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[Livre]Prison, quel avenir?

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[Livre]Prison, quel avenir?

Message  Tatie le Lun 30 Mai 2016, 08:02


La prison a-t-elle fait la preuve de son efficacité ?




Prisons, quel avenir?



Jean Bérard et Jean-Marie Delarue (ouvrage collectif)
ed. PUF,
112 pages, 9€





Professeur à l’École de criminologie de l’université de Montréal et chercheur au Centre international de criminologie comparée, Jean Bérard a coordonné le livre collectif “Prisons, quel avenir ?” (éd. PUF). S’appuyant sur des témoignages, des statistiques et des enquêtes sociologiques, il s’interroge sur l’efficacité de la prison, et l’absence de sens des temps d’incarcération.

Entretien.

Qu’est-ce que vous a poussé a écrire cet ouvrage collectif ?

Jean Bérard – On est dans un moment particulier où on peut tirer un bilan des politiques de ce quinquennat. Le bilan est marqué par une certaine déception et une inquiétude. Christiane Taubira a porté un discours réformateur important. Mais le temps s’écoulant, cette ambition réformatrice s’est largement évaporée pour laisser place à une réforme d’ampleur modeste et à un assez large statu quo en matière de prison, manifesté par le niveau constant de personnes incarcérées. Certes on n’a pas connu ces dernières années un niveau d’inflation carcérale aussi important que pendant les deux derniers quinquennats. Mais la question pénitentiaire demeure entière aujourd’hui.

Au-delà de la déception je suis aussi dans une situation d’inquiétude vu le tour actuel pris par la politique pénale du gouvernement. La politique antiterroriste forme une sorte de laboratoire pour créer des peines plus lourdes et des régimes de sécurité en détention plus forts. Le nouveau garde des Sceaux, Jean Jacques Urvoas, est largement à contre-pied de ce qu’il avait pu défendre par le passé. Il semble s’orienter vers des mesures régressives dans le cadre des droits des prisonniers.

Quel bilan faut-il tirer de ce quinquennat ?

On a actuellement en France, plus de prisonniers qu’on a jamais eu : 68 600 personnes en prison, plus de 10 000 personnes placées sous surveillance électronique. Le quinquennat s’est ouvert sur l’idée qu’il fallait trouver des alternatives à la prison et la réformer, et il est proche de se terminer avec le résultat inverse. On voulait alors se questionner sur ce qu’il est possible de faire pour ne pas rester dans cette fatalité de l’augmentation du nombre de personnes incarcérées.

Le livre évoque surtout le problème de la surpopulation dans les prisons, pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est principalement dans les maisons d’arrêt qu’il y a de la surpopulation. C’est l’aspect le plus connu et le plus souvent dénoncé de la condition pénitentiaire. Cela implique une perte d’intimité, des violences créées par la promiscuité, des agents surchargés, etc. Mais il y a d’autres formes d’horreur pénitentiaire qui s’incarnent dans des cellules dans lesquelles sont mis en place des régimes de sécurité extrêmement contraignants.



Vos recherches s’appuient sur un comparatif entre France, Canada et Etats-Unis, pourquoi ?

Ces exemples ont un statut opposé : les Etats-Unis sont le pays qui incarcère le plus, et dans des conditions abominables. Souvent la France se rassure en se disant “on n’est pas les Etats-Unis”. On a pu observer que là-bas les tendances sont particulièrement inquiétantes. Les prisons canadiennes sont quant à elles souvent données en exemple par les réformateurs français. On a voulu voir si le Canada était vraiment ce vers quoi il faut aller. On voit dans nos conclusions que c’est nuancé.

Au Canada le système est plus savant, les agents sont dotés d’outils d’évaluation des risques et ils peuvent proposer des programmes adaptés. Le modèle vers lequel il faut tendre c’est ça : un système qui permet l’évaluation, la classification et la personnalisation de la prise en charge. Or le canada n’est pas toujours si exemplaire, par exemple l’évaluation des risques est toujours revue à la hausse. Et les moyens de permettre aux détenus un retour à la société est en crise, comme en France.

Au début de l’ouvrage, Jean-Marie Delarue (conseiller d’Etat et premier contrôleur général des lieux de privation de liberté) dit que la prison doit être “autre chose qu’une mise à l’écart”. Dans les comparaisons entre pays vous soulignez un échec des Etats-Unis par une utilisation abusive des quartiers d’isolement, et au contraire vous dites qu’au Canada il y a davantage la possibilité de faire des allées et venues dans la prison… Pour que les prisons soient efficaces, le prisonnier doit être plus libre, n’est-ce pas contradictoire ?

Jean-marie Delarue dit dans le livre qu’“il n’y a pas de prison heureuse”, c’est important pour lui, moi et les autres contributeurs du livre. C’est un enjeu très important de faire en sorte que le temps de la détention ne soit pas seulement un temps de réclusions mais que ça puisse aussi être un temps pour trouver un accès correct aux soins, à l’éducation, à la recherche d’emplois dans la perspective de préparer la libération. Cela étant, ce n’est pas parce que les prisons amélioreraient leurs services que ce ne seraient plus des prisons.

En bref, c’est l’enfermement total en prison qui est la source de tous les problèmes?

Il y a beaucoup de problèmes différents mais c’est vrai qu’on peut le résumer ainsi : le problème de la prison c’est l’enfermement, même si c’est l’essence même de la prison. Ce qu’on veut montrer dans le livre c’est qu’à l’intérieur même de cette question de l’enfermement on y ajoute le questionnement sur les conditions excessivement sévères d’enfermement, d’isolement qui limitent de manière radicale les interactions sociales et qui sont destructrices pour la santé mentale et sociale des détenus.

Dans un cas de terrorisme, par exemple celui de Salah A, le débat sur la perpétuité réelle a refait surface, qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas de réponse sur son cas particulier mais ce qu’il faut retenir c’est qu’au fond le débat qui est revenu c’est celui de la peine de mort ou de la perpétuité réelle. Comme Michel Foucault le soulevait pendant le débat sur la peine de mort il y a plusieurs années : “Est-ce que le système pénal a le droit d’imposer des peines définitives ?”. La première violence de la prison c’est déjà la violence de la peine et de la durée d’incarcération.

De quels autres pays devrions-nous nous inspirer pour réformer le système pénal français ?

Les pays scandinaves, la Finlande en l’occurrence car c’est un pays qui a mené un politique de réduction de l’usage de l’incarcération. Ils ont obtenu des résultats importants et cela montre qu’il est possible de mener une politique ferme et une politique de moindre sévérité pénale.

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Re: [Livre]Prison, quel avenir?

Message  Invité le Mer 01 Juin 2016, 10:08

pourquoi la France ne s'inspirerait t'elle pas des "modèles" qui fonctionnent ?
car chez nous la politique pénale est de plus en plus répressive...

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Re: [Livre]Prison, quel avenir?

Message  Tatie le Mar 21 Juin 2016, 18:21

sur la radio RCF , entretien avec J.M Delarue

En 1975, 26.000 personnes étaient incarcérées ; en mars 2016, on en comptait 67.580 - et près de 10.000 placées sous bracelet électronique. "Des chiffres qui dépassent de très loin l'augmentation de la population française et l'augmentation de la délinquance", observe Jean-Marie Delarue. Si en France, les conditions d'incarcération se sont améliorées en 40 ans, la prison n'a cependant toujours pas fait la preuve de son efficacité. C'est le constat que dressent les auteurs de "Prisons, quel avenir?" qui propose des pistes de réflexion.

Certes il y a une provocation à réfléchir aux conditions d'incarcération aujourd'hui, alors que l'on vit sous l'état d'urgence et que l'on cherche à se protéger des terroristes. Le livre qu'a coordonné Jean Bérard pointe cependant du doigt des points intéressants et qui nous concernent tous. Parce que la Justice concerne tous les citoyens, la prison est un sujet dont tous devraient débattre.

Questionner le rapport à l'autorité. Jean-Marie Delarue, qui présente cet ouvrage, a été entre 2008 et 2014 le premier contrôleur général des lieux de privation de liberté. Pour lui, on écoute pas assez les personnes en prison, les détenus comme ceux qui y travaillent. Or, l'un des points que l'on devrait pouvoir aborder avec eux c'est la question de la discipline. Certes il y a là "tout l'héritage de notre prison depuis deux siècles". Mais il y a dans certaines prison des marques d'autorité incompatibles avec ce qui se fait aujourd'hui dans l'entreprise, juge le conseiller d'État qui nous interpelle ainsi: "L'évolution des esprits - y compris des délinquants - n'appelle-t-elle pas autre chose?"

Mieux évaluer sur la sanction pénale à appliquer. La prison sert à punir. Elle doit aussi servir à la réinsertion des détenus et à la prévention de la récidive. "Il faut se demander quelle est la forme de punition que l'on doit avoir", avance Jean-Marie Delarue. Pour lui, "la prison n'est pas indispensable pour tous ceux que l'on y met". Il cite notamment les "délinquants routiers". Ces personnes qui se retrouvent responsables de la mort de quelqu'un sur la route doivent-elles nécessairement aller en prison. Autrement posée, la question est: la prison va-t-elle leur apprendre à conduire?

Qu'est-ce que l'on veut cacher derrière ces murs? Pour l'ancien contrôleur général des lieux de privation de liberté, le mur est éminemment symbolique. "Je crois que nous souhaitons mettre les gens en prison car ils sont une gêne pour la vie collective (...) mais avec l'espoir qu'ils ne ressortiront jamais." Or, comme il le rappelle, il faut toujours se souvenir que l'on sort un jour de prison. Et les gens ressortent-ils avec plus de sûreté pour notre propre vie?

A écouter ICI


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