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[témoignage] Larbi, les murs pour seul horizon

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[témoignage] Larbi, les murs pour seul horizon

Message  Tatie le Lun 27 Aoû 2018, 12:25

en lien avec le point de vue : http://forum-prison.forumactif.com/t32776-point-de-vuel-emprisonnement-perpetuel#237226

voilà le témoignage de Larbi :

À 60 ans, il en aura passé près de 38 dans l’enceinte des centrales et des maisons d’arrêt, connaissant par cœur cet univers qui déroule son propre rythme.
Larbi, les murs pour seul horizon

POUR LARBI B, la vie en dehors du monde carcéral se résume à une poignée d’années. À peine quatre, au cours des trois dernières décennies. L’extérieur, pour moi, c’est des cartes postales ou des durées déterminées, décrit cet homme à la silhouette sèche et à l’allure discrète.
À 60 ans, il en aura passé près de 38 dans l’enceinte des centrales et des maisons d’arrêt, connaissant par cœur cet univers qui déroule son propre rythme.

Un "animal de captivité"
De son enfance, Larbi garde le souvenir des baraquements alignés "entre la voie ferrée et la décharge" en banlieue lyonnaise, et de ses frères et sœurs, dont il peine à se souvenir le nombre exact emporté par le froid et les maladies. Cinq, hésite-t-il. Une enfance ponctuée de "chapardages", qui le mènent en maison de correction à tout juste treize ans. C’était une véritable pouponnière, s’amuse-t-il. On y chantait déjà des chansons en uniforme, comme les taulards. Des visages croisés à l’adolescence, qui reviendront souvent au détour des cellules.

Bien avant sa majorité, Larbi se lance dans des fugues à répétition marquées par des cambriolages, qui le mèneront en maison d’arrêt. C’est à tout juste 18 ans que son avenir se scelle par des condamnations à de longues peines : 12 ans de prison ferme pour vol, puis la réclusion criminelle à perpétuité à l’issue d’un braquage qui aura mal tourné pendant une année de cavale, et lors duquel un postier y laissera la vie. Le fait divers avait défrayé la chronique dans les années 1980, mais Larbi B n’a pas voulu minimiser son geste. Je n’ai jamais été fier de ce que je faisais, relate-t-il. Je suis le premier à le déplorer. Quand je suis passé aux assises, je me suis d’abord adressé à son père, en lui disant que je ne j’avais jamais voulu la mort de son fils. Mais les regrets sont déplacés et j’assume mon acte. J’ai payé, et je paierai.
J’ai toujours vécu enfermé, je suis un animal de captivité, note le sexagénaire. Les journées débutent par la seule promenade quotidienne autorisée. La porte s’ouvrait à huit heures, on remontait une heure plus tard, et ensuite on était tout le temps en cellule, alors qu’aujourd’hui, les règlements ont changé, on peut se promener deux fois par jour. L’homme se réfugie dans le sport, et dans la littérature. J’ai quitté l’école quand j’avais onze ans. Quand je me suis retrouvé en détention, j’ai commencé à lire tous les classiques. En commençant par la lettre "A". Sa première rencontre avec l’écriture ? Robinson Crusoé, je me suis retrouvé dans sa solitude. Seul, j’étais bien. Et l’écriture me faisait partir, je découvrais de nouveaux mondes.

Larbi a souvent campé le rôle du "grand frère", pour "s’occuper des copains". Mais son profil de meneur, le conduit à être le plus souvent placé à l’écart.

Une semaine après sa condamnation à perpétuité, une tentative d’évasion le laissera la cage thoracique enfoncée sur les herses métalliques des murs de la prison Saint-Paul. Il s’en sort "miraculé", au terme d’un séjour en soins intensifs, et finit 45 jours au mitard.

C’est comme si j’étais enfermé dans un placard, tout en béton. Là, on te traite comme un fauve. Mais ça ne me dérangeait pas d’y être.
Une longue peine de détention vous coupe des humains. L’humain, vous le trouvez lâche, vous ne pouvez plus lui faire confiance. Les gens ne sont pas fiables, ce qui vous a été imposé à l’intérieur, c’est trop ancré… Le ressort est cassé.



Depuis sa cellule, Larbi a vu sortir ceux qui ont partagé son sort. Condamnés à perpétuité, ou à de longues peines. Mais lui reste. Comme si rien n’avait de prise sur le temps
Dès ses premières incarcérations, Larbi décide de prolonger les murs qui le séparent du reste du monde, et ne veut pas entretenir de lien avec ses proches. Sans doute pour enterrer avec une maigre avance les faux espoirs.
Lorsqu’il est arrêté en 1984, après le braquage qui lui vaudra sa condamnation à perpétuité, Larbi vit sa cavale avec sa compagne, tout juste enceinte, qui a tenté de maintenir le contact. J’ai refusé qu’elle vienne dans toutes les centrales, mais elle y tenait, explique-t-il. Je savais que les liens finiraient par être coupés, et j’ai refusé de donner des nouvelles. Elle l’a mal pris. Les transferts au gré des maisons d’arrêt feront le reste. La dernière fois que j’ai vu ma fille, elle allait avoir trois ans. Pour elle, j’étais un non-dit, résume-t-il. Il a préféré que sa mère, "une sacrée maman", puisse refaire sa vie. Leur fille, elle, est passée de l’autre côté de la barrière en débutant une carrière dans la police, avant de lui préférer l’enseignement.

Et il aura une autre fille, après une nouvelle rencontre, à sa libération en 2009. Un nouvel intervalle de vie encore interrompu par une arrestation trois ans plus tard.

On était plutôt à côté de la vie que dedans. On a essayé de faire comme les autres, d’avoir une vie, mais c’était pas pour nous.


Depuis sa cellule, Larbi a vu sortir ceux qui ont partagé son sort. Condamnés à perpétuité, ou à de longues peines. Mais lui reste. Comme si rien n’avait de prise sur le temps, au terme de sa peine de sûreté, fixée à quinze ans.
Lui aura dû patienter une décennie de plus, mais la prison sera toujours là, comme s’il y avait un témoin permanent. On ne la quitte jamais.

Sa notion du temps reste calée sur celle qu’il a connue en détention, tout comme son rapport aux autres. Son premier réflexe, lorsqu’il s’est retrouvé à l’air libre au bout de 25 ans, a été de se rendre au cimetière de Nancy.

Quand je suis sorti, je suis allé au cimetière. J'ai regardé les tombes et j'ai dit "Alors on se sent seuls ?
Il n’y avait personne. J’ai eu l’impression de me retrouver à la maison d’arrêt, dit-il. Il y a la même rapport pour moi entre la prison et la mort.
Dans cette existence, il sait qu’il "ne trouvera plus jamais sa place".

En juin dernier, Larbi a de nouveau été condamné à six ans de prison pour un braquage qu’il a toujours nié. S’il a goûté à l’air libre depuis un peu plus de deux ans, ce passage à l’extérieur ne pourrait bien être qu’une parenthèse éphémère, avant d’être rattrapé une nouvelle fois par une vie emmurée.


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Re: [témoignage] Larbi, les murs pour seul horizon

Message  muriel33 le Mer 29 Aoû 2018, 12:46


c est dure a lire mais c est la prison

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