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[OIP] témoignage : Une journée en maison d’arrêt

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[OIP] témoignage : Une journée en maison d’arrêt

Message  Tatie le Ven 23 Fév 2018, 10:43


Récit, avec des mots venus de l'intérieur, des heures qui se suivent, des bruits, des odeurs, des humiliations et des petits bricolages.

« 6 h, je suis réveillé par la première ronde des surveillants avec les bruits de couloir, d’ouverture d’œilleton et la lumière qui s’allume pour le contrôle des détenus. Beaucoup de détenus se réveillent à cette heure, ainsi commence la cacophonie des télévisions et radios qui se mettent en route.

À 7 h, ouverture des cellules, verrous qui claquent, bruits de clés, et les premiers déplacements dans les couloirs. On commence à avoir accès aux douches, j’essaie généralement d’y aller dans les premiers. Arrivé à la douche, le minuteur de l’eau est enclenché pour dix minutes. Dans les cabines l’odeur de moisissure et d’humidité se mélange avec celle du tabac ou du joint de ceux qui fument dans la douche. De la cabine sans porte on voit passer ceux qui ont fini et ceux qui arrivent et attendent leur tour. Pour la pudeur et l’intimité on est obligé de se laver en boxer et de pendre la serviette à la porte. Le sac avec les affaires est posé sur les chaussures à même le sol, en retrait pour éviter que ce soit mouillé. Certaines douches ne fonctionnent que si on garde le poussoir appuyé pour que l’eau coule, d’autres coulent sans arrêt et pour s’essuyer il faut sortir de la cabine. Retour en cellule, la porte claque, les bruits du couloir se font plus intenses, ainsi que le bruit de l’eau des douches (ma cellule est toute proche des douches communes). J’aère la cellule.

Entre 7 h 45 et 8 h 15, passage du service infirmerie. De nouveau les bruits de portes et des détenus qui réclament une date pour une consultation. Ensuite, se préparer pour les activités – atelier écriture dans mon cas – et attendre en se demandant si ça va avoir lieu ou pas, car en cas d’annulation on n’est jamais prévenu. Si c’est maintenu, ouverture de la porte entre 8 h 30 et 9 heures. De la salle de cours on entend des détenus qui frappent à leurs portes, sur leurs barreaux, les chariots qui passent dans les couloirs, les bruits des détenus qui se rendent ou rentrent de promenade.

11 h 15, retour en cellule, bruits de portes, de clés, la cellule est envahie par l’odeur des égouts qui remontent par les canalisations. Ranger les cantines qui ont été distribuées dans la matinée, en vérifiant au passage qu’il ne manque rien et au besoin appeler le surveillant pour qu’il le constate. 11 h 30, distribution du courrier avec les portes qui s’ouvrent et se referment ainsi que les conversations de détenus qui se plaignent.

Entre 11 h 45 et 12 h 15, distribution du repas, avec les portes qui re-claquent, le bruit des chariots, des plats qui s’entrechoquent, la cacophonie des conversations à travers les portes et le passage du surveillant qui annonce les tours de parloirs. Suivant le repas servi, refaire à manger ou un complément en laissant la fenêtre ouverte pour éviter l’accumulation des odeurs – de cuisson, de remontée des égouts. Faire la vaisselle en ayant chauffé de l’eau avec la plaque de cuisson, puis se préparer pour le parloir : se laver, coiffer, donc refaire chauffer de l’eau.

13 h, bruit d’ouverture des portes pour le premier tour parloir. Se retrouver dans la pièce d’attente à l’entrée de celui-ci, douze personnes dans 8m². Sentiment d’insécurité et malaise, car si une bagarre éclate, il n’y a qu’un seul surveillant à l’entrée. Les détenus qui crient pour se parler et se comprendre, certains crachent au sol et parfois un détenu se cache pour fumer. Parloir d’une demi-heure pendant lequel on essaye d’oublier un triste quotidien, mais quand il y a douze familles qui essayent de converser avec leurs proches, c’est un énorme capharnaüm où il est difficile de s’entendre. Sortie du parloir par une autre salle d’attente, on est à douze dans 4m². Fouille à nu de tous les détenus à chaque sortie de parloir. Se sentir rabaissé et humilié par cette pratique. Certains détenus repartent en lançant des piques envers les surveillants de genre « il aime voir des bites » –pour les moins vulgaires.

Retour en cellule pour se changer avant de descendre en activité – atelier bois en ce qui me concerne. Toujours l’angoisse que le surveillant ne vienne pas ouvrir prétextant un oubli ou le manque de temps, et devoir rester en cellule.
De 14 h 30 à 16 h 15, atelier bois, moment calme où seul le bruit des machines se fait entendre, nous faisant oublier ceux de la prison, et l’odeur du bois faisant oublier celle de la moisissure. Retour en cellule avec ses bruits et odeurs. Refaire chauffer de l’eau et se laver de nouveau au lavabo pour se débarrasser des poussières de bois.

17 h, les promenades qui remontent, bruits de portes et cris dans les couloirs.
Entre 17 h 30 et 18 h, passage de la gamelle du soir et dernier passage du service infirmier, avec leurs bruits respectifs. 18 h 15, bruits de verrous des portes qui se referment en claquant. Sensation d’un profond enfermement.
Entre 19 h et 19 h 15, ronde des surveillants (la dernière pour ceux qui ne sont pas sous surveillance spéciale). Bruits de couloirs, œilletons qui s’ouvrent, lumière qui s’allume, la nuit commence.
Vers 20 h je fais réchauffer la gamelle du soir ou je cuisine, selon ce qui a été distribué. Je refais chauffer de l’eau à la plaque pour la vaisselle. Je passe le temps en regardant la télévision, en lisant ou en écrivant.

Durant la nuit je suis souvent réveillé par les bruits de la porte automatique donnant accès au bâtiment, qui est proche de ma cellule. Et par les conversations des surveillants dans les couloirs lors des rondes, par la lumière qu’ils allument dans la cellule – mon codétenu est placé sous surveillance spéciale en prévention du suicide. Et enfin, par les autres détenus qui frappent aux portes, appellent le surveillant pour se faire passer du tabac d’une cellule à l’autre ou mettent leurs postes de radio à fond. Durant le week-end, je reste en cellule vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je ne descends pas en promenade car c’est là qu’il y a le plus de tensions, entre les bagarres et les missiles qui tombent de l’extérieur. »


Ecrit le 22 février 2018
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