce temps, les jeunes n'ont aucune activité, ni loisirs proposés. Laissés seuls, entre eux, et déchargeant soudainement toute l'énergie accumulée due tant à leur isolement qu'à leur jeune âge, c'est ainsi que régulièrement, ils en viennent aux mains, reproduisant les mêmes impasses auxquelles ils sont trop de fois confrontées dans la rue et pour lesquelles ils sont aussi conduits ici, en détention.
D'autant qu'en promenade, les surveillants ont pour consigne de ne jamais intervenir, notamment lors des bagarres qui sans l'intervention des adultes, peuvent être d'une violence inouïe et mettre en péril l'intégrité physique des jeunes les moins hardis.

Dans ce contexte qui progressivement et insidieusement légitimise des relations où
prévaut la loi du talion, les mineurs les plus vulnérables ou les plus fragiles ont peu de place.
C'est le cas notamment des mineurs primo délinquant ou présentant des problématiques psychologiques sérieuses et inquiétantes et pour lesquelles les techniques d'isolement sont souvent le seul recours pour pallier à leurs états de crises clastiques ou psychotiques.
Dans l'attente d'être transférés dans une unité de soin psychique plus appropriée,  ces jeunes sont alors laissés à l'abandon de tout contact relationnel avec leurs pairs par crainte de leurs réactions et de se confronter à eux.

Enfin, les conditions d'hygiène des jeunes sont déplorables et leurs prises en charge
sanitaires et médicales tout à fait négligeables.
Il n'est qu'à faire constat de leurs cellule pour se rendre compte de leurs réalités
quotidiennes, mais encore de l'état des patios et des douches, pleins de détritus et de déchets qui longtemps peuvent stagner avant d'être nettoyés.
Aussi les nuisibles sont de mise en détention :  rats, punaises de lits, puces, cafards et autres parasites qui partagent avec les  détenus des conditions de vie catastrophiques.
D'une même manière, l'accès au soin est limité, les jeunes devant écrire un courrier à l'unité médicale pour toute prise de rendez-vous et pour des soins somatiques  qui, souvent, ne peuvent pas attendre. Aussi il n'est pas rare que les délais proposés ne soient pas en adéquation avec l'urgence des soins à apporter.

Dans ce contexte singulièrement délétère et hostile à une bonne prise en charge des jeunes incarcérés, nos interventions de professionnel-le-s de la Protection
Judiciaire de la Jeunesse, à leurs cotés, se voient ordinairement menacées et empêchées.
D' abord parce que régulièrement et de plus en plus fréquemment l'Administration Pénitentiaire nous incite vigoureusement à adopter ses propres méthodes.
Ces incitations se font de manière insidieuse, sous prétexte de mesure de sécurité
toujours plus contraignantes, interdictrices et  faisant  fi de la spécificité de nos missions propres de Protection Judiciaire de la Jeunesse auprès des mineurs incarcérés.[...]

Quand nous ne sommes pas empêché-e-s dans la mise en place de  nos  activités
éducatives, nous le sommes par l'impossibilité d'accéder aux outils nécessaires à la bonne prise en charge des mineurs. [...]
Il n'est pas rare que par mesure arbitraire et rétorsive un/une surveillant-e mineurs
empêche l'accès aux portes des cellules à un/une professionnel-le PJJ et ceci alors même que rien ne l'interdit. D'une même façon, lorsque nous demandons
à voir un jeune, ce dernier peut nous être conduit avec plus de vingt minutes de retard, amputant de fait, considérablement  notre temps de disponibilité
à son égard.  
A d'autre moment, sans que nous puissions en comprendre le sens, ils peuvent faire
acte d'absence lorsqu'on les interpelle.
Alors ils ne répondent plus au téléphone, nous bascule vers la ligne téléphonique
du greffe quand on insiste pour les joindre [...]

Conscients que nous ne pouvons pas faire porter toute la responsabilité de ces
conditions catastrophiques aux professionnel-le-s de l'administration Pénitentiaire
eux-mêmes en situation de grande précarité et sans formation aucune sur les
problématiques couplées de l'adolescence et de la délinquance, nous nous   accordons à reconnaître  ce mal comme avant tout systémique et propre à l'institution pénitentiaire.
Nous ne pouvons nous satisfaire de ce constat.

Aussi c'est cette gestion que nous interrogeons ce jour.  Cette politique
qui cantonne des adolescents à des conditions de vie proches de l'incurie et qui encore, les façonne toujours plus à des modalités relationnelles brutales, violentes
et souvent en écho de leurs parcours d'existence déjà très douloureux.
Ainsi la détention ne semble leur offrir que des raisons supplémentaires de croire
en l'impunité d'une loi du « plus fort»   et qui prévaut à celle d'un ensemble
social, idéalement juste et organisateur d'un sens commun et partageable.

C'est là une tragédie qui nous concerne toutes et tous si nous considérons ces jeunes mineurs comme des adultes en devenir d'un futur proche et qui bientôt, sera le leur. C'est là encore une impasse qu'il nous faut combattre ensemble si de nos places respectives de professonnel-le-s de la Protection Juridique de la Jeunesse nous nous accordons à croire en ces jeunes et pour ces jeunes à un avenir autre que celui de la violence et de la brutalité arbitraire et despotique.

En 2015, l'équipe de l'IEMA de Villepinte s'est longuement battu pour obtenir des
améliorations dans ce domaine.
Trois ans plus tard, force est de constater que seule au combat, peu de choses
ont changé en terme de coordination entre les différents partenaires, et que pire encore, beaucoup d'autres se sont empirées.

Aujourd'hui, parce que le travail éducatif en détention est régulièrement empêché voire dénigré, que les jeunes suivis souffrent régulièrement de conditions d'incarcération maltraitantes, parce que le manque de concertation et de réflexion
entre l'Administration Pénitentiaire et la Protection Judiciaire de la Jeunesse est criante et que cette impasse de communication a des conséquences directes, irréversibles et hautement délétères pour les mineurs concernés, nous en appelons
à votre autorité pour enclencher une réflexion collective sur les conditions d'incarcération des mineurs au quartier mineur de la maison d'arrêt de Seine Saint Denis et plus largement en France.
[...]

Mehdigwen
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Message  Atipika le Ven 12 Jan 2018, 10:40

C'est dommage que ces mineurs ne soient pas mieux pris en charge car ces jeunes vont juste rentrer dans la spirale entrée/sortie/entrée en prison.
Si on les laisse à l'abandon et qu'on ne leur apprend rien d'autre que ce qu'ils apprennent déjà dans la rue, dans des conditions de vie encore pires comment espérer qu'ils s'en sortent et deviennent des adultes responsables, bien insérés dans une société qui n'a de cesse de les rejeter?
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